Outre-mer

OCEAN INDIEN

Témoignages.re / 28 octobre 2006

Fête de la fin du ramadan

Débourser et emporter

Depuis quelques jours, les principales artères de Moroni sont devenues commerçantes. Robes de jeunes filles, boubou, pantalons, chemises, chaussures, envahissent les trottoirs tandis qu’une armée de vendeurs ambulants scandent à tue-tête « Œ’To rengué »‚ (« Débourser et emporter »). Parallèlement, une musique assourdissante tente d’attirer les passants à l’intérieur des magasins principaux victimes de cette frénésie.

La scène est tout sauf insolite, loin s’en faut. Les derniers jours du mois de ramadan, le petit marché de Moroni au coeur de la vieille cité se prolonge d’une dizaine de kilomètres pour rejoindre le Marché de Volo-volo au Nord de la capitale en passant par la cité administrative. À perte de vue, que des vêtements étalés à même le sol, ou suspendu sur des supports de fortune. Semblables à des abeilles autour d’une ruche, des milliers de personnes tournent autour. C’est presque un rituel, les habitants du Nord de l’île commencent par le petit marché s’arrêtent devant chaque étalage, entrent dans chaque magasin, demandent les prix, regardent minutieusement, palpent les objets, et passent au suivant jusqu’à Volo-volo où ils prennent les navettes. Ceux du Sud font l’inverse pour arriver à Djivani leur gare routière.
Salima, mère de 5 enfants vient de Ouzioiani dans le Mbadjini Ouest, elle sort d’un magasin d’habillement après trois heures de marche : « ils vendent trop cher, finalement je pense que je vais me rabattre vers les Œ’To Rengué‚ c’est de la contrefaçon, mais mes enfants aurons la satisfaction de porter du neuf ». Ce slogan inventé par les petits commerçants ambulants d’origine anjouanaise fait des ravages dans Moroni. Ce sont des véritables cavernes d’Ali Baba portées sur les épaules ou sur des brouettes. On y trouve des vêtements de marque, des chaussures, des ventilateurs, des montres, et de l’électroménager à des prix qui dépassent parfois l’entendement. Une radio cassette CD te sera cédée à 22 euros alors qu’une paire de chaussures dernier modèle est à 5 euros. Les vêtements pour les enfants et les jouets se vendent dix fois moins cher par rapport aux boutiques. Ils cotisent et envoient un des leurs à Dubai. Ces derniers n’en finissent pas de dénoncer cette concurrence déloyale de la part de gens qui ne payent ni loyer, ni patente et qui n’ont d’autres charges que celles qu’ils portent sur leur tête. « Nous n’avons pas d’État ; chacun réclame des compétences alors qu’il y a un pan de notre économie qui se meurt faute de réglementation. Ce ne sont plus des vendeurs à la sauvette, ils sont bien organisés, ils importent sans payer des frais de douane à Anjouan et déversent cette pourriture à Moroni pour nous asphyxier », proteste l’héritier d’une grande famille commerçante.
Il est vrai qu’au départ, ces jeunes garçons du Nyoumakélé, cette région très pauvre de l’île d’Anjouan, servaient comme boy, gardien, chauffeur ou manoeuvre à Mutsamudu et à Moroni. Très dynamique, ils ont commencé par prendre des denrées alimentaires en voie de péremption ou des stocks de marchandises dont les commerçants veulent se débarrasser pour les liquider à prix cassé autour des marchés et dans les rues de la capitale. Très méticuleux, ils cotisent et envoient un des leurs à Dar Es-Salaam et plus tard à Dubaï, alors que leur mode de vie et leur technique de vente n’ont pas changé. Autrement dit, ils logent à 10 dans une pièce qui sert de dépôt, se nourissent de pain et de jus de fruit et continuent à vendre dans les rues en criant « To Rengué ».
M. Aliloifa


Les derniers jours du mois de ramadan, le petit marché de Moroni se prolonge d’une dizaine de kilomètres pour rejoindre le Marché de Volo-volo au Nord de la capitale.


Validation du Bac d’Anjouan

Un test controversé

Depuis la fin des épreuves du bac fin août dernier, la polémique sur la validité de l’examen organisé à Anjouan n’a pas connu de répit. Le test d’admissibilité qui a eu lieu ce week-end pour permettre aux jeunes Anjouanais d’accéder à l’Université des Comores est loin d’être un épilogue.

Au Consulat de France à Moroni, Fatihou a été accueilli par une affiche disant que le Bac d’Anjouan n’est pas accepté. Il n’est pas autorisé non plus à passer le concours d’entrée à l’IUT de l’Université des Comores. Lui qui a fait plusieurs fois la navette entre les écoles privées et publiques en raison des difficultés financières de sa famille et des grèves à répétition, il a du mal à accepter ces portes qui se ferment devant son avenir.
Il explose dans une longue tirade : « Tout d’abord, on nous a imposé un calendrier des plus affligeant. Prévu initialement le 7 juillet, le Bac a été reporté dans un premier temps au 15 juillet, ensuite au 1er août pour se tenir finalement le 8 août et tout cela pour attendre les élèves de la Grande Comore afin de passer un examen unique. Le calvaire n’était pas fini car on nous a obligé, nous les candidats d’Anjouan, à repasser une seconde fois les épreuves de mathématiques et d’histoire parce que, dit-on, il y a eu des fuites. J’estime que nous avons payé assez cher le droit d’obtenir un Bac national pour qu’on nous refoule ainsi », poursuit-il en colère.
Pour rappel, tous ces problèmes sont liés au fait que les autorités anjouanaises ont expulsé le jury proposé par le Ministère de l’Education Nationale et ont organisé eux-mêmes un examen qui, selon plusieurs sources, aurait été entaché de nombreuses irrégularités.
Après avoir confirmer la décision de son ministre de l’enseignement de ne pas valider le Bac d’Anjouan, le Président Sambi vient de céder à la pression des élèves et des parents car cela fait deux mois qu’il n’a pu se rendre dans son île natale. La porte de sortie imaginée est un ‘’Test d’admissibilité’’ à l’Université des Comores, mais il devrait permettre de s’inscrire également à l’étranger.
La controverse soulevée par ce test a ravivé les tensions politiques et on assiste à une passe d’arme dont l’enjeu n’est autre que la capacité du nouveau Chef de l’État à gérer le pays.

C’est l’Unité nationale qui est en question

À Moroni, où l’élite intellectuelle est très nationaliste, un sentiment d’exaspération commence à émerger. Dans un communiqué publié le 18 octobre, les syndicats des enseignants dénoncent cette façon déguisée de reconnaître le Bac d’Anjouan car elle prouve une lâcheté du gouvernement central face aux velléités séparatistes. Certains enseignants à l’Université ne cachent pas leur désapprobation : « le crédit durement acquis de notre institution va prendre un sacré coup après cette mascarade ». Cependant, c’est à Anjouan même que l’hostilité est criante, sinon musclée.
En effet, si fin septembre le Ministre anjouanais de l’éducation a pu convaincre les bacheliers et leurs parents qu’il n’est pour rien dans cette mésaventure du Bac, l’exercice s’est révélé plus aléatoire le 18 octobre dernier.
En effet, les autorités anjouanaises ont vainement tenté de persuader les bacheliers de ne pas passer le fameux test parce qu’on veut les humilier. Comprenant que la mayonnaise ne prend plus, Mohamed Bacar a utilisé la manière forte en faisant cadenasser tous les établissement publics d’enseignement afin d’empêcher la tenue de l’examen.
Jouant sa crédibilité dans l’affaire, le Gouvernement de l’Union a réquisitionné toutes les écoles privées de Mutsamudu pour accueillir samedi et dimanche les 600 bacheliers inscrits pour passer ce test de la discorde.
Antufati qui réside à Ouani, à 10 minutes de la capitale, dit qu’elle avait peur que les gendarmes ne viennent les chasser des salles d’examen. Toutefois, l’idée qu’avec son Bac estampillé, Anjouan, elle, n’aura accès qu’à une école privée de seconde zone à Madagascar, lui a fait surmonter sa peur. Après avoir composé, son inquiétude n’est pas levée pour autant car elle appréhende à présent le résultat.
Les plus prudents se sont rendu à Moroni quelques jours auparavant pour être sûr de passer l’examen plus sereinement. Toutefois ce test de la dernière chance avait pour Dhoimir un arrière-goût amer : « on nous harcèle moralement, on nous insulte parfois à cause du refus de Mohamed Bacar de collaborer ; je comprends les Grand Comoriens, il va falloir que nous les Anjouanais, on choisisse entre le vivre ensemble et la séparation ».
A travers donc cette controverse du Bac, c’est la question fondamentale de l’Unité nationale qui est posée.

M. Aliloifa


Madagascar

XIe réunion du Comité des gouverneurs des banques centrales

Les 20 et 21 octobre s’est tenue à la Banque centrale de Madagascar la XIe réunion du Comité des gouverneurs des banques centrales (CGBC) du Comesa (Marché commun de l’Afrique australe).
Cette XIe réunion poursuit le projet de réaliser à l’horizon 2018 l’intégration économique des 19 pays membres du COMESA - dont 9 appartenant à l’aire francophone - avec la mise sur pied d’une monnaie unique et d’une banque centrale unique. Le Comité des gouverneurs est en charge de l’élaboration des programmes et plans d’action relatifs à l’intégration monétaire et financière. Il est assisté d’un Bureau et d’un Comité d’experts, qui travaillent en étroite collaboration avec le Secrétariat du COMESA.
A l’ouverture de cette session, le Premier ministre malgache, Jacques Sylla, a retenu parmi les objectifs à atteindre : freiner l’érosion du pouvoir d’achat des populations des pays membres, encourager l’épargne des ménages, la baisse des taux bancaires, le soutien à la monnaie nationale et le renforcement du système bancaire.