Outre-mer

Polynésie : L’opposition contre des pratiques néocoloniales

Lettre ouverte au chef de l’État

Témoignages.re / 20 octobre 2004

La crise politique a des répercussions en France : les dirigeants des partis de l’opposition parlementaire demandent au président de la République qu’il intervienne afin d’organiser de nouvelles élections dans la collectivité.

Oscar Temaru n’est plus tout seul face à la chiraquie. Alors que l’assemblée de Polynésie était convoquée hier pour élire un nouveau président, les responsables des partis d’opposition ont sollicité hier un entretien avec le président de la République sur la situation dans l’archipel.
Marie-George Buffet, François Hollande, Gilles Lemaire et Jean-Michel Baylet réclament la dissolution de l’assemblée territoriale et la tenue de nouvelles élections pour sortir de la crise ouverte par le renversement du gouvernement indépendantiste d’Oscar Temaru.
"La crise politique survenue, dans les conditions que l’ont sait, en Polynésie française, crée une émotion considérable sur le territoire. Elle appelle une réponse institutionnelle appropriée", soulignent ces responsables dans une lettre adressée à Jacques Chirac. Ils considèrent que "seul le retour des électeurs polynésiens aux urnes (...) peut permettre un dénouement clair et démocratique de l’imbroglio actuel".

Faire respecter la démocratie

Samedi, à l’appel de l’Union pour la démocratie (UPLD) d’Oscar Temaru, 20.000 manifestants ont défilé pacifiquement à Papeete. Ils ont réclamé la dissolution de l’assemblée territoriale et la convocation de nouvelles élections, et exprimé leur refus de voir Gaston Flosse revenir au pouvoir.
C’est la première fois qu’une manifestation de cette ampleur a lieu en Polynésie. "Je n’ai jamais connu un tel rassemblement en Polynésie pour la démocratie et la liberté", a déclaré Oscar Temaru à l’adresse des manifestants. "Des milliers, si ce n’est des millions, de Français souhaitent que la démocratie soit respectée en Polynésie et se sentent solidaires de notre combat".

PCF, socialistes et Verts dénoncent, avec l’UPLD, le "coup de force" et les manœuvres de l’ex-président Gaston Flosse pour aboutir au vote de la motion de censure qui a renversé le gouvernement indépendantiste le 9 octobre dernier.
Dans une lettre adressée à Oscar Temaru, Marie-George Buffet estime que "le gouvernement français doit cesser de faire prévaloir à des milliers de kilomètres de la Métropole des pratiques dictées par un affairisme étranger aux intérêts de peuples qui cherchent à construire leur propre voie".
Pour la secrétaire nationale du PCF, "il est indispensable et largement temps que le gouvernement français rompe avec des pratiques de type néocolonial".


Flosse : encore plus de pouvoir personnel

Qui est Gaston Flosse ? Les observateurs font état de liens étroits entre l’ancien président polynésien et le président de la République. Régnant sans partage sur l’archipel polynésien entre 1984 et 1987 et de 1991 à 2004, le battu du 23 mai avait été nommé en 1986 secrétaire d’État chargé du Pacifique Sud quand Jacques Chirac était Premier ministre.
Et la visite du président de la République, en 2003, a été prétexte à des fêtes somptueuses. Gaston Flosse a également obtenu un changement de statut pour son territoire, lui accordant encore plus de pouvoir personnel (loi organique du 27 février 2004). Mais le 23 mai, les Polynésiens le sanctionnent : le rassemblement autour d’Oscar Temaru l’emporte largement.
Mais depuis, Gaston Flosse n’a cessé de tout faire pour retrouver la présidence de la collectivité. Membre du comité central de l’UDR puis du RPR, il est député en 1978, réélu en 1982, puis de 1993 à 1997. Il est maintenant sénateur.
On peut remarquer que depuis 1996, Paris s’est engagé à verser pendant 10 ans à la collectivité 150 millions tous les ans "pour compenser le manque à gagner après l’arrêt des essais nucléaires dans le Pacifique".