Outre-mer

Polynésie : le retour général aux urnes acté

Le gouvernement et Gaston Flosse adoptent la proposition de l’Union plurielle

Témoignages.re / 29 novembre 2004

Les discussions entamées mardi dernier au ministère de l’Outre-mer entre l’Union plurielle emmenée par Oscar Témaru, Gaston Flosse et le gouvernement ont franchi une nouvelle étape : dans un communiqué commun aux trois parties, le principe de nouvelles élections pour sortir de la crise est acquis.

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Depuis la tentative de reprise en main du pouvoir par Gaston Flosse par le biais d’un renversement de majorité obtenu dans des circonstances troublantes, le gouvernement de Paris et le président battu dans les urnes sont maintenant venus sur la position défendue par l’Union plurielle : l’organisation de nouvelles élections. Principe acté dans un communiqué diffusé samedi.
C’est le résultat de plusieurs mois de luttes marqués notamment par la plus grande manifestation jamais organisée en Polynésie contre le coup de force de Gaston Flosse, implicitement soutenu par Paris qui n’y voyait là, officiellement, qu’un fonctionnement normal des institutions de la Polynésie. Il faut savoir qu’en Polynésie, ce sont les représentants élus à l’assemblée qui élisent le président du territoire qui nomme alors un gouvernement. Ce gouvernement est responsable devant l’assemblée qui peut le renverser à la suite d’une motion de censure.

Crise politique

Lors des dernières élections en Polynésie, l’Union plurielle était arrivée en tête, avait la majorité des sièges de l’assemblée et c’est son dirigeant, Oscar Temaru, qui avait été élu président de la Polynésie. Un résultat difficilement accepté par le battu, Gaston Flosse, président sortant, qui n’eut alors de cesse de manœuvrer pour tenter de déstabiliser la nouvelle majorité.
Celui-ci arriva à ses fins quand il obtint le vote à une voix de majorité d’une motion de censure qui renversa le gouvernement Temaru, dans des circonstances pour le moins troublées où on ne peut pas dire que le respect du fonctionnement des institutions ait été une priorité pour Gaston Flosse et ses amis. On a encore en mémoire les injonctions du représentant de l’État exigeant que ce changement de gouvernement se fasse le plus vite possible, sans tenir compte des prérogatives du président de l’assemblée, Tony Géros.
Ceci eut pour résultat un blocage total de situation politique en Polynésie, car à part les amis de Gaston Flosse, rares étaient ceux qui voyaient une quelconque légitimité dans ce changement de gouvernement, en place au mépris de la volonté populaire polynésienne exprimée dans les urnes avec un message clair : mettre fin au “règne” de Gaston Flosse et de ses amis.
Après avoir soutenu totalement la manœuvre de son allié politique, le gouvernement est revenu depuis à d’autres intentions. Alors qu’il déclarait qu’il n’était pas question de retourner aux urnes en Polynésie, le gouvernement a été amené à négocier, et à accueillir une table ronde entre toutes les parties afin de trouver une issue à la crise politique provoquée par les manœuvres de Gaston Flosse, ce qui était une première avancée.

Nouvelles élections

Depuis mardi dernier, les délégations polynésiennes et Paris se sont réunis autour de la même table. Et ceci a abouti à un communiqué commun pour toutes les parties prenantes, diffusé samedi. Il contient un nouvel "appel à l’apaisement des tensions en Polynésie".
Le document acte surtout que "le principe du renouvellement général de l’assemblée de Polynésie française est admis selon un calendrier à fixer permettant un débat serein". C’est donc la reconnaissance du droit des Polynésiens à choisir leurs dirigeants, et implicitement un désaveu du coup de force perpétré par Gaston Flosse et ses amis.
Une incertitude reste à lever. Car, comme l’affirme le communiqué, "ce renouvellement général de l’assemblée de Polynésie française nécessite l’adoption d’une loi organique", reste à régler la question du calendrier.
Deux thèses continuent de s’opposer. Pour Gaston Flosse, s’appuyant sur l’annulation par le Conseil d’État de plus de la majorité des représentants de l’assemblée de Polynésie, il est nécessaire d’organiser une élection partielle pour élire les 37 représentants de la circonscription des Îles au Vent (Tahiti et Moorea), avant de procéder au renouvellement général de l’assemblée. Ce qui aurait pour conséquence concrète de retarder le processus...

Arriver à s’entendre

Pour l’Union plurielle, "la loi organique doit intervenir avant le 13 février 2005 et les élections générales dans les délais les plus rapides possibles compte tenu des contraintes matérielles et juridiques".
Pour régler la question du calendrier électoral, le communiqué signé par Oscar Temaru, Brigitte Girardin et Gaston Flosse note que "les échanges indispensables à la conclusion d’un accord final et notamment le contenu de la loi organique fixant le cadre et les modalités des nouvelles élections se poursuivront dès lundi, sous réserve de la libération des bâtiments publics dimanche 28 novembre à 12 heures, heure de Papeete".
Au-delà des derniers différends qui restent à aplanir, un grand pas est fait. Ce qui se passe pour la Polynésie montre une nouvelle fois que des adversaires que tout semble opposer, qui sont sur des positions qui apparaissent inconciliables, peuvent arriver à s’entendre pour faire avancer leur pays.

Manuel Marchal