Outre-mer

Polynésie  : Les négociations doivent reprendre

Témoignages.re / 2 décembre 2004

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Au lendemain de l’échec de la table ronde au ministère de l’Outre-mer entre la délégation de la majorité plurielle d’Oscar Temaru et celle de l’UMP Gaston Flosse, la ministre Brigitte Girardin - apparemment plus dans un souci de justification que d’explication - a estimé que les discussions "ne sont pas rompues, mais simplement interrompues". Une position attentiste qui ne fait guère illusion.
Aucun accord n’a pu être finalisé entre les deux parties. Celles-ci sont rentrées à Papeete. Si l’idée de nouvelles élections générales (qui nécessitent l’adoption d’une loi organique) semble bien avoir été actée, les deux parties divergent sur deux points cruciaux : le calendrier électoral et le mode de scrutin.
La responsabilité de ces blocages est donc posée. Lors de la séance des questions au gouvernement, avant-hier soir, la question de la Polynésie est donc revenue sur le tapis de l’Assemblée nationale.
Proche de Gaston Flosse, le député UMP Éric Raoult (Seine-Saint-Denis) a ouvert le feu en accusant "le chef indépendantiste Oscar Temaru de préférer son clan à son pays".
Il lui reproche surtout de n’avoir convaincu que les seuls élus (et pas les militants) de sa formation de libérer les locaux des bâtiments de la présidence de Polynésie. Ce qui a servi de prétexte à Gaston Flosse, lundi matin, pour quitter Paris et la table des négociations. "La Polynésie n’est pas l’Ukraine, c’est la France d’Outre-mer dans la République", a lancé Raoult, sous le regard et les reproches agacés de Jean-Louis Debré au “perchoir”.

Comportement partisan

Dans sa réponse, Girardin a elle aussi estimé qu’il appartient à "Oscar Temaru et à lui seul" d’obtenir la libération des locaux de la présidence, comme pour indiquer qu’elle se refuserait à faire donner les forces de l’ordre. Mais le député PS René Dosière est aussitôt remonté au créneau pour dénoncer "le comportement partisan" de la ministre qui, selon lui, a "lamentablement échoué et se trouve totalement discréditée".
Comme pour mieux confirmer cette "partialité" qui lui est reprochée, Brigitte Girardin donne cette réponse en forme d’aveu : "la justice nous a donné dix fois raison" contre Oscar Temaru et ses amis. Phrase à rapprocher de la menace émise par la ministre de l’Outre-mer, sitôt connue la victoire d’Oscar Temaru au printemps dernier : "Ne vous réjouissez pas trop vite, le processus est loin d’être terminé."
On comprend alors aisément que, deux mois après le début de la crise en Polynésie, la situation demeure en l’état. Le danger est d’autant plus grand de la voir rapidement se détériorer.