Outre-mer

Polynésie : Séance surréaliste à l’assemblée polynésienne

Élection du président de la Collectivité

Témoignages.re / 16 octobre 2004

Le président de l’assemblée Antony Geros propose la date du 25 octobre pour élire un nouveau président polynésien. Contre toute légalité, les élus favorables à Gaston Flosse décident d’avancer la date au 19 octobre : une manière de précipiter les choses. Les partisans de Temaru organisent aujourd’hui une manifestation pacifique.

Le parti d’Oscar Temaru ne désarme pas. L’Union pour la démocratie (UPLD) prépare aujourd’hui une grande manifestation pacifique. Mercredi, malgré les prérogatives du président de l’assemblée de Polynésie, les opposants au gouvernement Temaru ont décidé de convoquer les représentants le 19 pour élire le nouveau président de la Polynésie.

Après l’adoption de la motion de censure le 9 octobre dernier, ayant entraîné la révocation du gouvernement Temaru, les représentants de l’assemblée de Polynésie doivent se réunir au plus tard dans les quinze jours pour élire un nouveau président.
Selon les institutions de la Polynésie française, la date de convocation des représentants, pour cette élection, est fixée par le président de l’assemblée. Ce dernier a choisi la date du 25 octobre prochain.
Le compte rendu des services de l’assemblée est éloquent. Il montre que les opposants au gouvernement marchent sur la loi fondamentale de la Polynésie et convoquent eux-mêmes l’assemblée le 19 octobre afin d’élire le prochain président de la Polynésie.

"Pas de valeur juridique"

Il précise que "les représentants avaient été invités à se présenter à 9 heures par la 3ème vice-présidente, Lana Tetuanui, qui répondait ainsi favorablement à un courrier du haut-commissaire daté du 12 octobre".
Le président Antony Geros ouvrait la séance en précisant : "afin de respecter l’article 11, je demande l’avis de l’assemblée, même si cette séance n’a pas de valeur juridique".
En l’absence d’ordre du jour, il donnait la parole à Foster Temauri, puis au sénateur Gaston Flosse, et à Edouard Fritch qui a proposé un calendrier pour l’élection présidentielle, la fixant au mardi 19 octobre.
Le président Geros, pour sa part, a déclaré que "le décompte de 15 jours court à compter du lendemain du vote de la motion pour s’achever le 15ème jour à minuit (...) Dans ces conditions, une réunion le 25 ne pose aucun problème".

"Séance à la sauvette, grave irrégularité"

Il précisait en outre que "convoquer une séance à la sauvette alors qu’aucun des vice-présidents n’est empêché et sans qu’il n’y ait un délai suffisant pour prévenir tous les représentants, sans qu’il n’y ait eu réunion de la conférence des présidents, constitue en soi une grave irrégularité".
Il concluait, voulant que l’élection du président du pays "soit incontestable, je maintiens donc ma position qui a le mérite de laisser un délai raisonnable et suffisant pour permettre à toutes les personnes concernées et éventuellement à des personnes extérieures à l’assemblée de présenter leur candidature".
Rappelant les dates des convocations de l’assemblée les 21 (séance budgétaire ordinaire) et 25 octobre (élection du président de la Polynésie française), Antony Geros a déclaré la séance close à 9h35.
Pour leur part, les représentants des partis Tahoeraa Huiraatira et Te Ara sont restés dans l’hémicycle. Après discussion, ils ont fait savoir qu’ils maintenaient la date du 19 octobre pour procéder à l’élection présidentielle. "Cette proclamation n’engageant évidemment qu’eux", souligne le communiqué de l’assemblée.


L’Alliance soutient la marche de “l’Union plurielle”

Dans un communiqué, l’Alliance estime que le gouvernement français trahit les principes démocratiques et emploie des procédés que l’on croyait révolus en ce début de 21ème siècle.

Depuis La Réunion, les organisations PCR, MRA, PSR, UDSR, MRC et MGER - membres de l’Alliance - suivent avec intérêt le déroulement de la crise survenue en Polynésie.
Le coup de force initié par le gouvernement français et ses relais contre le gouvernement et l’assemblée territoriale de Polynésie renouent avec une tradition coloniale dont on aurait pu penser qu’elle faisait partie d’un passé révolu.
Au moment où, à Paris, le gouvernement déclare - au nom du respect des institutions et du processus démocratique - refuser d’intervenir dans la crise ainsi fomentée, le haut-commissaire, aidé d’une vice-présidente, vient de tenter de dépouiller le président de l’assemblée territoriale, Antony Géros, de ses prérogatives en s’affranchissant des règles de fonctionnement de cette institution et en tentant de fixer une date de réunion de l’assemblée, différente de celle légalement et démocratiquement décidée.
En agissant de la sorte, le gouvernement à Paris contredit les propos tenus par le président de la République à Pirae, au stade Pater, le 27 juillet 2003 ; propos selon lesquels, grâce au vote de nouvelles lois, à l’attribution de nouvelles compétences : "Vous pourrez ainsi choisir plus librement les voies de votre développement".

L’exemple dramatique de la Nouvelle-Calédonie

En 2003, à l’ONU, le gouvernement français a su trouver les mots pour - devant le Conseil de sécurité - dire son refus de l’invasion de l’Irak. Cette déclaration a justement ému le monde entier. Il s’agissait d’empêcher tout coup de force à l’encontre du peuple irakien.
En 2004, la Polynésie n’a pas droit au respect des mêmes principes.
À l’égard des Polynésiens, Paris oublie les grands principes et idéaux républicains et recourt à des manipulations qualifiées "d’intrigue, de débauchage et de coup de force", ce qui est à l’exact opposé du jeu démocratique.
La Polynésie pourrait donc "choisir plus librement les voies de son développement" à la seule condition que les Polynésiens acceptent les manœuvres inspirées par Paris.
Il y a de cela 25 ans, à la fin des années 70, le gouvernement d’alors avait changé la donne électorale en Nouvelle-Calédonie dans le but d’entraver la liberté d’expression démocratique des Néo-Calédoniens. Le résultat a été dramatique. Il conviendrait d’en tirer les leçons.
L’Alliance tient à exprimer publiquement sa solidarité et son entier soutien à Nicole Moea Bouteau, membre de l’Alliance, lui demande de se faire l’interprète de notre manifestation de solidarité auprès du président Oscar Temaru et souhaite plein succès à la marche pacifique organisée aujourd’hui par “l’Union plurielle” et les étudiants et enseignants du “Te Tama o te Hau”.