Avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie

Pour le FLNKS, le projet de Bougival n’est pas "l’accord définitif"

19 juillet 2025, par temoignagesceline

L’équipe de négociations du FLNKS a présenté sa version des négociations de Bougival, le 18 juillet, estimant que le "projet" doit maintenant être présenté à leurs bases et validé par le bureau politique du Front.

"Ce n’est pas un accord définitif et c’est ce qui a été la motivation pour poser nos griffes" a expliqué Emmanuel Tjibaou. En effet, au-dessus des signatures des participants aux débats est apposée la mention "L’ensemble des partenaires s’engage à présenter et à défendre en l’état l’accord sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie".

De ce fait, les négociateurs du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), ont proposé un "éclairage" à la presse. Car "les termes sont indiqués sur le document, qui marque la fin "en l’état" des discussions, donc c’est à ce titre là qu’on s’est engagé à parapher et c’est un engagement qui a été pris par le président de la République, autant que le ministre d’État, de porter les discussions à l’attention des bases".

Les cinq membres de la délégation, Mickaël Forrest, Roch Wamytan, Emmanuel Tjibaou, Omayra Naïsseline et Aloïsio Sako, ont ainsi rappelé le cadre de leur mandat, la négociation et non pas la signature d’un accord.

"C’est bien un projet d’accord sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie sur lequel nous avons posé nos signatures. Ce n’est pas un accord définitif", a insisté le président du Rassemblement démocratique océanien (RDO), Aloïsio Sako.

Christian Tein, "le président du FLNKS nous a dit qu’il faut communiquer", a précisé Emmanuel Tjibaou, chef de file de la délégation et président de l’Union calédonienne (UC).

En effet, leur tache sera désormais de présenter le projet et surtout de le faire valider par les militants tranche avec le ton plus affirmé des autres signataires sur le caractère définitif de l’accord et le calendrier prévisionnel proposé par l’Etat.

"À partir de la semaine prochaine, nous allons pouvoir faire le retour sur ce projet auprès de nos structures dirigeantes, notamment le FNKS et les différents groupes de pression, de manière, dans un second temps, à pouvoir ramener aussi la parole au niveau du peuple", a expliqué Mickaël Forrest. Le bureau politique décidera alors la stratégie et la validera dans les instances plénières du mouvement.

Lors de cette conférence de presse, les signataires n’ont pas abordé le fond des points négociés, réservant leurs avis au bureau politique qui doit se tenir mardi 22 juillet. Roch Wamytan a expliqué que "pour avoir vécu les accords de Matignon et Nouméa, les discussions qui se sont déroulées à Bougival ont été horriblement difficiles. Il a fallu passer des heures et des heures à discuter en bilatéral, en session plénière, etc., sur les points fondamentaux défendus par les différentes délégations".

Pour l’ancien président du Congrès, le retour aux bases reste un exercice obligé et même éprouvé. "En 1998, cela s’était passé comme ça. On avait une première signature. On a tourné pour expliquer et le congrès de Tyé, à Poindimié, a acté l’accord final."

Les négociateurs ont souligné des "avancées notables sur la souveraineté", notamment la rétrocession de compétences régaliennes, mais s’interrogent sur plusieurs sujets et ne cachent pas la persistance de "points de crispation", particulièrement l’ouverture du corps électoral.

"Les limites de l’exercice pour nous, c’est la définition de concepts difficiles à expliquer. La notion d’État à l’intérieur de l’État, c’est un projet qui est devenu la mascotte de tous les constitutionnalistes, mais qui interroge sur la pertinence juridique et constitutionnelle de ce qui est posé sur la table", a estimé Emmanuel Tjibaou. Pour le chef de file, "Sui generis, ça peut dire tout et son contraire. À partir du moment où il y a de l’ambiguïté, il faut clarifier. "

Au-delà de la consultation des militants, le Front va faire appel à des juristes, des constitutionnalistes, et des experts des Nations Unies et du Comité spécial de la décolonisation (dit "des 24"), pour savoir si ce dispositif "respecte bien le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et est bien dans le processus de décolonisation et d’émancipation de la Nouvelle-Calédonie", a précisé Roch Wamytan.

Des consultations nécessaires, qui devraient perturber le calendrier de l’Etat. En effet, le ministre des Outremer, Manuel Valls, veut adopter à l’automne à Paris la loi organique reportant les élections provinciales à juin 2026 et le projet de loi constitutionnelle modifiant le titre XIII de la Constitution.

En cas de rejet de l’accord, ce "serait un saut dans l’inconnu, il entraînerait un retour de l’instabilité, de la défiance, de la radicalisation et de la violence. Et ça, personne ne peut le souhaiter", a assuré Manuel Valls. De son côté, le FLNKS veut s’assurer de sa souveraineté, sans ambiguïté.


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