Escalade de la violence meurtrière à l‘encontre des organisations humanitaires

Action Contre la Faim suspend ses programmes au Sri Lanka

9 août 2006

Action Contre la Faim (ACF) a annoncé la suspension de ses programmes et un réexamen de sa présence au Sri Lanka où 17 de ses employés ont été tués après de violents combats entre l’armée et les Tigres tamouls.

"Notre équipe vient de récupérer dans la base d’ACF de Mutur 17 cadavres. On pensait qu’il y avait 15 personnes (tuées) mais il y a 17 personnes", a déclaré Benoît Miribel, directeur général de l’association humanitaire.
Les corps ont été retrouvés dimanche dans les décombres des locaux d’ACF à Mutur, dans l’Est du Sri Lanka.
Les premières informations avaient fait état de 15 puis de 16 membres locaux d’ACF - identifiés grâce à leurs T-shirts aux couleurs de l’ONG - retrouvés morts, face contre terre, dans leur bureau de la localité de Muttur, théâtre de violents combats entre l’armée et les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) ces derniers jours.
ACF, dont le siège est en France, venait en aide à des familles affectées par le tsunami qui a ravagé les côtes du Sri Lanka en décembre 2004.
"On sait qu’il y a d’autres civils dans la ville de Mur qui auraient été assassinés", a déclaré Benoît Miribel. "On parle de dizaines de civils, voire de centaines", a-t-il ajouté. "On a des chiffres très différents, le problème c’est que cette ville est fermée" en raison des combats qui y ont éclaté la semaine dernière.
Action Contre la Faim, dans un communiqué, a annoncé qu’elle suspendait "pour l’instant toutes ses activités au Sri Lanka et réexamine sa présence dans le pays".
Elle a dit sa volonté de diligenter une enquête "sur ce véritable massacre qui remet une fois de plus en cause la présence et l’action des organisations non gouvernementales sur les terrains de conflit".
Les corps de 17 employés de l’ONG française ont été récupérés par la police et étaient mardi en cours d’autopsie. "Les corps ont été amenés dans trois véhicules tôt ce matin et les autopsies sont en cours", a déclaré un responsable du principal hôpital du port de Trincomalee (Nord-Est).
Le responsable a indiqué que les corps seraient rendus aux familles pour les funérailles mardi après l’autopsie. "Il y aura sans doute des funérailles communes mais c’est aux proches (des victimes) de décider", a-t-il ajouté.

Une bombe explose à Colombo

Les circonstances de leur mort n’étaient toujours pas connues mardi, mais des témoins ont affirmé avoir vu les corps dimanche et pensent qu’ils avaient été abattus par balle, certains prétendent même à l’arme automatique.
"Il n’y a pas de preuves actuellement. (...) La police pourra cependant soumettre un rapport détaillé après l’autopsie", a déclaré l’inspecteur de police Chandra Fernando dans un communiqué.
À peu près au même moment, une puissante bombe a explosé dans un quartier très peuplé de la capitale Colombo, faisant au moins trois morts et sept blessés.
L’engin, qui a explosé dans un quartier très peuplé de Colombo, était posé dans le véhicule dans lequel un homme politique tamoul, M. Sivadasan, se déplaçait, a précisé un porte-parole de la police.
L’attentat a eu lieu près de la résidence d’un ministre tamoul.
Rebelles et militaires s’affrontent depuis le 26 juillet dans cette région pour le contrôle du canal d’irrigation de Maavilaru que les LTTE auraient bloqué privant d’eau des milliers de personnes, selon l’armée.
Alors qu’un émissaire norvégien tente d’obtenir une cessation des hostilités, l’armée a lancé lundi une nouvelle attaque à l’artillerie contre des positions présumées des les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) dans la région.
"C’est la première fois qu’Action Contre la Faim est frappée de la sorte en 27 ans d’existence", a déclaré Denis Metzger, le président de l’organisation, cité dans le communiqué.
Le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a condamné "avec la plus grande fermeté le terrible et lâche assassinat" des membres d’ACF.
Plus de 60.000 personnes ont été tuées depuis le début du conflit en 1972.


Huit travailleurs humanitaires tués au Darfour

L’assistance humanitaire menacée par violence

L’ONU a exprimé son inquiétude face à l’escalade de la violence au Darfour, dans l’Ouest du Soudan, qui a tué plus de travailleurs humanitaires ces deux dernières semaines qu’au cours des deux dernières années, selon la Coordination humanitaire des Nations unies. Dans un communiqué, le bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) indique que ces attaques menacent désormais sérieusement l’assistance dans la région.
Huit travailleurs humanitaires sont morts au Darfour au mois de juillet et "les risques opérationnels qui pèsent sur eux s’accroissent chaque jour", selon le communiqué. "Le niveau de violence auquel font face les humanitaires au Darfour est sans précédent. De nombreuses attaques ont eu lieu alors qu’ils aidaient les populations dans le besoin", a indiqué Manuel da Silva, coordonnateur humanitaire et vice-représentant spécial du secrétaire général pour le Soudan.

Recrudescence des meurtres
et pillages

L’OCHA précise, qu’outre la recrudescence des meurtres, on assiste aussi à une augmentation des détournements de véhicules, des pillages contre les convois et des tentatives d’embuscades. Cela inclut des attaques pendant les distributions de nourriture, les vols dans les entrepôts des ONG et une attaque contre une ambulance, indique le communiqué.
En conséquence, de nombreux travailleurs humanitaires soudanais travaillant pour des ONG internationales et pour les Nations unies sont réticents à entrer dans les camps et craignent pour leur sécurité, déplore l’OCHA.
Malgré un accord de paix signé en mai 2006 entre le gouvernement central et une partie des mouvements rebelles, le conflit au Darfour, continue de faire rage. Depuis février 2003, la guerre civile au Darfour a fait au moins 200.000 morts et plus de 2 millions de déplacés.


Le monde en bref

o Philippines : l’activité du volcan Mayon s’intensifie
Une éruption volcanique semble de plus en plus imminente aux Philippines, où le volcan Mayon a craché des cendres a trois reprises mardi, alors que les soldats et dirigeants locaux poursuivaient l’évacuation de dizaines de milliers de villageois.
L’Institut philippin de vulcanologie et sismologie a relevé lundi le niveau d’alerte à 4, un degré en deçà du maximum, après que six explosions eurent provoqué des colonnes de cendres s’élevant jusqu’à 800 mètres de haut, et a ordonné l’évacuation de près de 35.000 personnes de la province d’Albay, au Sud-Est de Manille. En cas d’éruption importante, les autorités envisagent d’évacuer 20.000 personnes supplémentaires.
Selon le vulcanologue Ed Laguerta, le volcan Mayon a craché des cendres au moins trois fois tard lundi soir et a continué à émettre des quantités anormalement élevées de dioxyde de soufre.
Par ailleurs, une centaine de secousses d’origine volcanique ont été enregistrées dans la nuit. Si elles n’ont pas été ressenties par l’homme, "cela signifie qu’il y a plus de magma qui monte du volcan", a expliqué Ed Laguerta.

o Inondations dans le sous-continent indien : 300 morts
Des pluies diluviennes ont provoqué dans le sous-continent indien des inondations qui ont fait au moins 300 morts et des dégâts considérables.
Dans les États du Gujarat et du Maharashtra, dans l’Ouest de l’Inde, et de l’Andra Pradesh, dans le Sud, les inondations ont fait plus de 150 morts, et 1,2 million d’habitants ont dû être évacués dans l’Andra Pradesh, où l’on craint désormais des épidémies dues aux eaux stagnantes.
Dans le Nord-Ouest du Pakistan, on déplore plus de 140 morts et les dégâts sont très importants.
Les météorologues s’attendent à d’autres fortes pluies dans l’Andra Pradesh en raison d’une dépression sur le golfe du Bengale.

o Inondations en Éthiopie : 200 morts
Des secouristes s’employaient lundi en Ethiopie à rechercher d’éventuels survivants au lendemain d’inondations qui ont coûté la vie à quelque 200 personnes dans l’Est du pays.
Des rescapés à Dire Dawa, à environ 500 km à l’Est d’Addis Abeba, ont dit toute leur horreur devant le spectacle des eaux qui sont venues balayer leurs maisons à la suite de la crue d’un cours d’eau provoquée dimanche par de fortes pluies.
D’après des responsables, le bilan s’élève à environ 200 morts, dont 39 enfants. Mais il devrait s’alourdir. En dépit des opérations visant à retrouver d’éventuels rescapés, les responsables estimaient en effet qu’il restait peu de chance de découvrir des personnes encore en vie.
Le Premier ministre Meles Zenawi s’est rendu lundi dans la ville de Dira Dawa, qui compte environ 300.000 habitants. "Nous faisons tout notre possible" pour la population de Dire Dawa, a-t-il dit aux journalistes qui l’accompagnaient. "Cela va nuire au développement de Dire Dawa mais nous ferons tout ce que nous pouvons pour les aider" à s’en sortir.
Simon Mechale, chef de l’Agence gouvernementale chargée de la prévention des catastrophes naturelles, a appelé à l’aide internationale devant cette "catastrophe sans précédent".
Une équipe des Nations unies se trouvait sur place pour évaluer les dommages et l’assistance qui pourrait être fournie à la population.


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