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Des milliers de chômeurs embauchés pour lutter contre les pestes végétales
2 août 2004

L’Afrique du Sud est l’un des pays africains les plus en avance dans la lutte contre les “plantes envahissantes étrangères”. Des plantes qui provoquent de véritables désordres écologiques et menacent les réserves d’eau du continent. Pour prendre le mal à la racine, l’État emploie des milliers de chômeurs pour détruire ou recycler les végétaux encombrants.
L’article que nous reproduisons ci-dessous est paru sur le site Afrik.com sous le titre "Guerre ouverte aux plantes envahissantes : L’Afrique du Sud à la pointe de la lutte".
Tout n’est pas bon dans la nature. Les “plantes envahissantes étrangères” rendent la vie dure à de nombreux pays africains. Elles déséquilibrent depuis des années, et dans certains cas depuis un siècle, les écosystèmes. Autre problème, parce qu’elles sont très consommatrices d’eau, elles menacent d’épuiser les réserves des pays. Pour faire reculer l’envahisseur végétal, les États doivent s’armer de patience mais surtout de moyens.
L’Afrique du Sud est le pays qui mène avec le plus de succès ce combat. Sa force de frappe repose en majeure partie sur des milliers de chômeurs embauchés pour détruire ou recycler les plantes ou arbres indésirables.
Le ministre de l’Eau et de la Forêt de Pretoria a lancé, en 1995, le programme Travailler pour l’eau (Working for water, WFW ). Le principal objectif du projet est de débarrasser le pays des végétaux gênants. Et la tâche est de taille. "En Afrique du Sud, les plantes envahissantes couvrent quelque 10 millions d’hectares, soit 10% du pays", explique Tony Poulter, directeur du programme pour la région de Mpumalanga (Nord-Est). Selon ce responsable, cela fait un siècle que ces envahisseurs progressent sur le territoire.
L’arrivée des ces plantes remonte à l’époque où des espèces ont été importées d’Amérique, d’Australie, d’Europe et d’Asie. Elles servaient à orner les jardins, stabiliser les dunes ou encore faire du bois de chauffage. "C’est ainsi que des espèces comme l’eucalyptus ou encore l’acacia ont fait leur entrée sur le territoire", commente Tony Poulter. De même que diverses plantes aquatiques. Et bien d’autres encore, puisqu’en 1999, selon le site du Centre de recherche du développement international (International developement research center, IDRC ), environ 110 “plantes envahissantes étrangères” étaient recensées.
Les dégâts qu’elles causent sont nombreux. "Elles se développent plus rapidement que les plantes du pays, menaçant la survie même de nos espèces", souligne Tony Poulter. Par ailleurs, elles rendent stériles des terres fertiles (provoquant des problèmes pour cultiver mais aussi faire paître les troupeaux), accroissent les risques d’inondations, favorisent la propagation des feux et peuvent provoquer l’extinction en masse de plantes et d’animaux.
Aussi, elles ont besoin de plus de ressources pour vivre et consomment énormément d’eau. Selon les chiffres de l’IDRC, elles utilisent "3,3 milliards de mètres cubes d’eau de plus que la végétation" de base. Les “plantes envahissantes étrangères” peuvent aussi rendre inutilisables les ressources naturelles hydrauliques. En Afrique du Sud, ce serait le cas de 7% des réserves, d’après le site “The water page”. Un cauchemar pour un pays qui souffre déjà de sévères pénuries d’eau.
Pour combattre ce que certains appellent le "cancer vert", le programme WFW utilise des méthodes chimiques et biologiques. Il se sert, entre autres, d’une quinzaine d’espèces d’insectes qui mangent les plantes indésirables. Pour ce faire, il embauche tous les ans des milliers de chômeurs sud-africains. Cette année, ce sont environ 20.000 sans-emplois qui ont pu intégrer le programme pour renverser les effets négatifs des plantes envahissantes. "Il y a 60% de femmes, 20% de jeunes et 1 à 5% de personnes qui ont une infirmité. Les recrutés sont formés pendant deux ans, durant lesquels ils travaillent sur le terrain. Leur tâche consiste notamment à répandre de l’herbicide sur les plantes gênantes ou à couper les arbres, avec lesquels ils feront ensuite des meubles. Les salaires vont de 800 rands pour le simple employé à 5.000 rands pour un manager (de 107 euros à 668 euros)", explique Tony Poulter.
À la fin de leur contrat, d’autres prendront leur place. Un roulement est ainsi assuré. Mais ceux qui arrivent au terme de leur expérience dans le programme ressortent avec un bagage professionnel qui peut leur permettre de retrouver un emploi. "Nous leur apprenons, outre ce qui concerne les plantes envahissantes et leur éradication, comment monter une petite entreprise", poursuit le directeur du programme pour la région de Mpumalanga.
L’initiative est aussi fructueuse pour les travailleurs, que pour l’environnement. "L’eau est redevenue potable dans quelques endroits, et des animaux et des insectes qui avaient disparu de certaines régions y sont revenus", assure Tony Poulter. Selon quelques observateurs, ces succès font du programme sud-africain l’un des plus efficaces au monde.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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