Canal du Mozambique - immigration comorienne

Alors que Mayotte devient département et région d’Outre-mer

29 janvier 2008

Mayotte va devenir département-région, après une consultation locale. D’ores et déjà, la question de l’immigration est traitée. Au vu du zèle des forces de l’ordre et de la Police aux frontières, comment évoluera la rafle des « clandestins » comoriens ?

« À compter de la première réunion qui suit son renouvellement en 2008, le Conseil général de Mayotte peut, à la majorité absolue de ses membres et au scrutin public, adopter une résolution portant sur la modification du statut de Mayotte et son accession au régime de département et région d’Outre-mer défini à l’article 73 de la Constitution », indique un des articles de la loi organique sur l’Outre-mer du 21 février 2007. Ainsi, Mayotte s’apprête à devenir Département et Région d’Outre-mer. Les Mahorais devraient être en faveur du changement de statut. Cela donnera du boost à l’économie mahoraise, disent certains. D’autres voient les possibilités de l’égalité sociale avec la Métropole. Tant que ce référendum ne ressemble pas à celui de 1972, décrit comme une boutade à la démocratie ! D’autres vont au plus direct et notent que Mayotte doit faire face à des carences en matière d’état-civil et de cadastre. Par ailleurs, la question de l’immigration des Comoriens, et notamment des Anjouanais, sur l’île hippocampe est largement posée. On connaît d’ailleurs le zèle des forces de l’ordre et des gardes côtes, en réponse “immédiate” à la circulaire de Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’Intérieur, circulaire qui dispose des conditions, de l’interpellation d’un étranger en situation irrégulière, de sa garde-à-vue et des réponses pénales à sa présence irrégulière sur le territoire. Cette circulaire en date du 21 février 2006 profitait d’une application immédiate. On ne va pas encore rappeler la politique du chiffre qui se joue à Mayotte. Devenu Département et Région d’Outre-mer, comment sera gérée la question comorienne ?

Co-développement ou expulsion massive

Au mois de décembre dernier, l’Ambassadeur Alain Moureau, accompagné d’une délégation de fonctionnaires des ministères des Affaires étrangères, des DOM-TOM, de l’Intérieur, de l’Immigration et de l’Identité nationale, s’est rendu à Mayotte et aux Comores pour présenter l’importance de la création d’un Groupe de travail de haut niveau chargé de réfléchir aux problèmes liés aux flux migratoires et à la circulation des personnes. Pas plus d’informations données par l’ambassadeur sur ce groupe. Combien d’experts réunira-t-il ? Qui seront-ils ? Comment fonctionnera ce groupe de travail ? Pour quelles finalités, d’ailleurs ? Ont-ils pour objectif le développement des Comores, préalable à la maîtrise des flux migratoires à Mayotte ? L’Ambassadeur Moureau s’est rendu à Moroni, où il a rencontré le Président Sambi. Si l’on sait qu’autant Nicolas Sarkozy que Ahmed Abdallah Mohamed Sambi sont convenus de l’existence d’un tel groupe de travail, on ne sait rien du contenu de cette “réflexion”, et de ces objectifs pour l’Archipel des Comores.
En 2002, l’INSEE estimait la “diaspora” comorienne de Mayotte à 53.000 personnes, dont 80% en situation irrégulière. Mayotte devient Département, et la France envoie des émissaires pour penser l’immigration à Mayotte. L’île est loin du million d’habitants, mais la France ne souhaite pas voir l’île hippocampe devenir une plate-forme d’accueil pour Comoriens. Elle prend les devants, et beaucoup de personnes, dont des élus, ont largement critiqué la façon indigne du raccompagnement à la frontière. Sudel Fuma, en voyage à Mayotte, fut témoin de cette rafle organisée, où s’entassaient des clandestins. Les deux présidents se sont-ils entretenus de la manière de participer au développement de l’Archipel des Comores ?

Dans le flou

Lors de sa conférence de presse donnée à Mayotte, l’Ambassadeur Alain Moureau ne s’est pas attardé sur les volontés gouvernementales en matière d’immigration à Mayotte, et encore moins de la politique de co-développement, possible avec les Comores. On sait comment les autorités gèrent l’immigration depuis l’avènement de Nicolas Sarkozy. Et l’on sait tout autant le déni d’un drame, celui des nombreuses victimes embarquées sur leur kwassa-kwassa de la mort. On ne peut pas ressusciter. On ne peut que décourager les candidats à la clandestinité de ne pas tenter ce périple. On peut aussi répéter qu’il est bon temps de mener un vrai co-développement avec les Comores.
Mayotte vit quant à elle des heures cruciales pour son histoire, et préfère se concentrer sur l’essentiel, le nouveau statut, son nouveau « tout est possible ». Peut-on le lui reprocher ? À vrai dire, Mayotte se préoccupe davantage de savoir pourquoi le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer a préféré annuler sa visite. Les élections cantonales s’annoncent “historiques” à Mayotte. L’enjeu est de taille. Mais parle-t-on de l’immigration comorienne ? Peut-on espérer la régularisation des Comoriens, qui vivent et travaillent à Mayotte, souvent exploités du fait de leur situation ? D’autres ont des enfants nés à Mayotte. Comment sera prise en compte cette situation ? Nous n’allons pas nous étendre, il y a tellement de questions restées dans le flou. Mais il serait bon que les autorités communiquent dans les moindres détails, et fassent montre d’une grande transparence dans le traitement de cette affaire, des reconduites massives à la frontière. Il serait temps aussi qu’il y ait des hommages pour tous ceux qui ont péri en cherchant l’Eldorado mahorais.

Bbj


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