La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Une délégation en visite au Port
21 octobre 2004

Invités par la mairie du Port dans le cadre de la semaine Créole, 35 Chagossiennes et Chagossiens sont arrivés à la Pointe des Galets hier. Membres du Groupe réfugiés Chagos, ils ont été accueillis au son du maloya.
Ambiance inhabituelle hier matin sur les quais du Port-Est. Le son des roulèr et des kayamb a pour un moment couvert celui des grues et des portiques de déchargement. Le Mauritius Pride, le bateau effectuant les rotations de passagers entre Maurice et La Réunion, vient d’accoster.
À son bord se trouvent 35 Chagossiennes et Chagossiens, membres du Groupe réfugiés Chagos. Ils ont été invités par la mairie du Port à l’occasion de la semaine Créole (lire notre page 8).
Foulard blanc sur la tête pour les femmes, tee-shirts proclamant "mo fier mo ene Chagossien (je suis fier d’être un Chagossien)", la délégation conduite par Olivier Bancoult, président du Groupe réfugiés Chagos, a été accueillie par le maire du Port, Jean-Yves Langenier, et son conseil municipal, des dockers, des personnalités du monde associatif portois etc.
C’est en musique, langage universel et commun dans le cas présent, que la bienvenue a été souhaitée.
"Nous sommes heureux et fiers de vous accueillir au Port, vous êtes nos sœurs et nos frères et vous êtes ici chez vous. Nous sommes un seul peuple et une seule nation", disait Jean-Yves Langenier.
"Ce voyage en bateau est tout un symbole. Nous avons été déportés des Chagos en bateau dans la douleur et la peine. Aujourd’hui nous avons fait un autre voyage en bateau, mais cette fois c’est dans la joie et le bonheur de retrouver des amis", commentait Olivier Bancoult.
Natif des Chagos, il fait partie des 2.000 personnes exilées de l’archipel entre 1965 et 1973. Cette déportation est le résultat d’une transaction passée entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. En 1965, lorsque Maurice, alors sous dépendance britannique, demande son indépendance, le gouvernement de Grande-Bretagne décide de détacher les Chagos de l’ensemble des îles mauriciennes (Maurice et Rodrigues).
En fait, Diego Garcia, l’île principale de l’archipel, intéresse les USA qui cherchent une implantation stratégique dans l’océan Indien (lire également nos précédentes éditions, ainsi que nos pages suivantes). L’accord est conclu entre les deux puissances, les Chagossiens ne sont pas consultés.
Diego Garcia est la première île à être évacuée. Les deux autres îles habitées, Peros Banhos et Salomon, le seront par la suite. En 1973, l’ensemble des 2.000 Chagossiens a été déporté. 1.800 d’entre eux sont exilés à Maurice et 200 aux Seychelles. Quant aux États-Unis, ils ont implanté à Diego Garcia la plus importante base militaire à l’extérieur des USA.
Depuis, une longue bataille juridique oppose les Chagossiens au gouvernement britannique. Elle n’a pas encore été tranchée, "mais nous savons que vous finirez par gagner. Les causes justes finissent toujours par triompher. Cela a été le cas de la lutte contre l’apartheid et cela sera aussi le cas du combat mené par le peuple chagossien", notait Jean-Yves Langenier dans son intervention. "A ti pa ti pa, Chagossien va rent Chagos", disait-il encore.
Olivier Bancoult croit lui aussi fermement en la victoire des siens. "David a triomphé de Goliath. Nous avons obtenu une première victoire en 2000 lorsqu’une décision de la haute Cour de Justice de Londres nous a autorisés à retourner aux Chagos à l’exclusion de Diego Garcia. Nous allons poursuivre dans cette voie", ajoutait le président du Groupe réfugiés Chagos.
Il rappelait que de "solides liens d’amitié existent depuis toujours entre le Port et les Chagos". En effet, une charte d’amitié et de coopération a été signée entre les communes de Port-Louis (capitale de Maurice) et la cité portuaire. C’est l’une des raisons pour lesquelles la commune portoise a décidé de placer la semaine Créole sous le signe des Chagos.
Des 2.000 natifs des Chagos déportés, 900 sont encore en vie. La population totale est estimée à 8.000 personnes vivant principalement à Port-Louis dans des conditions souvent à la limite du seuil de pauvreté.
Une exposition sur l’histoire de l’archipel est visible à partir de demain à la médiathèque Benoîte-Boulard.
Une conférence est programmée, à la médiathèque, samedi à partir de 16 heures.
Les Tambours Chagos assureront la première partie du spectacle de Firmin Viry au Kabardock, samedi.
Les Chagossiens reçus à la Région
Une délégation du groupe de réfugiés des Chagos, conduite par M. Olivier Bancoult, porte parole du groupe, a été reçue ce jour à la Région par une délégation d’élus de l’Alliance composée de Pierre Vergès, Alain Armand, Wilfrid Bertile, Christine Soupramanien, Yvon Virapin et Radjah Veloupoulé.
Cette rencontre, par sa portée symbolique, marque une nouvelle expression de la solidarité des Réunionnais avec le peuple des Chagos, qui compte notamment parmi les personnalités qui soutiennent sa cause, Nelson Mandela, le gouvernement indien, Cassam Uteem, Paul Berenger et Paul Vergès.
La population réunionnaise aura l’occasion d’être à nouveau sensibilisée à l’histoire tragique des Chagossiens à travers l’exposition qui s’ouvrira au Port vendredi prochain.
Lisette Talate, déportée en 1972
"Nos cimetières sont abandonnés"
Petite, mince, les traits las et un fond de tristesse dans le regard, Lisette Talate porte sur le visage la marque de l’histoire chagossienne. Native des Chagos, elle est l’une des doyennes des déportés. Elle et ses 6 enfants sont arrivés à Maurice en 1972, après avoir passé trois jours dans un bateau à fond de cale. Lisette habite un quartier pauvre de Port-Louis. Elle ne s’est jamais adaptée.
"Aux Chagos nous avions juste le riz et l’huile à acheter, tout le reste nous l’avions sous la main. Personne n’avait faim. Tout le monde avait un travail comme agriculteur, ferblantier ou forgeron", se souvient-elle.
"Lorsque nous sommes arrivés à Maurice, on nous a mis dans des cases sans portes, sans eau et sans électricité. Nous n’avions pas un sou et à Maurice si on a pas d’argent, on ne mange pas", témoigne-t-elle.
Vivre dans ces conditions n’est pas bon pour les jeunes. "Nos enfants sont au chômage, ils tombent dans la drogue, l’alcool ou la prostitution", déplore-t-elle. Ce dont elle souffre le plus : elle ne peut pas se recueillir sur la tombe de ses parents, de ses ancêtres. "Nous n’avons pas le droit d’aller à Diego Garcia, nos cimetières sont abandonnés. Personne ne rend hommage à nos morts", se plaint doucement Lisette. C’est aussi pour cela qu’elle veut retourner aux Chagos. "C’est mon pays" dit-elle, "j’en ai assez de vivre en exil".
Une soixantaine d’îles et îlots
L’archipel des Chagos est constitué d’une soixantaine d’îles, d’îlots et d’écueils coralliens. Seules quelques îles étaient habitées avant l’évacuation de l’archipel : Diego Garcia, Salomon, Peros Banhos... Situé au milieu de l’océan Indien, l’archipel des Chagos est épargné par les cyclones.
Actuellement, à part l’île principale, Diego Garcia, occupée par une base militaire américaine, l’archipel est inhabité.
Quelques îles qui composent l’archipel : île Egmont, Grande île Coquillage, île Diamant, île Poule, île Nelson, île des Trois-Frères, île de l’Aigle, île aux Vaches, île Danger, île de la Passe, île Mapou, île Takamaka, île Fouquet, île Sépulture, île Jacobin, île du Sel, île Boddam, île Diable, île Anglaise, etc.
Source “Le Port sa même mèm”
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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