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5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Nigeria
27 juillet 2006

Au Nigeria, dans la région pétrolière du Delta du Niger, les destructions d’installations et les enlèvements d’expatriés sont de plus en plus réguliers depuis le début de l’année. Ces actions, menées par des groupes armés séparatistes, ont fait chuter de 30% la production journalière du brut. Les dirigeants s’inquiètent, mais n’arrivent pas à juguler la crise.
"L’industrie pétrolière et gazière du Nigeria vit une période très difficile de son histoire". Tony Chukwuoke, directeur général du Département national des ressources pétrolières, est inquiet. Avec les violences dans le Delta du Niger, région pétrolière située au sud du pays, "le pays perd depuis cinq mois 56,7 millions de dollars par jour", estime-t-il.
Plus de 30 milliards de barils de réserves certaines et 2,6 millions de barils extraits chaque jour : le pays est le premier producteur africain et le onzième au niveau mondial. L’essentiel de la production provient du Delta du Niger où opèrent plusieurs compagnies internationales comme Shell, Chevron et Total. Mais les installations et le personnel de ces dernières font l’objet d’attaques et d’enlèvements de plus en plus réguliers de la part de groupes armés séparatistes issus des communautés locales.
Cette recrudescence des violences remonte à janvier dernier. Elle fait suite à l’exaspération des 20 millions d’habitants du Delta face aux promesses non tenues du gouvernement fédéral de développer leur région, la plus riche en gisements pétroliers, mais aussi une des plus pauvres. Les conditions de vie des habitants, qui vivent de l’agriculture, de la chasse et de la pêche, y sont dramatiques. Les routes sont rares, de même que les centres de santé et les écoles. "Notre pétrole a servi à développer les autres parties du pays", constate Edwin Clark, un fils du terroir.
Promesses non tenues
En avril, le président nigérian a promis d’y investir 230 milliards de nairas (près de 1,5 milliard d’euros) dans la construction d’infrastructures et la création de 20.000 emplois avant la fin de l’année. Mais les représentants des populations, constitués en groupes séparatistes parfois rivaux, ont rejeté ce projet, car, estiment-ils, "nous sommes habitués à ce genre de promesse". Par le passé, le Parlement nigérian s’est engagé à verser aux habitants une compensation de plus de 1 milliard d’euros pour "fait de dégâts environnementaux", mais la promesse n’a jamais été honorée, les compagnies pétrolières ayant refusé de débourser cette somme.
Depuis le début de l’exploitation du pétrole découvert en 1956 à Baysela, un des sept États du Delta du Niger, la région a toujours été le théâtre d’actes de violence. Sous le gouvernement de Sani Abacha en 1995, la crise a culminé avec la pendaison de neuf leaders du mouvement pour la survie du peuple Ogoni, dont l’écrivain Ken Saro-Wiwa. Depuis 1998, 13 explosions d’oléoducs (destructions par les communautés locales pour voler le carburant, mais aussi attentats menés par les séparatistes) ont causé plus de 5.000 morts.
Aujourd’hui, les groupes se sont réorganisés et certains comme le Mouvement pour l’émancipation du Delta du Niger (Mend) se sont fortement armés. L’essentiel des revendications tourne désormais autour de l’autonomie de la région.
Sortir du tout pétrole ?
Ces violences entraînent la hausse du prix du brut sur le marché international et une baisse de production sur le plan local. "Au cours du premier trimestre de cette année, nous avons perdu 1 milliard de dollars sur un budget de 15 milliards", déplore Edmund Daukuru, secrétaire d’État aux affaires pétrolières. Selon Charles Soludo, gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, le Produit National Brut (PNB) a baissé de 2,79%, mettant en difficulté le gouvernement.
Ainsi, explique-t-il, la crise pousserait l’État à "voir comment développer désormais l’économie à partir des secteurs non pétroliers". Mise en place de prêts à taux d’intérêt très bas pour les agriculteurs, subvention à 50% des engrais... Quelques timides tentatives naissent pour sortir de l’ère du tout pétrole.
Pas évident, toutefois, de décrocher de la folie de l’or noir quand on en tire 75 % de ses revenus et plus de 95 % de ses recettes à l’exportation...
Daouda Aliyou
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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