Paul Bérenger rencontre le secrétaire général du Commonwealth

Chagos : Le gouvernement mauricien demande justice

9 juillet 2004

Paul Bérenger doit discuter aujourd’hui de l’éventuel retrait de Maurice du Commonwealth avec le secrétaire général de l’organisation. C’est en ce moment le seul moyen dont dispose Maurice pour porter son droit à la souveraineté sur l’archipel des Chagos devant la Justice internationale. En effet, le 10 juin dernier, 2 décrets du gouvernement britannique interdisent aux Chagossiens le droit de retourner dans leur pays. Pendant la guerre froide, les Îlois ont été exilés pour permettre la construction d’une base militaire américaine sur l’île de Diego Garcia.

Pour le gouvernement mauricien, la reconnaissance de sa souveraineté sur les Chagos, qui pourrait permettre aux Îlois d’avoir le droit de fleurir les tombes de leurs ancêtres, passe maintenant par un recours devant la Cour internationale de justice. Cible de ce recours : la Grande-Bretagne. L’ancienne puissance coloniale exerce officiellement la souveraineté sur cet archipel depuis l’indépendance de Maurice. Les Chagos sont les British Indian Ocean Territories (BIOT). Cette séparation des Chagos de Maurice allait à l’encontre d’un principe : le respect des frontières issues de la colonisation.
En transigeant sur ce principe, le gouvernement britannique de l’époque a eu les moyens de louer la plus grande île des Chagos, Diego Garcia, aux dirigeants des États-Unis. Ces derniers recherchaient un lieu propice à la construction d’une grande base militaire. L’emplacement stratégique de Diego Garcia, au cœur de l’océan Indien, était pour eux une opportunité.
Grâce à la complicité britannique, ils ont fait de l’atoll un camp retranché, piste de décollage des bombardiers géants qui ont bombardé l’Afghanistan et l’Irak. Pour réaliser leurs dessein, ils ont obtenu la déportation de tous les habitants de l’archipel, ce qui fut fait sur ordre des dirigeants britanniques.
Depuis cette date, le droit au retour des Chagossiens est nié. Un espoir avait été levé quand, en novembre 2000, la Haute cour de Londres déclarait illégal l’ordre d’expulsion pris en 1965 à l’encontre des Îlois. Mais une décision du gouvernement britannique prise par décret le 10 juin dernier interdit encore aux Chagossiens le droit de vivre dans leur pays.
Cette situation pousse le chef du gouvernement mauricien, Paul Bérenger, à vouloir porter l’affaire devant la justice internationale. Mais une telle démarche signifie pour Maurice la sortie du Commonwealth. En effet, un pays membre de cette organisation ne peut pas assigner l’ancienne puissance coloniale devant la Cour internationale de Justice de La Haye.
Depuis leur déportation, les Chagossiens n’ont cessé de lutter contre cette injustice. Aujourd’hui, ils peuvent constater la détermination de l’actuel chef du gouvernement mauricien, Paul Bérenger. Selon ces déclarations, il est prêt à prendre la décision symbolique d’encourager le retrait de son pays du Commonwealth si cela peut favoriser un dénouement favorable à cette crise qui se prolonge depuis maintenant plus de trente ans.


Paul Bérenger déterminé

Les menaces de Maurice de quitter le Commonwealth commencent déjà à faire jaser au sein du club des anciennes colonies britanniques. Le quotidien britannique, “The Guardian”, rapportait dans son édition de mercredi, les propos d’un porte-parole de l’organisation, Joel Kibazo, quant à un éventuel retrait de Maurice de l’organisation. "Nous espérons que le problème pourra être réglé, car Maurice est un membre important de notre organisation. Aucun pays membre ne souhaite son départ", affirmait ce haut responsable du secrétariat du Com monwealth.
Le ministère britannique des Affaires étrangères exprime aussi un point de vue voisin selon “The Guardian” : "Nous ne voulons pas qu’ils partent. Nous serons très déçus s’ils s’en vont, mais c’est à eux (Maurice) de décider".
Cette manifestation d’intérêt au sujet de la démarche mauricienne intervient à la veille de la mission du Premier ministre Paul Bérenger à Londres. Celui-ci rencontre aujourd’hui le Secrétaire général du Commonwealth, Don McKinnon, pour discuter de la question.
Les autorités mauriciennes prennent très au sérieux l’option de quitter le Commonwealth, même si elles affirment étudier d’autres possibilités. Paul Bérenger avait lui-même qualifié cette éventualité de dernier recours à l’occasion d’une rencontre avec la presse. Il avait néanmoins bien fait comprendre que la souveraineté du pays sur l’ensemble de son territoire n’avait pas de prix. Paul Bérenger a fait part de sa détermination en déclarant que le Commonwealth n’est pas la propriété de Londres, qu’il est un club démocratique, et que "nous manquerons le prochain sommet qui donne lieu à d’importants échanges (...) nous pouvons vivre sans". D’ailleurs, “The Guardian” a également rappelé que depuis déjà plusieurs mois, Paul Berenger avait écrit au Premier ministre britannique pour évoquer cette possibilité, ce dernier n’a pas encore daigné lui répondre.
Les avis sont partagés, même à Maurice, sur l’option consistant à se retirer du Commonwealth. Pour les travaillistes, ceci pourrait nuire aux relations avec l’Union européenne, ce qui pourrait porter préjudice aux intérêts mauriciens dans le cadre de la renégociation de l’OCM-Sucre. Une baisse des quotas et des prix du sucre exporté vers l’Union européenne pourrait en effet avoir de dramatiques conséquences sur toute l’économie mauricienne.

(Avec “L’Express”)


À Londres

Demande d’explication d’un parlementaire de la majorité

Par ailleurs, les parlementaires britanniques ont discuté mercredi au sujet d’une motion privée du député travailliste Jeremy Corbyn sur les Chagos. L’auteur de la motion, Jeremy Corbyn, est connu pour être un député rebelle parmi les travaillistes. Ses prises de positions l’opposent très souvent à la ligne du parti.
Ce membre de la majorité parlementaire britannique souhaitait avoir des éclaircissements sur la politique du gouvernement britannique sur les British Indian Ocean Territories (BIOT), dont font partie les Chagos. Le 15 juin dernier, la Chambre des communes fut informée de deux “ordres du conseil” qui ont été formulés pour restituer le contrôle complet de l’immigration vers l’archipel aux autorités britanniques. En d’autres termes, ces décrets enlèvent la possibilité aux Chagossiens de s’y rendre. Un groupe de Chagossiens établis à Londres a manifesté mercredi devant le Parlement britannique en signe de protestation contre la décision du Royaume-Uni d’interdire l’accès à l’archipel.
D’autre part, la Haute cour d’Angleterre réserve son jugement sur un appel interjeté par les Chagossiens concernant une demande de compensation. Le tribunal a décidé mardi dernier de renvoyer l’affaire à une date ultérieure. Une demande de compensation fut initialement rejetée en octobre 2003 par la Haute cour. Les plaignants font maintenant appel de cette décision devant la même instance judiciaire.

(Avec “L’Express”)


Prétexte britannique

Les ondes de choc provoquées par les deux décrets du Royaume-Uni du 10 juin interdisant l’accès de l’archipel des Chagos à tous ceux qui ne possèdent pas un permis en bonne et due forme ne finissent pas de bouleverser la communauté chagossienne de Maurice.
Par ailleurs, le gouvernement britannique a commandé un rapport sur la viabilité d’un retour vers les îles Chagos. Conclusion du rapport : le repeuplement de l’archipel serait économiquement et écologiquement non viable. "Si un repeuplement à court terme paraît viable, les coûts de maintenance à long terme des habitations seront prohibitifs. Le problème principal que rencontreraient les nouveaux occupants serait les inondations. Celles-ci menaceraient non seulement les infrastructures mais aussi les sources en eau potable et la production agricole. La vie des habitants serait mise en danger". Londres se réfugie derrière l’argument du réchauffement climatique alors que dans le même temps il permet à son allié américain, dont le gouvernement refuse de lutter contre l’effet de serre, d’entretenir aux Chagos une des plus importantes bases d’agression du monde.
Certes, le bail de l’île de Diego Garcia aux Américains arrive à expiration en 2016, mais il est probable qu’il sera reconduit par les autorités britanniques.

(Avec “L’Express”)


Le Commonwealth

Le Commonwealth est l’association, créée après la Première guerre mondiale, des pays ayant fait partie de l’ancien Empire britannique (anciennes colonies, dominions ou protectorats). Le souverain du Royaume-Uni dirige le Commonwealth.
C’est une association de 54 États qui se consultent grâce à un réseau largement informel de liens gouvernementaux et non gouvernementaux. Bien que la moitié de ses membres soient aujourd’hui de petits États comptant moins d’un million d’habitants, le Commonwealth regroupe néanmoins près du quart de la population mondiale.


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