Poursuite de la mobilisation pour les Chagossiens

Chagos : Le ministre mauricien dialogue avec son homologue britannique

7 octobre 2004

Après une intervention à la tribune des Nations-Unies (voir encadré), le ministre mauricien des Affaires étrangères a rencontré son homologue britannique pour discuter du dossier des Chagos. D’après “L’express”, l’entretien aurait été positif, mais quelles sont les marges de manœuvre des gouvernements mauricien et britannique face au locataire américain de Diego-Garcia ?

"Une solution serait-elle en vue sur le dossier des Chagos, cette source de tension entre Maurice et l’Angleterre depuis quelques mois ?", s’interroge notre confrère mauricien “L’express” dans son édition d’hier.
Rendant compte d’une rencontre entre le ministre mauricien des Affaires étrangères Jayen Cuttaree, et son homologue britannique, Jack Straw, “L’express” fait part du point de vue des services du ministère britannique selon lesquels la rencontre est qualifiée de "chaleureuse et productive". Quant à Jayen Cuttaree, il a estimé que sa rencontre avec Jack Straw a été "très cordiale et positive" et donnera plus de détails demain en Conseil des ministres.
"La “cordialité” de Jack Straw est en contradiction directe avec le refus du Premier ministre britannique, Tony Blair, de rencontrer Paul Bérenger lors de sa visite officielle en Angleterre en juin dernier", poursuit “L’express” qui rappelle que "quelques jours plus tard, Tony Blair avait annoncé à la Chambre des communes que l’île principale de l’archipel, Diego Garcia, “était vitale pour la sécurité de la Grande-Bretagne”". Ce qui fait dire à notre confrère que "selon le gouvernement britannique, l’archipel sera seulement rendu à Maurice quand il ne jouera plus un rôle important dans la sécurité de l’Occident".

Quelle sécurité ?

Et de préciser que "la conjoncture politique et militaire actuelle dans le monde ne semble pas prêter à une quelconque diminution de l’importance stratégique de l’archipel. Un grand nombre de B-52s et Stealth Bombers américains qui ont bombardé l’Afghanistan et l’Irak ont décollé de Diego Garcia".
“L’express” rappelle que "des développements récents sur la question chagossienne sont venus jeter un froid sur les relations entre Londres et Port-Louis. (...) Maurice compte demander un avis (consultatif) de la Cour internationale de Justice". Rappelons à ce sujet qu’en juillet dernier, la Grande-Bretagne avait pris des mesures pour tenter de se prémunir d’un recours mauricien à la Cour internationale de Justice, en décidant d’interdire à tout État ayant été membre du Commonwealth de saisir cet instance internationale. Ce qui n’avait pas manqué de choquer le gouvernement mauricien : "La démarche de la Grande-Bretagne trahit une véritable faiblesse. Elle nous choque par sa méthode. Londres sait pertinemment bien qu’elle pourra difficilement résister à la revendication de la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos quand cette question sera portée devant la Cour internationale de Justice. Ce n’est pas possible d’avoir un partenaire de dialogue qui agit de la sorte", avait dit le gouvernement mauricien.

Sensibiliser l’opinion britannique

Par ailleurs, “L’express” indique qu’un documentaire sur la tragédie du peuple chagossien devait être diffusé ce soir sur une chaîne de télévision britannique très regardée. Intitulé “Le vol d’une nation”, ce film est réalisé par un journaliste d’investigation très connu en Grande-Bretagne : John Pilger. Dans les colonnes du quotidien britannique “Guardian”, il affirme que "notre déportation du peuple chagossien est un crime qui ne peut plus durer".
Ce document est le résultat d’un travail de plusieurs semaines, avec en particulier le Groupe réfugiés Chagos (GRC). Il retrace les différents épisodes de l’exil forcé et de la vie difficile des déracinés dans les bidonvilles de Port-Louis. Le journaliste a pu interroger des acteurs clé de cette période tragique de l’histoire de l’océan Indien, une déportation d’un peuple tout entier que John Pilger qualifie de "choquante, presque incroyable". Il a également eu accès à des documents d’époque, l’un d’entre eux est d’ailleurs révélateur de la persistance d’un sentiment colonialiste chez certains dirigeants britanniques : "en même temps que les oiseaux, quelques Tarzans aux origines obscures s’en iront aussi. J’aviserai la mise en application d’une politique d’ignorance silencieuse - oublions ce sujet jusqu’à ce que les Nations unies nous forcent à la confrontation", écrivait à l’époque un responsable du ministère britannique des Affaires étrangères.
"On est sûr et certain que ce film aura un grand impact sur le public britannique en démontrant l’injustice infligée sur les Chagossiens par son gouvernement. C’est pour cela que le GRC a participé pleinement à sa réa-lisation", a expliqué à “L’express” le leader du GRC, Olivier Bancoult.

M. M. avec “L’express”


"Une dimension humaine tragique"

Maurice n’est pas satisfaite de l’attitude de la Grande-Bretagne sur la question des Chagos. Lors de son intervention à la tribune des Nations-Unies mardi à New York, Jayen Cuttaree, ministre des Affaires étrangères, du Commerce international et de la Coopération régionale, a déploré les actions unilatérales récemment prises par le gouvernement de Tony Blair concernant l’archipel.
Cet archipel, dit-il, a été illégalement détaché du territoire mauricien avant que Maurice ne prenne son indépendance de la Grande-Bretagne. La décision du gouvernement britannique est en violation de la Déclaration 1514 des Nations unies et les Résolutions 2066, 2232 et 2357 de l’Assemblée générale de cette même organisation. "Maurice a toujours favorisé l’approche bilatérale dans sa détermination à exercer à nouveau sa souveraineté sur l’archipel des Chagos mais malheureusement cette approche n’a donné aucun résultat jusqu’ici", a dit Jayen Cuttaree.
Certaines décisions "regrettables" et "unilatérales" ont été récemment prises par la Grande-Bretagne et cela n’a pas aidé à faire avancer les choses.
Néanmoins, précise le ministre des Affaires étrangères, Maurice continuera à prôner le dialogue pour trouver une solution à ce problème concernant l’archipel des Chagos : toutes les avenues seront explorées pour qu’elle puisse exercer ses droits de souveraineté sur l’archipel.
Ce problème a aussi "une dimension humaine tragique", ajoute le ministre, dans la mesure où tous les habitants de cet archipel ont dû évacuer leur terre natale, qui avait été occupée par plusieurs générations de Chagossiens avant l’accession de Maurice à l’Indépendance.

(Source “L’express”)


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