DÉVELOPPEMENT DURABLE

Kofi Annan pour un système d’alerte mondial

15 janvier 2005

’Nous sommes tous les habitants de la grande île qu’est la Terre’, estime le secrétaire général de l’ONU. Il a préconisé une organisation qui alerte également sur les cyclones. ’Nous n’avons pas droit à l’erreur, les générations à venir ne nous le pardonneraient pas’ lui a répondu en écho Paul Raymond Bérenger, Premier ministre de Maurice.

(Page 7)

Kofi Annan est encore choqué. Prenant la parole à la réunion internationale sur les petits États insulaires en développement, jeudi à l’île Maurice, le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies a évoqué sa récente visite sur les lieux les plus touchés par le tsunami du 26 décembre.
"Ce que j’ai vu n’est qu’une toute petite parcelle de ce qui s’est produit. (...) Une fois de plus, nous avons été forcés de nous incliner devant le pouvoir qu’a la nature de transformer en un instant la vie des êtres humains et la face de la terre", a-t-il ajouté.
Il a poursuivi : "Cette tragédie nous a une fois de plus montré combien la prévention et l’alerte rapide sont importantes. A la réunion qui s’est tenue la semaine dernière à Djakarta, la mise en place d’un système régional d’alerte rapide pour l’Océan indien et l’Asie du Sud-Est a été préconisée. Nous devons aller plus loin. Ce qu’il nous faut mettre en place, c’est un système d’alerte mondial, non seulement pour les tsunamis mais pour tous les autres phénomènes dangereux, par exemple, les ondes de tempête et les cyclones. Aucune partie du monde ne doit être laissée pour compte."
"Nous sommes tous les habitants de la grande île qu’est la Terre", a aussi affirmé M. Annan. "Riches et pauvres, faibles et forts, citoyens de grandes puissances ou de minuscules atolls, nous sommes tous reliés par des fils qui tissent une toile d’occasions à saisir et de dangers à combattre. Nous aurions déjà dû le savoir, mais il a fallu un tsunami pour nous le faire comprendre. La question est à présent de savoir si nous agirons à long terme, pas uniquement dans les petits États insulaires mais aussi partout ailleurs, avec cet esprit d’unité qui nous anime aujourd’hui", a-t-il conclu.

Accord unanime probable

Pour sa part, le Premier ministre de Maurice (et président de la réunion internationale) Paul Raymond Bérenger, a déclaré : "Nous, chefs d’État et de gouvernement, ministres et chefs de délégations, ici présents, tenons en vérité entre nos mains, en ce jour et demain, l’avenir même des petits États insulaires en développement. Qu’il me soit permis de le répéter : nous n’avons pas droit à l’erreur, et les générations à venir ne nous le pardonneraient pas si nous laissions s’échapper un succès tant mérité qui est à notre portée en ce moment historique".
On peut prévoir que le document principal résultant de la Réunion de Maurice sera adopté à l’unanimité. Jeudi matin, après une nuit entière de négociation, un sous-groupe est parvenu à un accord sur le dernier point en litige du projet de stratégie : la question des changements climatiques. Plus tard, le comité plénier de la réunion a approuvé des textes de compromis sur des sujets tels que les changements climatiques, le commerce et le transport maritime des matières radioactives.
Le nouveau libellé signale que les petits États insulaires en développement, ou PEID, "estiment qu’ils pâtissent déjà gravement des répercussions des changements climatiques", et que "l’adaptation aux répercussions desdits changements et de l’élévation du niveau de la mer demeure une priorité de haut niveau" pour les PIED.
Le document propose aussi de "promouvoir une utilisation plus rationnelle de l’énergie et le développement de l’utilisation des énergies renouvelables en priorité ainsi que des techniques modernes et moins polluantes d’exploitation des combustibles fossiles."

Interdiction des transports radioactifs ?

Sur les questions commerciales, le projet de stratégie, qui devait être officiellement adopté par la conférence hier, reconnaît que "la plupart des petits États insulaires en développement, du fait de leur petite taille, de leurs faiblesses structurelles et de leurs vulnérabilités, éprouvent certaines difficultés à s’intégrer à l’économie mondiale".
Le document reconnaît aussi "qu’il importe d’intensifier les efforts tendant à favoriser une participation pleine et effective" des petits États insulaires en développement PEID "aux délibérations et au processus de prise de décisions de l’OMC" (Organisation mondiale du commerce).
Sur un autre point, le projet de stratégie énonce : "La communauté internationale note que les petits États insulaires en développement et certains autres États souhaitent qu’il soit mis fin, à terme, au transport de matières radioactives dans les régions où se trouvent ces États, et reconnaît la liberté de navigation conformément au droit international".


Réchauffement climatique : "L’affaire de tous"

Nous sommes tous responsables de notre planète. Kofi Annan a réaffirmé mardi l’importance de traiter le problème des gaz à effet de serre et du changement climatique. Qu’ils soient signataires ou pas du Protocole de Kyoto, la réduction des gaz à effet de serre est la responsabilité de tous les pays, a-t-il soutenu. Car ces changements, a rappelé le secrétaire général de l’ONU, ont un impact sur tous, y compris les petits États insulaires en développement (PEID).
Kofi Annan s’exprimait ainsi suite aux préoccupations - dont celles portant sur le changement climatique - partagées par les jeunes des PEID avec lui, pendant sa visite au Community Vilaj. Un jeune représentant de la République dominicaine lui demandait en effet ce que pouvait faire l’ONU au sujet des gaz à effet de serre et du changement climatique.
Pour rappel, le protocole de Kyoto (du nom de la ville japonaise où il a été négocié en décembre 1997) est un amendement à la Convention de l’ONU sur le climat. Les pays ayant signé et ratifié ce protocole s’engagent à réduire l’émission de gaz à effet de serre (cinq gaz, dont le dioxyde de carbone, produits par les activités industrielles et qui contribuent à élever la température moyenne à la surface de la Terre). Le protocole propose aussi un " échange " de droits à émettre des gaz à effet de serre entre différents pays, afin que le volume global de réduction des gaz soit finalement dans les limites agréées. Certains pays l’ont signé et ratifié, d’autres - dont de gros pollueurs, comme les États-Unis - l’ont signé mais ne l’ont pas encore ratifié.


Pour une “force d’action pour les récifs coralliens”

Et si on emmenait les touristes voir les dégâts sur les récifs ? Selon un intervenant, cela permettrait une prise de conscience.
À l’image des “Task forces” militaro-américaines, c’est une véritable force d’action pour les récifs corallien qui a été demandée mardi à l’île Maurice. Le Dr Nyawira Muthiga, qui présidait l’atelier “Récifs, communautés insulaires et zones protégées” dans le cadre de la Conférence Internationale sur les PEID, a suggéré sa mise en place.
Cette “Coral Reef Task Force” regrouperait des représentants de chaque État des PEID, et déboucherait sur un plan d’action pour la préservation des barrières coralliennes de ces pays.
Le Dr Muthiga tire la sonnette d’alarme : "Le blanchiment des coraux est chose courante à travers le monde. Ils deviennent blancs comme neige." Les PEID, rappelle-t-elle, sont ceinturés de barrières coralliennes qui sont en symbiose avec l’écosystème marin. Ces récifs coralliens jouant un rôle prépondérant dans la vocation touristique d’un pays insulaire, il est nécessaire, ajoute-t-elle, de trouver un équilibre entre l’écosystème marin et la vie de tous les jours.
Les tsunamis ont également des effets sur les barrières coralliennes. "Il nous faut des îles heureuses, où il fait bon vivre. Pour ce faire, une bonne gestion des zones côtières s’avère nécessaire", a déclaré la conférencière.
Car les PEID sont tributaires des changements climatiques. Plus que jamais, soutient-elle, des fonds s’avèrent nécessaires pour entreprendre des recherches : "Il nous faut établir à quel point nos ressources en poissons sont menacées. Il nous faut étudier les différentes possibilités de préservation." Mme Muthiga suggère aussi que des cours de formation soient dispensés.
Rolph A. Payet, du ministère de l’Environnement des Seychelles, a évoqué la possibilité de pratiquer un tourisme qui sensibilise aux problèmes écologiques : "Pourquoi aussi ne pas sensibiliser des touristes ? On ne leur fait visiter que les beaux sites. Pourquoi ne pas les amener voir les barrières coralliennes blanchies ? Pourquoi ne pas les amener voir les endroits naturels en état de dégradation ?" se demande M. Payet.


L’exemple des îles Fidji

Autre intervenant à l’atelier consacré aux récifs coralliens, Joeli Veitayaki a présenté le projet portant sur la réhabilitation de l’habitat de la zone côtière de Vanuaso Tikina, aux îles Fidji.
Les résultats du projet qui a démarré en 2001 sont aujourd’hui visibles : plantation de mangliers, de certains types de lianes grimpantes, de cocotiers et autres palmiers. Aussi, certains rochers dans le lagon agissent comme une protection des plages face aux vagues.
Joeli Veitayaki a fait état, lui aussi, de la dégradation et du rétrécissement des barrières coralliennes aux Fidji, se demandant comment mobiliser la société civile pour assurer la survie de ces récifs.


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus