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Un des plus grands défis à relever depuis la chute de l’apartheid
27 avril 2004

Dix ans après la fin de l’apartheid, la gestion de la catastrophe sanitaire provoquée par l’épidémie de SIDA reste le plus grave échec de la nouvelle Afrique du Sud. En une décennie, l’espérance de vie a chuté dramatiquement pour passer de plus de 61 ans à moins de 50 ans, dans ce pays qui compte le plus grand nombre de séropositifs au monde.
Fin avril 1994, les premières élections multiraciales mettaient fin au régime ségrégationniste et oppresseur imposé par la minorité blanche à la majorité noire. Pourtant, l’épidémie de SIDA aujourd’hui s’avère plus meurtrière que l’apartheid à son apogée.
Chaque jour, au moins 600 Sud-Africains meurent du SIDA. La maladie décime la population active, détruit le pouvoir d’achat de familles entières et crée une génération d’orphelins. Avec 5,3 millions de séropositifs pour 45 millions d’habitants, l’Afrique du Sud est le pays le plus touché au monde par l’épidémie.
Si les autorités dépensent des millions de dollars pour la prévention, elles restent très en retrait pour les traitements par trithérapies. Pendant des années, le gouvernement du président Thabo Mbeki a résisté à l’arrivée des médicaments anti-rétroviraux, dont l’efficacité n’est pourtant plus à démontrer, en mettant en avant des préoccupations d’ordre financier et même de sécurité.
Furieux, des médecins et des militants de la lutte anti-SIDA ont mis en cause la responsabilité du ministre de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang, surnommé "Dr Ail" pour avoir prétendu que l’ail, l’huile d’olive et les médecines traditionnelles constituaient des remèdes contre le SIDA.
"Cela a vraiment provoqué de la confusion, de la souffrance, de la paralysie dans la mise en œuvre (des traitements) et dans les politiques (anti-SIDA) pendant cinq ans, et ce à un coût exorbitant en termes de nouvelles infections et d’un taux élevé de mortalité", dénonce Zackie Achmat, responsable de l’association Treatment Action Campaign.
Cet homme de 41 ans, dont le nom a été évoqué pour un prix Nobel de la paix, a appris sa séropositivité en 1990. Mais, jusqu’en août dernier, il a refusé de prendre des anti-rétroviraux, en solidarité avec le demi-million de malades sud-africains à un stade avancé qui n’ont pas les moyens de s’offrir ce type de traitements.
Pour toute réponse à ses détracteurs, le ministre a demandé aux Sud-Africains d’être patients, expliquant que le gouvernement avait besoin de temps pour mettre au point un programme de traitements qui sera, promet-il, le plus important et le plus complet au monde.
Sous la pression croissante de la population, le gouvernement s’est décidé en novembre dernier à donner son feu vert à un plan destiné à fournir gratuitement, d’ici cinq ans, des médicaments à tous ceux qui en ont besoin.
Mais M. Tshabalala-Msimang a prévenu les séropositifs et les malades qu’il faudrait sans doute des années pour améliorer les structures sanitaires du pays, longtemps négligées sous l’apartheid, pour embaucher et former du personnel médical et pour négocier des contrats pour la fourniture de médicaments.
Pour l’instant, les hôpitaux sont débordés de patients atteints de pneumonies, de tuberculoses et d’autres maladies opportunistes provoquées par le SIDA. L’espérance de vie moyenne, qui a déjà dégringolé de 12 ans en une décennie, pourrait encore chuter pour tomber sous la barre des 40 ans d’ici six ans.
Découragés, des personnels médicaux quittent le pays, alors même qu’un nombre important d’entre eux sont contaminés par le VIH, dont plus de 15% du personnel infirmier, selon une étude.
À l’hôpital G.F. Jooste du Cap, petite structure de plain-pied à l’ambiance sinistre, près de la moitié des patients viennent pour des complications liées au SIDA. Pourtant, grâce à des fonds privés, l’établissement parvient à traiter certains malades avec des anti-rétroviraux. "Avant, les gens venaient ici simplement pour mourir", raconte le Dr Kevin Rebe. "Aujourd’hui, ils viennent pour être soignés".
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