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11 janvier 2012, par

Les manifestations contre la hausse du prix de l’essence au Nigeria se font sous fond de conflits religieux. En effet, la grève générale lancée par les principaux syndicats lundi 9 janvier a été reconduite hier. Celle-ci a été le théâtre de heurts faisant au moins cinq morts et des dizaines de blessés.
A Kano, dans le Nord du pays, à majorité musulmane, des incidents ont été violents, obligeant les autorités à mettre en place un couvre-feu. Le Nigéria, pays le plus peuplé d’Afrique avec 160 millions d’habitants, est également le principal producteur de pétrole du continent.
Paralysie du pays
Les routes désertes, les banques, commerces et entreprises fermés, plus de 10 millions d’habitants de la mégalopole de Lagos ont suivi l’appel général à la grève lancé par les syndicats. Face à l’imposant déploiement policier, plusieurs milliers de personnes ont manifesté pour crier contre le doublement du prix de l’essence. En effet, le gouvernement a suspendu les subventions, entrainant une hausse soudaine du prix du litre d’essence, qui est passé de 65 nairas (0,30 euro) à au moins 140 nairas (0,66 euro).
La décision du gouvernement fait suite aux recommandations du Fonds monétaire international (FMI) et des agences de notation et vise à assainir la filière hydrocarbure. La suppression de la subvention a fait naitre des critiques sur la corruption et l’incompétence des gouvernants. « Pas question que l’on paie pour les erreurs de nos dirigeants ! », s’exclame un auditeur, cité par “PressAfrik”. « La subvention sur l’essence est le seul petit avantage que l’on avait à être un pays producteur de pétrole ! Le gouvernement nous la supprime d’un coup et il voudrait que l’on acquiesce ? Non, pas question, on ira jusqu’au bout du combat ! », a ajouté ce dernier.
Possible escalade de la violence
Depuis Noël, la secte islamiste Boko Haram a revendiqué les attentats sanglants du jour de Noël et annoncé la « chasse aux chrétiens ». Cette situation encore vive dans le Nord peut raviver les tensions ethno-religieuses. Du coup, de nombreux observateurs craignent que cette grève générale, ajoutée à la colère des populations, ne soit l’occasion d’une guerre religieuse entre chrétiens et musulmans dans le pays. A Benin City, dans le Sud du Nigeria, des manifestants ont attaqué une mosquée et un bureau de change tenu par un musulman le 9 janvier, tandis que le même jour, dans l’État de Zamfara, au Nord, une église baptiste de Gusau a été prise pour cible par des manifestants.
La grève générale ne devrait pas prendre fin, car « nous ne suspendrons pas la grève avant que le gouvernement n’écoute la voix de la raison et revienne sur sa décision », a indiqué Daniel Ejiofor, un des manifestants. En effet, les syndicats exigent que le gouvernement rétablisse les subventions, dont la suppression le 1er janvier de la subvention aux produits pétroliers. Ces derniers concernent autant les transports que l’alimentation des générateurs d’électricité. Mais si l’activité s’arrête dans les grandes villes, la production de pétrole, de 2,4 millions de barils par jour, ne devrait pas être affectée par la grève, ont assuré des responsables du secteur afin d’apaiser les possibles inquiétudes des partenaires commerciaux.
Céline Tabou
Nos peines
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