Mis en évidence dans un des ateliers

Le rôle décisif de la culture dans le développement

17 janvier 2005

Lors d’un atelier de travail à la conférence des Petits États insulaires en développement (PEID), de nombreuses interventions ont mis l’accent sur la dimension du potentiel culturel de ces pays.

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La deuxième journée de la réunion internationale des PEID a été l’occasion d’entendre plusieurs ministres, des experts et représentants d’institutions régionales et d’organismes des Nations-unies, ainsi que de nombreuses délégations, débattre respectivement du rôle du commerce dans le développement, de celui de la culture, mais aussi des défis sociaux qui se présentent à ces économies dans le cadre de trois réunions-débat.
S’agissant du rôle de la culture dans le développement durable des PEID qui figurait à l’ordre du jour de la deuxième réunion-débat présidée par le ministre de l’Environnement de l’Indonésie et animée par le gouverneur général de Sainte-Lucie, des débats ont donné l’occasion de souligner que la survie des PEID dépendait autant du potentiel économique de leur patrimoine culturel, d’aucuns soulignant la valeur économique et sociale des manifestations et expressions culturelles.
Dans ce contexte, le représentant du Fonds mauricien du patrimoine culturel s’est félicité que la culture, mentionnée très succinctement au chapitre tourisme du programme d’action de 1994, figurait aujourd’hui comme un pilier du développement durable des PEID.
Si la représentante du Ministère de la Culture de Fidji a souligné la nécessité de préserver les langues vernaculaires en rappelant que la spécificité culturelle était un moyen de promouvoir le tourisme, le directeur du Centre culturel de Vanuatu a estimé indispensable de briser le mur qui sépare les communautés et l’école, afin que cette dernière n’alimente plus l’uniformité culturelle. Il a défini la culture comme le fondement politique, économique et social de notre société, en estimant que le développement ne serait durable qu’en s’appuyant sur une appropriation par tous des valeurs culturelles des PEID.
Illustrant le potentiel économique des spécificités culturelles, le représentant de l’Université des Antilles a indiqué que le Carnaval de Tobago recueillait en deux semaines l’équivalent de 12% des revenus touristiques de l’île.
Enfin, si le directeur de la Culture de la Jamaïque a souligné la nécessité pour l’homme d’être en phase avec son environnement pour pouvoir contribuer à son développement, le représentant de la France - Pierre Vergès, vice-président de la Région Réunion - a réaffirmé la nécessité de parvenir à l’adoption d’une convention internationale sur la diversité culturelle. “Témoignages” a publié le texte intégral de ce discours dans son édition du mercredi 12 janvier dernier.


Échanges entre les délégations sur le rôle de la culture

o M. Rachmat Witoelar, ministre d’État à l’Environnement de l’Indonésie, a indiqué que ce débat met en lumière le rôle important et unique joué par la culture dans la vie des peuples des PEID, et examine les mesures concrètes à mettre en œuvre afin que la culture contribue au développement durable des Petits États insulaires en développement.

o Le modérateur de la réunion, Mme Pearlette Louisy, gouverneur général de Sainte-Lucie, a souligné que les PEID doivent prendre des initiatives pour valoriser leurs ressources culturelles, qui sont à même de renforcer la cohésion nationale et contribuer à l’identité culturelle d’un pays. Dans ce contexte, a-t-elle précisé, les langues locales doivent être renforcées et incorporées à l’enseignement et il faut encourager la publication dans les langues vernaculaires.

o M. Philippe de la Hausse Louvière, président du Fonds national du patrimoine de Maurice, a rappelé que, sur les 14 points du Programme d’action de la Barbade, seul celui sur le développement du tourisme contenait des références à l’héritage culturel, se félicitant que la culture soit le cinquième pilier de cette réunion internationale. Il a suggéré que les responsables politiques soient sensibilisés à l’importance de ce secteur.

o Mme Mere Ratunabuabua, représentant le Ministère de la Culture des Fidji, a insisté sur la diversité culturelle des PEID en se concentrant sur les moyens de préserver le patrimoine matériel et immatériel et de l’utiliser de manière durable dans l’intérêt des populations locales. Il faut encourager les populations autochtones à transmettre leur langue vernaculaire de génération en génération en développant des capacités humaines, a lancé la représentante. Le tourisme, à son avis, est un moyen de promouvoir la culture, tout comme la spécificité culturelle est un vecteur de la promotion touristique. Mme Ratunabuabua a souligné que la culture est aussi un élément de paix.

o M. Ralph Regenvanu, directeur du Centre culturel de Vanuatu, a souligné la nécessité des ONG, les États et la communauté internationale dans son ensemble de reconnaître que les communautés sont les mieux placées pour définir leurs besoins culturels, et qu’il faut tout mettre en œuvre pour que leurs spécificités soient préservées. À cet égard, il a estimé indispensable de briser le mur qui sépare les communautés traditionnelles et l’école, afin que cette dernière n’alimente plus l’aliénation des jeunes. En conclusion, il a affirmé que le développement durable ne sera durable que s’il s’appuie sur une appropriation par tous des valeurs culturelles des sociétés des PEID.

o M. Keith Nurse, de l’Université des Antilles, a porté son attention sur les industries culturelles, soulignant que ce secteur ne se limite pas à son aspect commercial, mais comporte également des éléments sociétaires. Il s’agit de l’un des secteurs économiques ayant la croissance la plus rapide, l’Internet et le commerce électronique ont un plus grand impact sur cette industrie que sur toute autre, a-t-il estimé.

o M. Sydney Bartley, directeur de la Culture de la Jamaïque, a souligné l’importance de l’apport de la culture pour la promotion d’un pays en citant l’exemple de Bob Marley qui restait un vibrant modèle 24 ans après sa disparition. Les politiques commerciales de l’OMC nous parlent de l’accès aux marchés en nous disant que la prospérité dépend de notre capacité d’ouvrir nos marchés, a-t-il rappelé. L’important n’est pas que l’être humain soit considéré comme un consommateur ou une ressource, mais qu’il soit en phase avec son environnement. Car tant qu’il se sentira bien, il pourra contribuer au développement de son environnement, a-t-il conclu.

o La représentante des associations féminines a souligné que la culture devait faire partie des valeurs fondamentales du développement durable, et qu’il était essentiel que le développement s’inspire des valeurs culturelles. La culture doit être le quatrième pilier du développement durable. Elle a par ailleurs souligné l’importance d’une intégration de la société civile dans le Programme d’action de la Barbade.

o Fidji a appelé à un équilibre entre les facteurs sociaux, culturels et environnementaux dans le cadre du développement durable.

o Une représentante des associations de jeunesse a déclaré qu’il fallait continuer à favoriser le développement de la culture des jeunes. Mais elle a
souligné que les PEID voient leurs cultures traditionnelles balayées, alors même que les populations sont soumises aux conséquences d’un développement non durable, de politiques non durables, auxquels s’ajoutent les désastres naturels. La culture renforce la résistance et doit être intégrée à toute stratégie pour les PEID, a déclaré la représentante de ce groupe.

o La représentante de Maurice a souligné que le développement ne saurait se concevoir sans développement culturel. La culture contribue à motiver les citoyens à donner le meilleur d’eux-mêmes pour le progrès de leur pays, a-t-elle dit. La culture est indispensable à l’éducation et au développement des ressources humaines. Maurice est attachée à la protection de son héritage culturel et a adopté une législation et une politique spécifique.

o La représentante de la Jamaïque a indiqué que son pays reconnaissait le rôle essentiel de la culture dans le développement durable. Elle a appuyé l’appel en faveur de l’adoption d’une convention sur la diversité culturelle qui favoriserait notamment le renforcement des capacités nationales dans le domaine culturel.

o La représentante de la Barbade a elle aussi estimé que les Petits États insulaires en développement doivent prendre des mesures pour renforcer leurs capacités dans le domaine de la culture.

o Le représentant du Maroc a souligné que la culture s’exprime sous plusieurs formes. Dans un monde de plus en plus mondialisé où les identités tendent à s’atténuer, la diversité culturelle est une valeur sûre qu’il faut sauvegarder, nourrir et renforcer. Mais, en même temps, il faut intensifier les échanges féconds entre différentes cultures, a-t-il estimé.


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