Pays émergents

Les blessures à vif des Chagossiens

Présentation d’un travail scientifique

Témoignages.re / 17 septembre 2004

Chassés de l’île de Diego Garcia en raison de l’implantation de la base militaire américaine, les exilés vivent dans la pauvreté à l’île Maurice. Le chercheur David Vine décrit leur scandaleuse situation.

Le chercheur américain David Vine a présenté mardi, à Port-Louis, les résultats préliminaires de ses recherches sur le peuple chagossien. Il ressort de cette étude que le peuple chagossien a été victime d’un déracinement profond et vit depuis une trentaine d’années dans la pauvreté à Maurice.

En présentant ses résultats préliminaires, fruit d’un travail de trois ans sur le terrain, le chercheur américain David Vine a établi une comparaison entre la vie des Chagossiens dans leurs îles natales et celle qui fait suite à leur expulsion vers Maurice et les Seychelles dans les années 70. Les Chagossiens ont été forcés à l’exil vers ces deux pays, pour permettre la construction d’une des plus grandes bases militaires du monde sur l’île de Diego Garcia.
"Les Chagossiens ont vécu dans une société unique, créée au 19ème siècle, où chacun avait la garantie d’un emploi dans les plantations ou dans l’élevage. Ils avaient également le droit à la pêche et aux cocotiers et obtenaient une partie de leur salaire en argent et une autre en vivres. De plus, le logement ainsi que le service de santé étaient gratuits", a indiqué David Vine.

1965 : la coupure

Pour l’auteur de cette recherche sur les Chagossiens, cette vie s’est terminée en 1965, quand les dirigeants américains se sont intéressés à cette partie de l’océan Indien, dès la fin de la seconde guerre mondiale, en violant deux résolutions des Nations unies pour occuper ces îles.
Selon David Vine, l’armée américaine était à la recherche de régions éloignées où elle pourrait effectuer des opérations militaires. "Les Américains savaient, dès le départ, qu’ils devaient déplacer des gens car ils cherchaient en fait des îles habitées", a-t-il précisé.
Dès ce moment, a indiqué le chercheur, la vie aux Chagos n’a cessé de se détériorer. Les Chagossiens, qui étaient venus à Maurice pour des vacances ou pour se faire soigner, ne pouvaient plus rentrer chez eux. Ceux qui son restés sur place constataient une réduction de leurs stocks de nourriture au fil des semaines.

Enfin, ceux qui ont survécu à ces conditions de vie exécrables ont subi au moins neuf blessures profondes, a fait remarquer David Vine.
Il s’agit, entre autres, de la perte de leurs terres et l’accès à une propriété commune ; la marginalisation dans leur propre société ; l’insécurité alimentaire, le manque d’éducation et de soins de santé ; la discrimination à Maurice marquée par un racisme contre les descendants des peuples africains.
Situant les responsabilités de ce déracinement, David Vine a dit que l’État mauricien y a joué un rôle, mais la plus grande responsabilité incombe aux dirigeants américains qui ont "fait ce qu’ils voulaient en toute impunité, parce que les Chagossiens sont des Noirs et ne possédaient ni le pouvoir politique, ni le pouvoir économique".