Trois médecins réunionnais prêts à partir

Les dons affluent auprès de Médecins du monde

5 janvier 2005

L’argent servira à amener de l’eau potable, reconstruire des lieux de soin, et financer les soins liés au traumatisme. ’Il faut que les victimes puissent parler, la non-verbalisation peut hypothéquer toute une vie’, explique Arnaud Bourdé, de MDM-Océan Indien.

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La situation en Asie a fait réagir immédiatement Médecins du monde (lire ci-dessous) . Le travail des organisations non gouvernementales est rendu d’autant plus difficile par la difficulté d’accès des sites et aussi par certaines situations politiques marquées par la guérilla, comme le précisait hier matin le docteur Gilbert Potier, lors de la conférence de presse de la délégation océan Indien de Médecins du monde.
"C’est une catastrophe à effets dépassés, démesurés, les conséquences sont telles que quels que soient les moyens, ils seront insuffisants", insiste à ses côtés Arnaud Bourdé. "Dans les semaines qui viennent, l’urgence est à la réhabilitation, à la reconstruction. La première phase de 48 heures est finie. Les grands blessés vont mourir, maintenant nous sommes dans une phase de soins traditionnels et surtout de prise en charge de traumatisme".
Les dons en argent se multiplient auprès de la section réunionnaise de Médecins du monde. Les principaux besoins identifiés regroupent les produits de première nécessité, les abris temporaires, l’eau et la sanitation, l’aide alimentaire... La situation des victimes peut s’aggraver à cause des intempéries et des répliques, des retards dans l’identification et l’ensevelissement des corps, l’insuffisance de l’aide et la lente remise en état des infrastructures : routes, eau, électricité... Le risque épidémique est majeur.

La coordination est essentielle

À La Réunion, précise Gilbert Potier, "trois médecins sont prêts à partir, ils sont une centaine au niveau national. Il faut attendre que des dispensaires, des hôpitaux soient bien identifiés. Nous sommes dans l’attente d’une meilleure coordination avant d’intervenir davantage".
Les dons faits à Médecins du monde sont gérés localement et participent à l’effort national. L’organisation ne peut pas prendre en charge tout un hôpital. La solution repose sur des partenariats directs d’hôpital à hôpital, de région à région. Le travail de coordination reste essentiel.
Dans les locaux de Saint-Denis, une équipe de bénévole reçoit les chèques, répond au téléphone. Des techniciens installent des lignes supplémentaires. Les dons atteignent 50 euros en moyenne en cours d’année, cette moyenne double en ce moment et les chèques continuent d’arriver. Les dons sont primordiaux et permettent d’acheter sur place des médicaments à des coûts moindres et en évitant les coûts d’acheminement.
L’argent servira dans un premier temps à acquérir des choses simples comme des rouleaux de plastique pour que les sinistrés se fabriquent des tentes. Il sera aussi utilisé pour amener de l’eau potable, reconstruire des lieux de soin, et financer les soins liés au traumatisme. Ce programme de santé mentale devra durer plusieurs mois. Arnaud Bourdé indique que "la prévention de la névrose post-traumatique est capitale. Il faut que les victimes puissent parler, la non-verbalisation peut hypothéquer toute une vie".
Gilbert Potier remarque "une réelle volonté de coordonner, de se mettre ensemble, c’est la première fois que plusieurs pays envisagent l’intervention d’une force inter-armée". Les départs de volontaires, pas nécessairement des médecins, mais aussi des infirmiers, se feront en fonction des besoins qui seront recensés. Durant les mois à venir, des besoins réels persisteront.

Eiffel


Deux destinations : l’Indonésie et le Sri Lanka

L’association Médecins du monde s’est mobilisée dès le dimanche 26 décembre, afin de tenter un début d’évaluation de la situation en lien avec l’équipe basée à Djakarta. La décision d’intervention a été prise dans la même journée, suite à l’annonce de l’appel à l’aide internationale.
Devant l’importance des besoins, Médecins du monde a décidé de se concentrer sur les deux zones d’intervention les plus touchées et les plus sensibles politiquement, en prenant en compte les implantations préalables. La coordination naissante permet d’éviter toute duplication et de répondre en priorité aux urgences non couvertes.
Deux équipes médicales et logistiques sont parties mardi 28 décembre avec deux tonnes de matériel de première urgence, l’une à destination de l’Indonésie (Sumatra Nord et Aceh) et l’autre vers le Sri Lanka. Le responsable de mission pour les deux zones est Pierre Foldes.
Une première équipe (avec un médecin, un évaluateur et un logisticien) est arrivée le 29 décembre au Sri Lanka. Les volontaires se sont déployés sur différents sites (Colombo, Galle, Batticaloa et Trincomalee). Une seconde équipe s’est rendue jeudi 30 décembre en Indonésie pour intervenir dans la province d’Aceh, sur l’île de Sumatra avec trois médecins dont deux Indonésiens, une administratrice et un coordinateur logistique. À Jakarta se trouvent également un médecin et un coordinateur.
Dans chacun de ces sites, différents modules et kits sont distribués, permettant 10.000 traitements pour 10.000 personnes pendant un mois, le traitement du paludisme et l’assainissement de l’eau. Un fret est en cours de préparation pour prendre en charge 50.000 personnes pendant 3 mois. Il permettra la mise en place d’unités de soins : consultations, hospitalisation (30 lits), pharmacie, unité de soins infirmiers, matériel orthopédique, un kit choléra et du matériel de chaîne du froid.


État d’urgence en Asie

Dans un communiqué dont nous publions quelques extraits, l’association “Médecins du monde” rappelle le drame pour lequel elle recueille actuellement des dons.
"Le bilan des victimes de ces raz-de-marée reste provisoire. Mais au 4 janvier (hier), les chiffres annoncés par les différents pays touchés étaient les suivants : Indonésie 80.000 morts et un million de personnes sans abri sur Sumatra Nord, Sri Lanka 29.000 morts et plus d’un million de déplacés, Inde 13.000 morts dont 7.000 dans l’État de Tamil Nadu et 5.000 dans les îles Andaman et Nicobar, en Thaïlande 4.800 morts, Malaisie 66 morts, Birmanie 53 morts, Maldives 75 morts.
Face à l’ampleur de la tragédie, plusieurs pays ont décrété l’état d’urgence pour faciliter le recours à l’armée et ont appelé à l’aide internationale. (...)
Le danger infectieux plane tandis que l’on continue à rechercher les corps et à enterrer à la va-vite ceux qui ont pu être identifiés. Ce danger présente d’autant plus d’acuité que certaines zones dévastées connaissent des pluies importantes constituant un facteur aggravant du risque de diffusion des épidémies."


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