Quelques leçons du tsunami

Les Réunionnais plus généreux que la moyenne française

7 avril 2005

La population réunionnaise (1,23% de la population française) a effectué 1,12% du total des dons à la Croix-Rouge française. Alors que la richesse moyenne d’un Réunionnais équivaut à la moitié de la richesse moyenne d’un Français. Belle leçon à ceux qui traitent les Réunionnais d’’assistés’.

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Après le tsunami, les Réunionnais se sont empressés de donner. En famille avec les quelques euros de la tirelire des enfants, ou discrètement par SMS, ou par l’intermédiaire d’entreprises locales : la solidarité n’est pas un mot vide de sens. Dans l’engouement mondial pour les victimes du tsunami, l’île de La Réunion a pris une place plus importante que celle que laissait supposer sa minuscule superficie ou sa population.
Il n’est pas possible actuellement de tenir une comptabilité stricte de la générosité réunionnaise, en raison de la variété des organismes collecteurs et du choix de certains Réunionnais d’envoyer des dons directement en Métropole. Nous avons choisi deux sources d’information pour en tirer quelques conclusions.
Notre première source est la Croix-Rouge française (voir notre encadré). Les Réunionnais avaient, au 1er mars 2005, donné 950.000 euros pour aider les victimes du tsunami. Ce qui représente exactement 1,12% du total des dons des Français à la Croix-Rouge pour la même cause (plus de 84 millions d’euros).
Or, la population réunionnaise forme très exactement 1,23 % de la population française. À première vue, on pourrait en conclure que les Réunionnais sont presque aussi généreux que la moyenne nationale, le pourcentage des dons réunionnais étant très légèrement inférieur à la proportion des Réunionnais dans la population française.

2,75% des parrains d’Aide et Action

Il faut immédiatement rappeler un autre chiffre : la richesse moyenne d’un Réunionnais (le PIB par habitant) correspond à... la moitié de la richesse moyenne d’un Français ! Ce qui signifie que les dons des Réunionnais ont entraîné un effort financier double de celui des Français. Belle magnanimité.
Il s’agit là bien sûr de moyennes. Mais l’observation des comportements individuels confirme cette faculté réunionnaise de générosité : tel a vu des familles très modestes effectuer des dons pour Madagascar, tel autre témoigne d’une recrudescence d’appels téléphoniques après le tsunami.
C’est le cas de Gérard Béguinot, délégué régional de l’association Aide et Action. "Il y avait 1.600 parrains et marraines à La Réunion déjà avant la catastrophe ; l’île se démarquait déjà par sa générosité". L’organisation non gouvernementale, spécialisée dans la scolarisation des enfants, fonctionne essentiellement avec des parrainages : l’adhérent s’engage à financer pendant plusieurs années la scolarité d’un(e) élève, d’une classe, voire à financer d’autres projets. Les 58.000 parrains et marraines de France permettent ainsi de lutter contre l’illettrisme dans les pays pauvres, notamment des filles.
Ainsi, 2,75% des parrains et marraines d’Aide et Action sont réunionnais. Un taux plus de deux fois supérieur à la proportion des Réunionnais dans la population ! En résumant grossièrement, on peut suggérer que les Réunionnais sont deux fois plus généreux que la moyenne des Français.

Appels téléphoniques quotidiens

On peut aussi rappeler, comme le fait modestement Gérard Béguinot, les "liens privilégiés avec l’Inde et Madagascar". Ce n’est pas un scoop. Mais comme la première zone historique de scolarisation d’Aide et Action a été l’Inde, l’explication est logique. "Après la catastrophe, de nombreux Réunionnais d’origine indienne nous ont contactés, complète Gérard Béguinot. Cela correspondait à un besoin". Pendant tout le mois de janvier, le délégué bénévole a reçu des appels téléphoniques quotidiens. "Le tsunami nous a fait prendre conscience qu’on vit dans un monde où les inégalités sont évidentes, criantes. Il a fallu cette catastrophe..."
Et depuis, le soufflé est-il retombé ? "Non, assure Gérard Béguinot. Beaucoup de personnes attendent leur dossier de parrainage". Les projets ne manquent pas : reconstruction des écoles, formation des maîtres incluant un soutien psychologique, aide aux associations de parents d’élèves, etc.
Ces chiffres, même partiels, battent en brèche l’étiquette d’"assistés", trop souvent collée sur le dos des Réunionnais. Non seulement ceux-ci ont un niveau de vie plus faible que celui de Métropole, mais en plus ils partagent plus !
Un bémol pourrait être amené par des esprits chagrins : et si ces excellents scores de générosité n’étaient pas dopés par le pouvoir d’achat des expatriés métropolitains, enseignants, médecins et autres, qui bénéficient d’une sur-rémunération ?

L’osmose réunionnaise est un modèle

Cette hypothèse n’est pas prouvée, répond prudemment Gérard Béguinot. Les fonctionnaires ne sont pas les seuls à effectuer des dons, car les associations de Réunionnais d’origines asiatique ou malgache ont initié des opérations de solidarité. Les ONG comme Aide et Action ne comptabilisent pas les adhérents en fonction de leur origine ethnique. Et avec ou sans sur-rémunération, "les milieux enseignants et les professions libérales parrainent facilement", a observé le délégué d’Aide et Action.
La conclusion de ces petits calculs est une exigence politique : lorsqu’une communauté se bat collectivement pour vivre en harmonie, elle dégage des trésors. Pas seulement parce qu’elle apparaît privilégiée au milieu d’une zone indocéanique moins favorisée. Mais surtout parce que l’osmose réunionnaise est un modèle, véritable défi aux égoïsmes mondiaux.

Nastassia


950.000 euros de La Réunion pour la Croix-Rouge

Le montant des dons reçus par la délégation réunionnaise de la Croix-Rouge française, lors de l’opération "Séisme Asie" (chiffres du 1er mars 2005), est de 949.999, 20 euros. Que nous nous permettons d’arrondir à 950.000 euros.
Cette somme se décompose ainsi : 430.005,83 euros donnés par les entreprises ; 369.993,37 euros donnés par les particuliers ; 150.000 euros versés par l’opération SFR.
Les dons promis par les municipalités de Saint-Leu et Petite-Île (deux fois 10.000 euros) sont encore attendus.
Au niveau national, le montant des dons reçus (au 1er mars 2005) est de 84 millions 271.302 euros.
Ces 84 millions se répartissent ainsi : 58 millions 404.903 euros par la boîte postale 100 ; 13 millions 619.242 euros par dons en ligne ; 11 millions 258.307 euros de dons d’entreprises ; 984.750 euros par l’opération RMC ; 4.100 euros par l’opération Paris Match.
Ces dons ont permis d’organiser des opérations dans trois pays.
Au Sri Lanka, dix délégués ont été envoyés pour assurer l’aide médicale, l’eau et l’assainissement. La distribution d’eau concerne 3.000 personnes par jour. La Croix-Rouge participera à la reconstruction, notamment des puits.
En Indonésie, 21 délégués ont assuré la distribution d’eau (40.000 bénéficiaires par jour à Sigli), l’assainissement, le fonctionnement d’un dispensaire à Meulaboh, la remise en état d’écoles et la réhabilitation de l’hôpital.
Dans les Maldives, une personne a été envoyée pour participer au plan national de reconstruction.


An plis ke sa

La population réunionnaise était de 763.200 habitants le 1er janvier 2004 (chiffre de l’Institut national de la statistique et des études économiques). Soit 1,23% de la population française totale, évaluée par l’INSEE à la même date à 61,7 millions.
Le PIB moyen réunionnais (produit intérieur brut divisé par le nombre d’habitants) était en 2000 de près de 12.000 euros, soit 51% de son équivalent au niveau national (source INSEE : les comptes économiques 2000).
Aide et Action : contacts sur le site aide-et-action.org. Délégué pour La Réunion : Gérard Béguinot, tél. 06.92.88.12.31.
Croix-Rouge française : tél. 02.62.90.96.60.


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Témoignages - 82e année


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