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5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Chagos
Des prisonniers irakiens sur une île de l’océan Indien ?
14 janvier 2004

Plusieurs éléments convergent ces derniers jours pour accréditer la thèse émise par trois grands quotidiens britanniques et américains, le "Time", le "Washington Post" et "The Independant", sur l’utilisation de la base américaine de Diego Garcia, dans l’archipel des Chagos comme un "Guantanamo de l’océan Indien", en référence à la prison spéciale américaine établie à Guantanamo Bay, sur l’île de Cuba dans les Caraïbes.
« On connaissait X-Ray, le premier camp de prisonniers installé à Cuba sur la base de Guantanamo Bay, propriété des Etats-Unis. Désormais, il faudra aussi compter avec Camp Justice, situé dans l’océan Indien sur l’île de Diego Garcia, non loin de l’île Maurice, un territoire de la couronne britannique loué depuis plus de trente ans aux militaires américains », écrit "The Independent" dans un article daté du 13 décembre dernier.
Structures surdimensionnées
"Camp Justice" est le nom donné aux nouveaux aménagements sur l’île de Diego Garcia construits récemment et dont les internautes du monde entier peuvent consulter les photos sur un site internet du Pentagone - www.globlasecurity.org (Ministère de la Défense américain) - montrant clairement l’étendu des travaux réalisés.
Officiellement, selon les explications du site internet américain, "Camp Justice" ne sert qu’à héberger à titre provisoire une partie des personnels militaires américains en Irak, qui se trouve à 5 heures de vol de Diego Garcia. Cependant, si l’on regarde de près ces photos satellites, cette base semble révéler des structures plus permanentes et, surtout, surdimensionnées pour une simple étape militaire temporaire.
Quelle est donc la véritable utilisation de ce camp ? Une question que se posent les quotidiens d’investigation internationale comme le "Washington Post".
Torture
Il y a quelques mois, le quotidien américain faisait état d’informations sérieuses selon lesquelles des "suspects" avaient été transférés au Yémen, en Jordanie ou en Syrie. Mais le même quotidien affirmait également que d’autres prisonniers étaient détenus sur l’île de Diego Garcia, à des fins « d’éclaircissement ». Terme souvent utilisé pour nommer des techniques d’interrogatoires se rapprochant de la torture.
Une autre publication américaine d’envergure, le "Time", a soutenu que Riduan Isamuddia, alias Hambali, l’un des leaders de la Jamaah Islamiyah - le groupe islamiste indonésien qui serait à l’origine des attentats de Bali -, aurait été arrêté ou serait encore détenu sur l’île de Diego Garcia.
Déportation
D’une superficie supérieure à 4.000 hectares, l’île de l’archipel des Chagos est une sorte de gigantesque porte-avions fixe. Elle accueille des B52 et des bombardiers furtifs américains et elle est occupée en permanence depuis le début des années 70 par du personnel de soutien logistique et de divers services de l’armée américaine.
Mais cette occupation, même si elle résulte d’un accord américano-britannique conclu dans les années soixante entre les deux pays, a été reconnu comme illégale par les juridictions internationales et la justice britannique.
Deux gros contentieux existent, l’un d’ordre territorial entre le gouvernement mauricien, qui revendique la souveraineté mauricienne sur ces territoire, et la Grande Bretagne, et l’autre entre les habitants d’origine, les Chagossiens, expulsés manu militari de leur terre et déportés dans les années soixante pour la construction de ce complexe militaire, et les responsables de cette déportation.
« Écran de fumée »
À Maurice, des sympathisants de la cause chagossienne ont fait parvenir une lettre aux autorités britanniques dans laquelle ils dénonçaient « une guantanamisation » de l’île. « À Diego Garcia, sont désormais détenus des personnes soupçonnées de terrorisme et des membres de l’ancienne direction irakienne », poursuivent-ils.
Pour "The Independent", cette situation est scandaleuse. « Depuis des années, les gouvernements britanniques successifs sont passés maîtres dans l’art de l’écran de fumée dès lors qu’il s’agit de Diego Garcia. C’est un ministre de la Défense travailliste, Lord Chalfont, qui, il y a trente ans, expulse les habitants de l’île, qui allèrent s’entasser dans les bidonvilles de Port-Louis, la capitale de l’île Maurice voisine. Depuis, ses successeurs ont toujours soigneusement esquivé les questions gênantes concernant cet épisode sordide de l’histoire du Royaume-Uni », conclut le quotidien britannique.
| Au Forum social mondial de Mumbaï (Inde) |
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| Les Chagossiens chercheront un bateau pour aller à Diego |
| Le Groupe Réfugiés Chagos (GRC) et le parti politique Lalit démarcheront au World Social Forum (Forum social mondial) qui se déroulera à Mumbai (Bombay) en Inde la semaine prochaine, afin de disposer d’un bateau pour aller aux Chagos. Ils l’ont annoncé récemment à la presse que leurs délégués y prendront la parole et attireront l’attention internationale sur Diego Garcia.
Le GRC sera représenté par Olivier Bancoult et Léonide Jaffar. Ils seront accompagnés de Sivakumaren Mardemootoo, leur avocat, qui interviendra aussi au forum. Lalit déléguera Alain Ah Vee, Ram Seegobin, Lindsey Collen et Sharin Jacquin, de son groupe jeunes. Cette dernière participera au International Youth Camp, une des dizaines activités du Forum social mondial (16 - 21 janvier). Poursuite de celui de Porto Alegre, lui-même organisé en réaction au Sommet économique mondial des États de Davos, Suisse, le World Social Forum attire comme celui-ci une couverture médiatique mondiale. Des centaines de milliers de délégués des cinq continents participeront à chacun des forums sociaux. Ce sera une "occasion en or" pour le GRC et Lalit, ont déclaré ceux-ci, d’"internationaliser les dossiers des Chagossiens et de la base militaire américaine à Diego Garcia". Leurs dirigeants affirment que ces situations sont relativement peu connues d’organisations militantes des droits de l’Homme et des peuples de nombreux pays développés et en développement. Olivier Bancoult et les délégués de Lalit seront au micro lors des multiples activités qui jalonnent le forum à chaque fois. Ils indiquent qu’ils exposeront les derniers faits relatifs à la double revendication de natifs des Chagos d’y retourner et de la pacification de l’océan Indien. Ils ont ajouté tenir le projet de se rendre aux Chagos, chose interdite par les États-Unis, pour une action déterminante en vue de manifester leur droit légal au retour. Les représentants de Lalit et du GRC affirment qu’ils approcheront des organisations présentes à Mumbai en vue de disposer d’un bateau pour aller dans les eaux de la base. Ils soulignent que le paquebot activiste Peaceboat, basé au Japon, est attendu au rendez-vous de Mumbai (ex-Bombay). Lalit entend aussi profiter du forum social pour faire avancer d’autres dossiers d’ordre socio-économique de cette partie de l’océan Indien. Pour ce parti, la défense de la cause des natifs des Chagos s’inscrit dans le combat qu’il mène, tout comme diverses organisations étrangères identiques, au niveau international. Il affirme que le World Social Forum se prête à des actions de sa part, "d’autant qu’il manifeste clairement son option de rejet de la guerre et des bases militaires". |
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