Retour des Chagossiens dans l’archipel arraché

Nouvelles avancées d’une lutte historique

28 décembre 2005

Peu de peuples encore dans le monde connaissent le drame des Chagossiens : arrachés à leurs îles de 1965 à 1973, ils luttent depuis les années 80, notamment depuis la formation du Groupe des réfugiés des Chagos (GRC) en 1983.
Olivier Bancoul, membre fondateur et leader du mouvement, a été élu en 2001 représentant des Chagossiens et président depuis avril 2005 d’un organisme de bienfaisance mis en place par le gouvernement mauricien en 1982 (IWF, Ilois Welfare Fund). Il vient chaque fois qu’il le peut à La Réunion, dont le mouvement progressiste a accueilli et chaleureusement soutenu les Chagossiens dans leur combat.
Avant de repartir, Olivier Bancoul a fait pour “Témoignages” un point sur les récentes avancées de la lutte des Chagossiens pour le droit au retour au pays natal et leur demande de compensation pour les souffrances endurées.

La bataille juridique engagée depuis plus de 20 ans connaît actuellement un regain, qui donne un nouvel espoir aux Chagossiens. Qu’est-ce qui s’est passé ?

- Olivier Bancoul : Après le jugement historique du 3 novembre 2000, un “order in council” (sorte de décret) de la reine d’Angleterre, le 10 juin 2004, a interdit le retour des Chagossiens sur leur terre natale. Ce décret bafoue la décision de la Haute Cour britannique, comme si une loi secrète permettait à la Couronne de passer outre les décisions de justice. Ce décret a été attaqué cette année, le 6 décembre 2005 (et non le 16, comme publié hier par erreur - Ndlr) devant la Haute Cour, par l’avocat du GRC, Sydney Kentridge, qui a retracé dans une grande plaidoirie les grands axes de notre lutte et le droit fondamental des Chagossiens. Une forte délégation de Chagossiens s’est rendue à cette occasion à Londres, sur des fonds collectés par le GRC, avec le soutien de nombreuses organisations.
La Cour britannique a posé la question de savoir si la Reine avait la prérogative de remettre en cause ce droit des Chagossiens de vivre sur leur île natale quand ce même droit est reconnu à des étrangers qui vivent et travaillent sur l’archipel, où plusieurs nationalités sont présentes.

Vous aviez aussi déposé une plainte en 2001 pour obtenir un jugement de la Cour de Washington sur l’évacuation des Chagossiens...

- Cette affaire sera évoquée en 2ème instance le 16 février 2006, devant trois juges de la Columbia Court de Washington. Le jugement de première instance a donné gain de cause au gouvernement nord-américain, qui a fait valoir qu’il protégeait ses officiers en faisant évacuer l’archipel.
Enfin, notre lutte a été portée devant la cour européenne des Droits de l’Homme. Reconnus comme citoyens britanniques, les Chagossiens ont demandé à la Cour européenne de statuer sur l’illégalité des mesures prises par le gouvernement britannique pour obtenir cette évacuation.

Et vous voulez faire franchir une nouvelle étape au soutien international à votre combat. Quels en seront les prochains rendez-vous ?

- Nous voulons mieux faire connaître le drame humain vécu par la communauté chagossienne, en Australie et en Afrique du Sud, où le pasteur Desmond Tutu anime un groupe de soutien. Le mouvement international pour la réparation (MIR), y compris les Réunionnais déportés vers la Creuse, nous ont manifesté leur solidarité. Nous sommes invités l’année prochaine à un grand débat, pour la présentation du film de Michel Daeron (90 minutes), “Il était une fois Diego Garcia”. L’an dernier, le documentaire de John Pilger, “Stealing a nation”, a été primé en Angleterre et en Amérique, où les gens nous connaissent mieux désormais.

Vous préparez un “voyage de retour” de nombreux Chagossiens ? Pour beaucoup d’entre eux, est-ce qu’il n’est pas déjà très tard ?

- Depuis l’an dernier, nous préparons en effet un voyage de natifs dans les trois îles principales, sur un bateau battant pavillon mauricien. La question soulevée par le Premier ministre mauricien devant le Premier ministre britannique a porté sur la présence d’un représentant du gouvernement mauricien à bord de ce bateau. Le but est d’aller rendre hommage aux parents des Chagossiens enterrés sur place. Cent Chagossiens se rendront dans les trois principales îles de l’archipel lors du 1er trimestre 2006. C’est vrai que beaucoup ont déjà 60 ans et plus, et c’est une raison supplémentaire de demander l’urgence dans les procédures judiciaires à Washington et en Europe.

Je voudrais dire ma reconnaissance aux amis de La Réunion qui nous soutiennent beaucoup. Au Port, un concours lycéen (une dissertation) est venu à l’appui d’une campagne de signatures pour le droit au retour des Chagossiens.

Propos recueillis par P. David


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