Protéger les enfants dans leur pays

Orphelins du tsunami : l’adoption en dernier recours

11 janvier 2005

Le gouvernement français a mis en place la semaine dernière un collectif “Asie enfants isolés” pour venir en aide aux enfants orphelins du tsunami. Recréer des lieux de vie où ils seront à l’abri des trafics humains qui sévissent dans la zone et mettre tout en œuvre pour retrouver leur famille sont les priorités de la France.

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Deux semaines après le raz-de-marée qui s’est abattu sur les côtes du Sud de l’Asie, il est encore difficile de dresser un bilan du nombre de victimes dans ces régions dévastées. Selon le président de l’UNICEF France, Jacques Hintzy, 35.000 enfants victimes du séisme sont séparés de leurs parents en Indonésie et quelques milliers au Sri Lanka. Selon les organisations humanitaires actuellement sur le terrain, il est encore impossible d’affirmer quel enfant est orphelin et quels parents ont succombé à la vague.
Bien que depuis cette terrible catastrophe, les propositions et demandes d’adoptions arrivent des quatre coins du monde jusqu’à ces terres sinistrées, pour l’heure, le meilleur moyen de venir en aide aux enfants est de soutenir les associations compétentes qui travaillent sur place à leur protection.

Les protéger des gangs

Philippe Douste-Blazy est revenu la semaine dernière sur la déclaration hâtive du ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, qui évoquait la mise en place d’un dispositif visant à faciliter les démarches d’adoption des milliers d’orphelins du tsunami.
Dans la situation présente, la France privilégie le regroupement des enfants dans des structures sur place plutôt que l’adoption, projet à long terme qui engage l’avenir de l’enfant et qui ne doit pas être basé sur un accès de générosité.
L’UNICEF (Fonds des Nations unies pour l’enfance) et d’autres organismes redoutent en effet que des gangs organisés d’Indonésie ne ravissent des orphelins pour les revendre à des réseaux de travail forcé ou de prostitution qui opèrent dans des pays voisins, tels que la Malaisie ou Singapour.
Le gouvernement rappelait jeudi dernier qu’en "situation d’urgence, un enfant n’est adoptable qu’après un délai raisonnable, correspondant à la période pendant laquelle toutes les démarches visant à retrouver les parents ou tout membre de la famille, survivant, pourront avoir été effectuées".

Un moratoire de six mois

Un moratoire de 6 mois a donc été fixé durant lequel aucune adoption n’est possible. Ce n’est qu’après ce délai, si aucun placement dans la famille ou le pays d’origine n’a pu être possible, que le collectif d’associations spécialisées dans la protection des enfants, créé par le gouvernement, mettra en place des parrainages individuels.
L’Indonésie, le pays le plus frappé avec plus de 94.000 morts, a ainsi interdit la sortie du territoire aux enfants d’Aceh (à la pointe Nord de Sumatra) de moins de 16 ans.
Elle a renforcé la protection des orphelins dans les camps de réfugiés et limité l’adoption aux étrangers vivant dans le pays depuis au moins deux ans. De son côté, la Thaïlande n’accepte plus de nouveaux dossiers depuis janvier 2003, alors qu’en Inde, il faut passer obligatoirement par un organisme autorisé et habilité pour l’adoption. En Malaisie, seuls les étrangers résidant sur place peuvent adopter.

Parrainage par les écoles françaises

Le gouvernement français a ainsi annoncé la semaine dernière la création du collectif “Asie enfants isolés” destiné à organiser l’aide aux orphelins du tsunami. Présidé par Marc Gentilini, ancien président de la Croix-Rouge, ce collectif, réunissant les associations françaises spécialisées, appuiera la mise en place de centres de protection gérés par l’UNICEF, dans chacun desquels "40 enfants seront aidés de manière personnelle, scolarisés, soignés".
François Fillon, ministre de l’Éducation nationale a appelé dimanche soir toutes les écoles françaises à parrainer les centres de protection mis en place dans les régions les plus concernées, et demandé aux recteurs de coordonner sur le terrain cet effort de parrainage. Il a par ailleurs annoncé qu’il allait réunir dans les prochains jours ses collègues européens à Paris pour "regarder ensemble comment bâtir un vrai plan de reconstruction dans la durée, des établissements scolaires sur les territoires des pays touchés". Ce plan sera financé et mis en œuvre par l’Union européenne, sous la tutelle des Nations unies.

Estéfany


20 centres pour les enfants isolés

Saturé par plusieurs milliers d’appels, le gouvernement a annoncé vendredi qu’il allait renforcer de 11 à 18 membres la plate-forme téléphonique du collectif “Asie enfants isolés”. Une adresse électronique a également été ouverte ([email protected]). D’ici la fin de la semaine, l’UNICEF mettra en place 20 centres pour les enfants isolés. Chacun se chargera de rechercher les familles de 500 autres enfants.
Collectif Asie enfants isolés : BP 1.000 / 75 354 Paris cedex 07 / CCP 6066Z Paris, Tél. 08.20.328.328 (numéro indigo).


Caserne des pompiers - La Montagne

Collecte samedi avec le Secours populaire

Dans un communiqué diffusé hier, le Secours populaire Réunion appelle les Réunionnais à la solidarité en faveur des pays touchés par les raz-de-marée.

"Le Secours populaire Réunion organise une journée de récolte de dons en faveur des victimes de la catastrophe (...). Il se trouvera le samedi 15 janvier 2005 à la caserne des pompiers de La Montagne à partir de 9 heures.
(...) Le Secours populaire a organisé le départ de trois missions d’entraide dans les zones sinistrées. La première est partie le 29 décembre afin d’apporter son aide aux victimes du Sri Lanka.
La seconde mission s’est rendue en Inde le 30 décembre. Les membres du Secours populaire travaillent avec l’association S.P.E.E.D., leur partenaire sur place.
La troisième mission organisée par les Pompiers sans frontières et la fédération de Haute-Vienne du Secours populaire est partie en Indonésie le 31 décembre avec des médicaments contre le choléra et une unité de potabilisation pour 2.500 personnes.
Le Secours populaire a débloqué une aide de 110.000 euros afin de permettre à ces missions d’entraide d’acheter sur place les produits de première nécessité (tentes, couvertures, bâches, nourriture, eau...).
Il souhaite apporter une aide sur le long terme aux victimes de cette catastrophe. Des projets de réhabilitation seront mis en place afin d’aider les villages de pêcheurs durement touchés par le séisme."
Collecte samedi 15 janvier à partir de 9 heures.


Où donner

Les dons financiers sont à adresser aux comités du Secours populaire, en précisant : “Fonds d’urgence sinistrés de l’Asie du Sud” ou au Secours populaire français, 9/11, rue Froissart, 75140 Paris Cedex 03.
mail : www.secours populaire.asso.fr.
CCP : 134554X018 La Poste - Île de La Réunion.


"Une taxe sur les spéculations boursières"

Nous reproduisons ici le communiqué diffusé hier par le maire de Saint-Paul, Alain Bénard, sous le titre "Un tsunami par semaine".

"Officiellement, sur la Terre, 1,2 milliard d’êtres humains souffrent de la faim et de malnutrition.
Tout aussi officiellement, sur la même Terre, chaque jour, plus de 20.000 personnes, principalement des enfants, meurent parce qu’ils n’ont pas pu se nourrir correctement. Plus de 140.000 morts par semaine, soit plus de 7 millions de décès par an et ce, dans une certaine indifférence...
Il ne s’agit pas bien évidemment de minimiser la tragédie du tsunami en Asie, mais plutôt d’essayer, au moment de ces événements déchirants, d’élargir notre regard sur l’état du monde qui nous entoure.
Selon le rapport Zedillo, remis en 2001 à Kofi Annan, il faudrait augmenter d’au moins 50 milliards de dollars le montant annuel de l’aide publique au développement pour aider les pays les plus pauvres et atteindre les objectifs du millénaire pour le développement.
Cette somme permettrait de régler pour l’humanité toute entière les questions liées à la faim, l’éducation, la santé et l’environnement.
À qui doit-on réclamer ces 50 milliards de dollars ?
Les plus grandes fortunes du monde se sont construites essentiellement sur la spéculation et elles échappent actuellement à toutes formes d’imposition de solidarité.
Une taxe de 0,1% prélevée sur les spéculations boursières rapporterait 110 milliards de dollars, deux fois le montant préconisé par l’ONU.
Le rapport Landau, diligenté par Jacques Chirac, fait des préconisations réalistes sur les paradis fiscaux, l’installation des taxes sur le commerce des armes, les émissions de carbone...
Que pouvons-nous faire, chacun à la place qui est la nôtre, pour que la tragédie asiatique soit l’élément déclencheur d’une nouvelle solidarité planétaire ?"


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