DÉVELOPPEMENT DURABLE

Petites îles demandent traitements particuliers

13 janvier 2005

À l’île Maurice, la deuxième journée de réunion internationale a été l’occasion de faire point sur les défis que doivent relever les économies insulaires, particulièrement vulnérables dans un commerce mondialisé.

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Il n’y a pas que la mer et les séismes qui mettent en péril les petites îles. À l’île Maurice, la deuxième journée de la réunion internationale chargée d’examiner l’application du Programme d’action pour le développement durable des petits États insulaires en développement (PEID) a été l’occasion de faire le point sur les défis que doivent relever les économies insulaires.
La première réunion-débat portait sur les difficultés particulières aux PEID dans le domaine du commerce et du développement économique, présidée par le ministre des affaires étrangères mauricien.
Les intervenants ont souhaité l’adoption de mesures qui contribueraient à l’édification d’un système commercial équitable. Dans le monde des échanges commerciaux actuels, le seul moyen d’assurer la viabilité économique des PEID est d’instaurer un traitement spécial et différencié. Les accords commerciaux ne sont pas suffisants, a-t-il également été entendu, si l’on ne fournit pas aux PEID les moyens humains et techniques d’améliorer leurs infrastructures de production et de diversification.
Le Président de la réunion-débat, Jayen Cuttaree, ministre des affaires étrangères et du commerce international de Maurice (lire page précédente), a souligné que ce n’est qu’assez récemment qu’a été reconnue l’importance du commerce pour le développement.
M. Cuttaree a souligné que les petits États insulaires en développement étaient confrontés à un déclin de leurs économies, et la situation s’aggravera si rien n’est fait. Dans cette période de mondialisation et de globalisation des marchés, l’adoption de règles de commerce multilatéral qui tiennent compte de leur situation est à même de protéger les intérêts de tous.

Renforcer la sécurité alimentaire

La capacité de négociation doit être améliorée : M. Cuttaree a ajouté que le concept de traitement différentiel est inscrit dans les statuts de l’Organisation mondiale du commerce mais leur mise en œuvre a été très lente.
M. Deep Forde, économiste à l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a souligné qu’il était urgent de traiter les questions de
commerce et d’agriculture concernant les petits États insulaires en développement.
Au cours des 10 dernières années, les exportations de produits agricoles ont sensiblement diminué dans ces pays, a-t-il dit.
En même temps, la dépendance alimentaire de ces pays a augmenté. S’agissant de produits de première importance pour les petits États insulaires en développement, à savoir le sucre, la banane et la pêche, M. Forde a précisé que dans le cadre du Protocole sur le sucre, il était envisagé que le prix du sucre serait réduit de 33%. Le secteur de la production de bananes a également été très sérieusement touché par la réduction des traitements préférentiels, a-t-il ajouté.
M. Forde a par ailleurs insisté sur l’importance de renforcer la sécurité alimentaire de ces pays, qui doivent faire face à l’importation accrue de produits de base.


Maldives : le paradoxe des îles touristiques

Mohammed Latheef, représentant permanent des Maldives auprès des
Nations Unies, a soulevé la question de la vulnérabilité économique des petits États insulaires en développement.
Ainsi, l’un des critères retenus (pour supprimer les traitements préférentiels) est le revenu par habitant : il est un fait que les revenus par habitant de plusieurs petits États insulaires en développement augmentent, notamment grâce au secteur du tourisme, a-t-il souligné. Mais la qualité de vie reste insatisfaisante pour une partie importante de la population. Son pays, les Maldives, est constitué de 200 îles éparpillées sur une large étendue, exposées aux moussons.
M. Latheef a aussi évoqué le "paradoxe des îles" : ces pays sont en effet perçus comme des pays à revenu élevé, alors qu’ils demeurent extrêmement vulnérables sur le plan social et incapables d’assurer un développement durable. Ces pays sont confrontés à des chocs violents externes, sur lesquels ils n’ont pas prise. Une économie fondée sur le tourisme est très fragile, comme l’a montré la période après le 11 septembre 2001, a-t-il observé.
En réponse à une question de la délégation égyptienne sur l’efficacité des initiatives économiques de PEID, M. Latheef a cité en exemple le travail de promotion et de sensibilisation réalisé par les Maldives en matière de tourisme après les attaques du 11 septembre 2001.


Wilfrid Bertile pour une meilleure coordination des P.E.I.D.

Le représentant de la France, Wilfrid Bertile, vice-président de la Région Réunion, a estimé que la réussite des stratégies de
réduction de pauvreté était tributaire de la bonne gouvernance et de la mise en place d’infrastructures propices aux niveaux économique, social, juridique ou autre.
L’efficacité, a-t-il ajouté, réside dans la capacité des PEID de mieux coordonner leurs forces afin d’atteindre des objectifs d’intérêts communs. Il s’agit ensuite pour les partenaires de la communauté internationale de fournir des ressources complémentaires grâce à des mécanismes de financement innovants.
S’agissant tout particulièrement des produits de base, la France plaide depuis longtemps pour une meilleure prise en compte du problème lié à l’instabilité de leur cours, a-t-il précisé.


Équité et prospérité : l’exemple de l’Europe

M. Sivaramen Palathan, conseiller pour les questions commerciales de la Mission mauricienne auprès de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) à Genève, a précisé que l’ensemble des PEID avaient adhéré à l’OMC en raison des principes d’équité, de justice, de partage et prospérité avancé par l’organisation. Il a rappelé que le paragraphe 35 de la Déclaration de la quatrième Conférence ministérielle de l’OMC tenue en novembre 2001 à Doha souligne la nécessité d’examiner les difficultés particulières des petites économies.
Dix ans après le Programme d’action de la Barbade et la création de l’OMC, les économies des PEID ne sont toujours pas intégrées à l’économie mondiale, a-t-il noté.
Comme les PEID sont plus vulnérables que d’autres pays à des événements
extérieurs qu’ils ne peuvent contrôler, ils ont besoin plus que les autres d’un système commercial préférentiel, a-t-il poursuivi.
A cet égard, il s’est appuyé sur l’exemple de l’Union européenne, en précisant que les réussites économiques de l’Espagne et de l’Irlande n’auraient pas été possibles sans l’acquis communautaire mis à la disposition des plus défavorisés grâce à un traitement spécial et différencié.


Île Maurice : attention au sucre...

La représentante de Maurice a rappelé hier que les exportations étaient une source importante de devises étrangères et d’investissements pour les petits États insulaires. Sans arrangements préférentiels, il sera impossible de faire concurrence aux grands pays producteurs. S’agissant de la réforme du Protocole du sucre au sein de l’Union européenne, l’impact sur Maurice serait énorme sans des mesures compensatoires, a-t-elle affirmé, et on pourrait assister à la disparition du secteur du sucre dans son pays.
Une préférence doit être maintenue pour préserver l’accès aux marchés des petits États insulaires en développement, a conclu la représentante.


Le syndrome de la "solution unique"

Anthony Severin, ambassadeur de Sainte-Lucie auprès des CARICOM, a noté une faible dotation en ressources humaines qui empêchent les PEID de se diversifier. Ces pays sont extrêmement fragiles et vulnérables aux fluctuations des marchés internationaux.
En outre, demeure le problème du coût des transports qui rend les produits des PEID moins compétitifs, du fait de l’éloignement des marchés principaux. Face a ces problèmes, il a suggéré la mise en place de mécanismes de correction.
L’ambassadeur de Sainte-Lucie auprès de la Communauté des Caraïbes(CARICOM) a dénoncé le syndrome de la solution unique qui frappe l’OMC ; le représentant de l’Union européenne a pour sa part estimé que des exceptions sont possibles, mais pas indispensables. Vu d’Europe, cela semble si simple...


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