La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Patrick Bachèlery, professeur des sciences de la Terre à l’université
28 décembre 2004

’Si on met en place des zones d’alerte, on a le temps de prévenir les populations’ expliquait hier le géographe.
(Page 8)
Le séisme survenu au large de Sumatra est d’une rare violence. Pouvez-vous le situer parmi les autres catastrophes naturelles ?
- C’est bien l’un des plus violents enregistrés. Le plus violent s’est produit je crois au Chili en 1960. Il a dû y en avoir aussi en Alaska, de magnitude supérieure à 9 sur l’échelle de Richter, ainsi qu’au Kamtchatka. Tout cela configure le pourtour du Pacifique. Associé au séisme du Chili, il y avait eu un tsunami très important également.
Quelle est la cause du séisme ?
- Dans tous les cas, ces grands séismes sont associés aux zones de subduction, c’est-à-dire aux parties où la croûte terrestre vient s’enfoncer dans le manteau profond. Ce sont les seules zones où les séismes sont aussi forts. C’est pourquoi ces séismes sont associés à la zone du Pacifique, à ce qu’on appelle la “ceinture de feu”.
Le premier facteur qui détermine la force d’un séisme, son énergie, c’est la taille de la faille qui va se former dans la croûte. Plus la faille est grande, plus le séisme sera fort. Imaginez un élastique qui va se rompre : la croûte encaisse une déformation, elle s’étire et à un moment, il y a une rupture. C’est là que se forme la faille et que le séisme se produit.
Dans le cas présent, il faut ensuite comprendre son action sur l’océan puisqu’il s’est produit dans les fonds sous-marins.
- Le deuxième facteur important est la profondeur. Ce qui crée le raz-de-marée, c’est le déplacement du fond marin, sous l’effet du séisme. Plus le séisme est proche de la surface, plus il va être capable de déformer cette surface. Les variations de profondeur observées vont de quelques km à quelques centaines de km. Le séisme de Sumatra s’est produit à 10 km de profondeur. C’est très près, de sorte que les répercussions sont immédiates.
L’heure à laquelle s’est produit le séisme a eu d’importantes conséquences sur le nombre des victimes dans les pays riverains les plus proches. Comment cela se passe-t-il ?
- En ce qui concerne le raz-de-marée, la profondeur de la mer détermine la vitesse de progression. Pour donner un ordre d’idée, dans l’océan ouvert, comme est l’océan Indien, où nos fonds sont en moyenne à 4.000 mètres de profondeur : le tsunami va se déplacer à 200 mètres/seconde, soit à 720 km/h.
Le séisme de Sumatra s’est produit à environ 1 heure GMT, soit 5 heures, heure de La Réunion, qui se trouve à 7.000 km de l’épicentre. Huit heures après, les effets étaient ressentis à Saint-Gilles, ce qui indique une vitesse supérieure. Ça va très vite. Mais cela veut dire aussi que si on met en place des zones d’alerte comme elles existent dans le Pacifique, on a le temps de prévenir les populations.
Les populations les plus éloignées peut-être. Mais quand on voit la violence qui a frappé les côtes du Sri Lanka, de l’Inde du Sud ou de la Thaïlande... Ce sont ces populations qu’il faudrait pouvoir prévenir puisqu’elles sont les plus exposées...
- Il faut bien préciser : quand la vague se déplace, au milieu de l’océan, elle ne fait qu’un mètre ou deux. Elle prend énormément d’ampleur en touchant les côtes et peut atteindre alors 10 ou 20 mètres. Plus le fond marin est plat et plus les effets seront importants. Et vers La Réunion, les fonds sont plutôt pentus.
Il est vrai que nous ne sommes pas ici directement menacés par un risque de raz-de-marée. Sauf à considérer les risques liés au volcan. Que pouvez-vous en dire ?
- Trois grandes causes génèrent les raz-de-marée : le séisme en mer, la chute d’une météorite importante ou les glissements de terrain, affectant des zones volcaniques ou non. On sait que les volcans en particulier sont sujets aux glissements de grande ampleur. Au Piton de la Fournaise par exemple, c’est un glissement de terrain survenu il y a 4.500 ans à peu près qui a constitué l’enclos. Si cela se reproduisait de nos jours, ce serait un événement de nature à provoquer un tsunami, dans l’autre sens.
Quelle est la probabilité d’un tel événement ?
- On pense que cela pourrait être lié à une répétition d’éruptions. Quand il se produit une éruption du volcan, le flanc Est se déplace de 40 à 50 centimètres vers l’Est, et dans le même temps le flanc Ouest ne bouge pas. Un seul flanc se déplace et à force de se déplacer, il pourrait s’écrouler et générer un grand raz-de-marée. Il pourrait y avoir des dégâts rapprochés. Mais c’est un phénomène dont il ne faut pas nécessairement s’inquiéter de manière importante. Cela ne s’est produit qu’une fois en plus de 4.000 ans...
P. David
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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