Poussée à gauche confirmée à la fin du congrès de l’ANC

28 décembre 2007

Afrique du Sud. L’élection des directions en phase avec la volonté des adhérents de base. Entretien avec le leader du syndicat COSATU.

Le 52ème congrès de l’ANC s’est achevé jeudi avec l’élection du comité exécutif national. Le vote donne une claire indication de la volonté des adhérents de base. En plaçant en premier Winnie Madikizela-Mandela, ils ont rendu hommage à une combattante et à une personnalité qui a toujours tenu tête à Thabo Mbeki. Plus intéressant encore, parmi les neuf premiers élus se trouvent Jeremy Cronin, Secrétaire général adjoint du Parti communiste (SACP) ; Blade Nzimande, Secrétaire général, est onzième. Une reconnaissance du rôle joué par ces deux dirigeants et un soutien aux orientations économiques qu’ils défendent.
Il n’y a pas eu cependant de chasse aux sorcières contre les proches de Mbeki. Même Trevor Manuel, le Ministre des Finances qui personnifie les orientations néolibérales du gouvernement, a été réélu. Il était premier lors du dernier congrès en 2002. Il est toutefois 57ème aujourd’hui. Par ailleurs, nombre de syndicalistes occupent les tout premiers postes.
Le secrétaire général de la COSATU, Zwelinzima Vavi, répond aux questions de l’Humanité.

Cette conférence a-t-elle été un succès ?
- Zwelinzima Vavi. Cette conférence est un grand succès. Les choses ont été difficiles au début, mais les tensions se sont dissipées. Il y avait des candidats qui représentaient des orientations différentes. Cela reflétait les visions qui coexistaient dans l’organisation depuis de nombreuses années. Ces divisions appartiennent maintenant au passé.

Qu’est-ce que cela signifie pour la triple alliance (ANC, COSATU, Parti communiste) ?
- Les changements auxquels nous assistons au sein de l’ANC, la Direction qui vient d’être élue, ainsi que le sentiment des adhérents semblent suggérer qu’il y a une volonté d’aller dans le sens du renforcement de cette triple alliance.

Que signifie être membre d’une alliance gouvernementale, pour la COSATU ?
- D’abord, remarquons que cette stratégie fonctionne. Une grande partie des 1,9 million d’adhérents de la COSATU sont également membres de l’ANC. Ils doivent veiller à ce que l’ANC reste une organisation de travailleurs avec des branches locales qui ont le lien avec les pauvres et les chômeurs.

Ces dernières années, la COSATU a mené des grèves dans différents secteurs. Quelle sera votre attitude maintenant ?
- Nous avons effectivement mené des campagnes centrées autour du travail et de la lutte contre la pauvreté. Il faut continuer dans ce sens. COSATU est et doit rester une organisation indépendante. Nous espérons cependant que les comportements seront différents, que la période des mises à l’écart, de l’ostracisme vis-à-vis de certains pour la simple raison qu’ils émettent des avis divergents est maintenant révolue. Les jours de tolérance, d’acceptation des différences sont arrivés.

Quelles sont aujourd’hui les priorités économiques ?
- La priorité des priorités, c’est bien sûr le chômage. Son taux est beaucoup trop élevé. Il est maintenant de 8,3%. Il faut aussi s’attaquer à la pauvreté et aux inégalités. Pour cela, il faut s’attacher aux directives de la “conférence politique” de l’ANC. Elles décrivent les interventions nécessaires du gouvernement dans le cadre d’une politique industrielle et fiscale qui permette de répondre rapidement aux besoins sociaux, à la mise sur pied d’une véritable Sécurité sociale.

Entretien réalisé par Pierre Barbancey


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