PIROI de la Croix-Rouge

Préparer les populations de la zone aux catastrophes

15 janvier 2005

Christian Pailler, délégué régional océan Indien de la Croix-Rouge française, souligne la nécessité de développer les programmes de préparation aux catastrophes dans la zone océan Indien. Alors que le raz-de-marée qui a dévasté les côtes d’Asie du Sud va mobiliser des fonds considérables pour la reconstruction, un programme de préparation aurait pu faciliter l’aide d’urgence.

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Dès les premières heures qui ont suivi le passage du raz-de-marée qui a dévasté les côtes du Sud de l’Asie, le 26 décembre dernier, la Plate-forme d’intervention régionale pour l’océan Indien (PIROI) de la Croix-Rouge basée à Sainte-Marie a préparé une intervention matérielle et humaine. "Compte tenu de l’ampleur du désastre, des facteurs locaux, Paris a préféré mobiliser ses lourds moyens, et envoyer deux ERU, (Équipes de réponse aux urgences humanitaires)", explique Christian Pailler, délégué régional océan Indien de la Croix-Rouge française. Une ERU santé est ainsi partie pour le Sri Lanka, alors qu’une ERU eau s’est mobilisée en Indonésie, à 110 kilomètres de Sumatra, pour mener des interventions d’urgence de trois mois auprès des populations sinistrées. En plus d’être très bien préparée à ce type d’interventions d’urgence, la force de la Croix-Rouge française est de posséder des réseaux locaux (97 millions de personnes dans le monde) qui facilitent considérablement la mise en place de l’aide d’urgence. "Ce sont les locaux qui sauvent le plus de vie dans l’urgence", rappelle Christian Pailler, fort d’une expérience de 13 ans au sein de la Croix-Rouge française et ayant mené des missions humanitaires en ex-Yougoslavie, au Libéria, en Sierra-Léone, en Guinée, au Congo, au Niger, aux Comores, à Madagascar, et en poste depuis 4 ans à La Réunion. Voilà quinze jours, 2 ingénieurs en eau du PIROI sont venus en renfort des humanitaires déjà mobilisés sur place, alors qu’un médecin du PIROI sera détaché dès lundi soir.

70 tonnes de matériels d’urgence

Au bout de 3 semaines, ces équipes d’urgence seront relevées. Plus de 70 tonnes de matériels, 160 expatriés et 6.000 volontaires de la Croix-Rouge dans les réseaux locaux sont mobilisés sur l’aide d’urgence qui devrait, selon Christian Pailler, se prolonger encore quelques jours. Parallèlement, la Croix-Rouge amorce un travail d’évaluation post-urgence qui débouchera sur un programme pour une aide sur le long terme, d’une période minimum de trois ans, en direction des pêcheurs, des habitations, des dispensaires et hôpitaux. Ce type d’intervention à la reconstruction devra mobiliser des fonds colossaux qui auraient pu être minimisés si une préparation au désastre avait pu être faite en amont dans ces régions, comme la développe le PIROI dans le Sud-Est de l’océan Indien.

Insister sur la préparation aux catastrophes

Depuis 4 ans, le PIROI organise sa gestion de l’aide humanitaire en deux volets : la préparation et la réponse aux désastres. Si la réponse parvient à mobiliser des fonds (entre 70 et 75% du budget alloué), en revanche, la préparation est confrontée à plus de réticences de la part des donateurs (30 à 35% des fonds). "Il est complètement utopique de penser qu’avec un tel budget de préparation, l’on peut travailler à la réduction de la vulnérabilité" des pays de la zone, souligne Christian Pailler qui ne remet pas en cause le soutien des partenaires et la générosité des donateurs. Il souhaiterait que l’ampleur des dégâts causés par cette catastrophe et les moyens considérables nécessaires à la reconstruction des zones dévastées impulsent une prise de conscience générale en faveur de l’importance du travail de préparation, qui mériterait 70% du budget alloué en faveur de l’aide humanitaire.
Favoriser la construction de latrines, de réserves d’eau potable, mener un travail d’alerte et de préparation à l’urgence auprès des populations, renforcer leurs capacités de réactivité, d’identification des risques, etc. : bien que "moins visible", ce travail de préparation serait moins coûteux et diminuerait l’importance de l’intervention d’urgence. Actuellement, c’est la Croix-Rouge française qui mobilise ses fonds propres pour mener à bien ses missions de préparation (voir notre encadré). 150.000 euros suffiraient à travailler auprès de plusieurs centaines de milliers de personnes. Peu de chose, au vu de l’ampleur des fonds mobilisés pour venir en aide aux sinistrés d’Asie. Pourquoi la Croix-Rouge ne prend-elle pas un peu dans ces fonds ? "Comme toutes les grosses ONG, la Croix-Rouge a interdiction de prendre des fonds uniques dédiés à cette opération", précise Christian Pailler qui estime nécessaire de respecter le choix des donateurs. Deux cabinets d’experts sont en charge de veiller au bon usage des fonds qui, quoiqu’il en soit, sont strictement utilisés.

Échanger les expériences

Le mot d’ordre du PIROI est "l’entrée en puissance de la préparation", insiste Christian Pailler. Ainsi, depuis trois ans pour un budget de 1 million d’euros, le PIROI mène deux programmes post-urgence aux Comores en direction de 350.000 enfants dans le but de provoquer un changement de mentalité face aux mesures d’hygiène à adopter pour éviter la propagation de l’épidémie de choléra. "Le projet du PIROI est basé sur l’entraide, les échanges d’expertises et de compétences entre les pays de la zone", précise Christian Pailler. Alors que le Mozambique a des connaissances avancées en termes d’intervention face aux inondations, le réseau local de la Croix-Rouge va intervenir sur ce module dans d’autres régions. La Réunion qui est compétente en matière de gestion de cellule de crise, de traitement de l’eau, de télécommunication, peut à son tour faire partager ses compétences. En déployant le travail de préparation aux désastres, grâce à un échange élargi de compétences entre les pays de la zone, les 6.000 volontaires actifs disséminés dans toute la zone Sud-Est de l’océan Indien pourront se faire les relais de ses savoirs auprès des populations. Ce projet rejoint l’idée amorcée par le président de la Région Réunion de réunir toutes les expériences, les expertises et les moyens pour travailler conjointement sur ces problématiques, souligne enfin Christian Pailler qui insiste en outre sur "l’humanité, l’impartialité, la neutralité, l’indépendance, le volontariat, l’unité et l’universalité" de la Croix-Rouge française, bien loin des considérations politiques ou des débats d’intérêt. Officialiser une base de préparation aux catastrophes dans la zone océan Indien, en complément de la mise en place de système d’alerte, représente un moyen concret d’agir en amont face à l’imprévisible.

Estéfany

Le public peut consulter à tout moment en ligne le suivi et la gestion des dons faits à la Croix-Rouge sur le site www.croixrouge.fr.


De 3 à 8 millions d’euros pour la préparation
Sur ses fonds propres, la Croix-Rouge française a décidé d’appuyer les deux programmes PIROI et le PIRAC (Antilles, Caraïbes) de manière très significative. Elle va doubler son budget alloué à la préparation des catastrophes de 30 à 60% sur 5 ans, soit un budget entre 3 et 8 millions d’euros. Elle espère qu’en asseyant ces deux projets d’une importance capitale pour la gestion des crises, les partenaires vont se greffer à cette initiative et continuer à faire confiance à l’expérience et l’expertise de la Croix-Rouge.

Les humanitaires n’ont pas attendu de se coordonner
Au lendemain du raz-de-marée qui a secoué l’Asie du Sud, d’importants problèmes de coordination se sont faits ressentir sur place. Catastrophe imprévisible et aux conséquences humaines et matérielles considérables, les États donateurs ont soulevé le manque de coordination internationale. Loin de vouloir intervenir dans un quelconque débat d’ordre politique, Christian Pailler a accepté de nous donner son avis sur la question. "Les humanitaires sont des auxiliaires des pouvoirs publics, mais ils n’ont en aucun cas à les remplacer". Contrairement à ce qu’a pu avancer Renaud Muselier, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, lors de l’émission d’Arlette Chabot, “Mots Croisés”, mardi soir sur France 2, à savoir que les ONG travaillent individuellement sur place, Christian Pailler affirme quant à lui, fort de son expérience de 12 ans de mission internationale, que les humanitaires échangent sur le terrain, et "n’ont pas attendu de se coordonner". Les agences humanitaires des Nations-unies, ou d’Europe, à défaut d’un front uni d’action humanitaire, ont certainement plus de mal à coordonner leurs actions, à travailler ensemble en faveur d’une solidarité internationale.

An plis ke sa
Bien que nous ayons peu d’informations concernant les conflits qui secouaient le Sri Lanka et l’Indonésie avant la catastrophe du 26 décembre, le Comité international de la Croix-Rouge est la seule entité mandatée à intervenir en dépit d’éventuelles reprises de conflit. D’éventuels sursauts “rebelles” n’arrêteront pas la mission humanitaire de la Croix-Rouge habituée à intervenir même en cas de conflits internes.


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