DÉVELOPPEMENT DURABLE

Quand les revenus baissent, la santé s’effondre

14 janvier 2005

Sur le thème “Économies insulaires et défis sociaux”, à l’île Maurice, les participants au débat ont discuté des conséquences dramatiques de la baisse des prix des productions alimentaires. Les revenus des États baissent, ils s’endettent et ne peuvent assurer les dépenses de santé et d’éducation.

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La vie quotidienne dans les petites îles dépend cruellement de l’extérieur. À l’île Maurice, la deuxième journée de la Réunion internationale chargée d’examiner l’application du Programme d’action pour le développement durable des petits États insulaires en développement (PEID) a été l’occasion d’aborder le thème des défis sociaux auxquels sont confrontées les économies insulaires.
La modératrice de ce débat, Mme Len Ishmael, directrice générale de l’Organisation des États des Caraïbes orientales, a insisté mardi sur la nécessité de mécanismes propres à faire reculer la pauvreté, conformément aux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et à ceux liés au développement durable.

Banane : 58% de la main d’œuvre des Caraïbes

Elle a présenté la situation des Caraïbes orientales, région qui regroupe neuf PEID, totalisant une population de 600.000 personnes. Dans ces îles, la culture bananière est un outil de mobilité sociale et de réduction de la pauvreté. Tout en ne représentant qu’un pourcentage de la production mondiale de la banane, cette activité occupait 58% de notre main d’œuvre et 60% de nos exportations, a-t-elle précisé.
Mais aujourd’hui, les PEID, du fait de leur incapacité de s’adapter aux nouveaux prix de la culture bananière, doivent subir des impacts sociaux. La chute des recettes d’exportation a entraîné une chute des ressources de l’Etat et une coupe sombre dans les dépenses publiques et dans les infrastructures sociales.
Ces pays ont dû emprunter, aboutissant à des ratios de dettes parmi les plus élevés du monde. Alors que les PEID ont énormément investi au cours des 10 dernières années pour limiter leurs faiblesses, les défis restent insurmontables, a-t-elle affirmé. Une manière élégante et diplomatique de rappeler l’injustice des échanges mondiaux.
Le représentant des agriculteurs a déploré le coût élevé de l’importation de matières premières pour le maintien des productions agricoles à Maurice, qui met les fermiers à la merci des transnationales. Il a invité les gouvernements à aider les fermiers à développer les marchés régionaux.

Urbanisation et pauvreté

Greg Urwin, secrétaire général du Forum des îles du Pacifique, a déclaré que les progrès réalisés pour améliorer la situation dans la région du Pacifique étaient modérés en matière de développement social. La région est composée de pays dont les populations sont faibles en nombre mais importantes par rapport aux ressources disponibles, a-t-il dit.
En outre, la population jeune augmente très rapidement et les débouchés pour ceux qui complètent leurs études sont limités. L’urbanisation commence à poser d’importante problèmes et la croissance démographique est beaucoup plus importante dans les zones urbaines, a-t-il constaté.
L’importance de la population urbaine dépasse la capacité des services urbains, entraînant une augmentation de la pauvreté. À cela s’ajoutent la menace du VIH/SIDA et d’autres maladies sexuellement transmissibles (lire notre encadré), ainsi que d’autres maladies telles que la tuberculose, mettant à dure épreuve les services de santé. Ces pays sont aussi la cible de la criminalité internationale, a-t-il déploré.
Le représentant des travailleurs et des syndicats a mis l’accent sur l’écart croissant entre pays riches et pauvres et entre populations riches et pauvres au sein de chaque société. Il a également souligné la précarité de l’emploi et du chômage, notamment à la suite de l’application de politiques de privatisation.
Il a aussi insisté sur l’importance pour ces gouvernements d’adopter des mesures de protection et de régulation pour assurer la justice sociale et l’équité. Le rôle des syndicats ne doit par être négligé dans ces actions.


Afrique et Caraïbes : plusieurs épidémies de SIDA

Sonia Elliott, représentante du Bureau new-yorkais d’ONUSIDA, a présenté mardi les actions du l’ONU pour lutter contre le VIH/SIDA et ses conséquences sociales, en rappelant que les Caraïbes étaient la deuxième région la plus infectée dans le monde après l’Afrique sub-saharienne. Il n’y a pas une seule épidémie mais des épidémies variées et pour lesquelles les mesures doivent être adaptées aux conditions locales, a-t-elle dit.
Dans les Caraïbes, a-t-elle ajouté, le VIH/SIDA est la première cause de décès des 14-45 ans. La vulnérabilité au fléau est aggravée par la culture du silence et la discrimination dont sont victimes les malades et une meilleure attention doit être consacrée à la prévention, même si les progrès dans ce domaine sont notables, a-t-elle dit.
Il semble que dans certains pays, dans l’intérêt du tourisme, on veuille cacher la menace du VIH/SIDA, a-t-elle déploré. Depuis 2002, le nombre de femmes infectées par le fléau a augmenté dans toutes les régions du monde.
Par ailleurs, les jeunes filles entre 15 et 24 ans ont deux fois plus de risques d’être infectées par rapport aux femmes d’autres groupes d’âge et six fois plus que les hommes de même âge. En 2005 , le coût total de l’épidémie représentera 6% du PNB des Caraïbes, a-t-elle prévenu. Si les gouvernements ne font pas face au problème, la tragédie est certaine.
Le représentant des milieux scientifiques et techniques a mis l’accent sur les problèmes de santé propres aux petits États insulaires en développement. Les mesures adoptées dans les pays développés pour lutter contre les maladies ont été fondées sur l’éducation, l’élimination des marais et l’épandage des insecticides. Ces mesures n’ont pas toujours été favorables à l’environnement et des solutions modernes devraient être adoptées dans les pays en développement concernés par ces problèmes, a-t-il dit.


70% des pauvres sont des femmes

La représentante de Maurice a souhaité des initiatives en direction des femmes, qui représentent 70% des 1,3 milliard de personnes vivant dans la pauvreté absolue, en estimant que l’accès au microcrédit constituait un moyen décisif pour sortir les femmes et leur famille de la pauvreté. Elle a déclaré que la lutte contre la pauvreté dépendait beaucoup des institutions et politiques qui visent les populations les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants. S’agissant de son pays, elle a précisé que les services publics de santé étaient mis gratuitement à la disposition des Mauriciens.
La représentante des associations féminines a estimé que les femmes n’ont pas fait l’objet d’une attention suffisante dans le contexte de la mise en œuvre du Programme d’action de la Barbade. Elle a souligné qu’aucun progrès n’a été réalisé concernant les problèmes de VIH/SIDA, de la violence contre les femmes, et de la participation politique des femmes. Elle a appelé les gouvernements à s’engager à nouveau à respecter leurs obligations dans le cadre de la Déclaration de Beijing.


An plis ke sa

Médias : Rex Nettleford, professeur émérite de l’Université des Antilles, s’est inquiété de la suprématie intellectuelle et culturelle et de l’autorité morale que certains imposent sous couvert de mondialisation, alors que les médias électroniques de l’hémisphère Nord imposent leurs vues au Sud.
Tsunami : Le représentant des organisations non gouvernementales s’est étonné que les centres d’alerte des États-Unis dans le Pacifique n’aient pas prévenu les responsables dans l’océan Indien de l’imminence de l’arrivée du raz-de-marée.
Terrorisme : Le représentant de Cuba a déclaré que le terrorisme n’avait pas commencé le 11 septembre à 2001 à New York et qu’il ne pouvait être combattu par plus de violence, car la violence entraînait la violence.
Instruction : Il ne s’agit pas de combattre les ignorants, mais l’ignorance, a estimé le représentant de Cuba. Il a aussi rappelé que les sommes dépensées dans les pays développés pour l’alimentation des chiens et des chats permettraient de dépasser les objectifs mondiaux en matière d’éducation, de lutte contre la faim ou d’accès à l’eau potable pour tous.
Jeunes et médias. La représentante des organisations d’enfants et de la jeunesse a souligné qu’il fallait apprendre aux jeunes le concept de développement durable. En particulier, il faut immédiatement prendre des mesures décisives en matière de VIH/sida, d’abus sexuels et pour corriger l’image défavorable des jeunes présentée dans les médias.
Insécurité. Le représentant de la France, Wilfrid Bertile (voir page précédente) a noté que même si la lutte contre la pauvreté devait être globale, elle demeurait avant tout la responsabilité des pays eux-mêmes. S’inquiétant de la montée de l’insécurité qui frappe les PEID, il a indiqué que la France présenterait des propositions pour lutter contre ce fléau dans le cadre de la prochaine Commission des chefs d’Etats de l’océan Indien qui se réunira le mois prochain à Madagascar.


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Témoignages - 82e année


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