Océan Indien : À propos des kwassa kwassa

Stop à la traversée de la mort, stop à l’expulsion tous azimuts

4 février 2008

Le 9 février, nous serons tous à Saint-Denis avec Stop Kwassa Océan Indien, pour dire stop à la traversée de la mort entre les îles de la lune, celles de l’Archipel des Comores. Peut-être sera-t-il l’occasion de rappeler les rafles qui sont organisées à Mayotte à l’encontre d’hommes, de femmes et d’enfants, « des clandestins chez eux » comme aime à le rappeler un ami conteur comorien.

L’année 2008 commence « bien » à Mayotte. Elle est marquée par des interpellations, et des reconduites à la frontière. Avec la politique française en matière d’immigration, tout est possible. L’année 2007, 13.990 arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière ont été retenus, et enregistrés par la Préfecture de Mayotte. On pourrait même dire que le nombre total d’arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière (APRF) s’élèverait à 16.000, si l’on compte les mineurs. La France n’en demandait que « 12.000 ». Les forces de l’ordre ont poussé les expulsions jusqu’à près de 2000 en plus. D’ailleurs, se félicitait le patron de la Police aux frontières (PAF), ces opérations d’interpellations sont aujourd’hui menées conjointement par la gendarmerie, la PAF, « et autres services », dont la police municipale. Deux opérations de ce genre ont été orchestrées depuis le début 2008, à Mzouazia, et à Mamoudzou. 106 interpellations ont été exécutées, et 60 reconduites à la frontière, par 80 forces de l’ordre qui n’avaient rien d’autres à faire que de troubler l’ordre publique !

D’une réalité cachée

Nous n’avons cessé de parler des clandestins comoriens. Mais cette réalité concerne aussi des Malgaches venus s’installer sur l’île hippocampe, pour connaître le même asservissement, la même incertitude « administrative ». A quoi sert-il de nous étendre davantage sur les problèmes que rencontrent les clandestins, au nez de toutes les conventions, de tous les principes de La France des Droits de l’Homme ? Les récentes interpellations à Mayotte ont été marquées par des exactions de la part des forces de l’ordre. Les associations de défense des droits de l’homme ont noté des intrusions musclées dans les habitations, et aussi des papiers déchirés. Cela donne le ton, et l’ambiance. Cela nous amène aussi à des questions. Pourquoi autant de zèle ? N’allons pas parler de prime d’encouragement pour les « agents d’expulsion » ! Pourquoi détruire des papiers ? Est-ce pour nuire à des étrangers ? On connaît les rafles commises au 20ème siècle. Nous pensions que le 21ème siècle serait le siècle de l’entente entre les peuples. C’est une grande utopie, à voir les guerres à travers le monde, mais aussi cette tension inféconde dans l’Archipel des Comores. C’est un cimetière marin. Et les rescapés de cette aventureuse traversée en kwassa-kwassa se voient victimes d’une chasse à l’homme orchestrée par l’Etat lui-même, et les complices de cette exaction, critiquée dans les plus hautes instances internationales, dont l’ONU, se cachent, fuient cette injustice. Peut-on parler d’un marronnage, en quelque façon que ce soit ? Ces clandestins, sont-ce ces marrons des temps modernes ?

Marche ô combien symbolique

La France préfère expulser. Mayotte s’en bat « les yeux ». Les Grands Comoriens, les Anjouanais, les Mohéliens pleurent leurs disparus. C’est apparemment la « douce » logique dans l’Archipel des Comores. Des collectifs de Comoriens, à La Réunion, en France, et bien sûr aux Comores, s’indignent de cette situation. Samedi, une marche « pacifique et apolitique » est organisée à Saint-Denis. Les Réunionnais seront-ils là ? Nous ne pouvons tolérer de telles aberrations, celle des expulsions, celle de la traversée « mortelle » en kwassa kwassa. Cette marche est un appel. Il faut dire stop à la traversée de la mort. Et même si le discours se veut apolitique, l’appel gagne à mon sens une légitimité politique, celle du co-développement dans l’Archipel des Comores. Alors que La France n’a jamais autant parlé de coopérations, internationale et régionale, pourquoi faire l’impasse sur cette opportunité de sortie de crise ? Peut-être que certains auront aussi le courage de dénoncer la politique d’expulsion « commise » à Mayotte !

Bbj


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Témoignages - 82e année


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