La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
1984-2004 : vingt ans après, jour pour jour
3 décembre 2004

Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, un nuage de gaz mortel s’échappait de l’usine de l’Union Carbide à Bhopal : des centaines de milliers d’Indiens sont gazés, des milliers meurent sur le coup, d’autres gardent des séquelles définitives de cette catastrophe où la responsabilité des dirigeants américains de l’Union Carbide est sérieusement évoquée. Plus de 20 ans après, l’usine abandonnée abrite encore ses substances toxiques.
(Page 16)
C’était la nuit de 2 au 3 décembre 1984. Voici 20 ans jour pour jour, une catastrophe sans précédent se produisait à Bhopal, grande ville indienne, peuplée par plus d’un million d’habitants. Un nuage de gaz mortel s’échappait de l’usine de l’Union Carbide, entourée par des milliers d’habitations. Dès le premier jour, les morts se comptaient par milliers, et les infirmes par dizaines de milliers.
Le déroulement des faits est éloquent. Peu après minuit, la pression et la température montent dangereusement dans un réservoir de méthylisocyanate (MIC) de l’Entreprise Union Carbide à Bhopal. Vers une heure du matin, la structure vibre puis explose, laissant s’échapper une fumée blanchâtre.
Au petit matin, le nuage du terrible MIC s’est étendu sur une zone de 40 kilomètres carrés et voyage au gré des vents. Une trentaine de tonnes de méthylisocyanates, composé volatil, inflammable et explosif, est libérée dans l’atmosphère, provoquant l’intoxication des populations se trouvant sous le vent.
La panique s’étend à toute la ville et, dans la plus totale incompréhension, des centaines de milliers de personnes sont prises au piège, errant dans les ruelles étroites du bidonville, cherchant des secours qui tarderont beaucoup à se mettre en place, essayant de sauver un proche agonisant, tout cela souvent à l’aveuglette car le gaz attaque d’abord les yeux, entraînant une cécité, provisoire dans les cas favorables, avant de s’engouffrer dans les poumons pour provoquer de graves insuffisances respiratoires.
Du fait du caractère nocturne de l’accident, la majorité des victimes sont décédées dans leur sommeil, celles sortant au dehors pour s’enfuir s’exposaient encore plus.
Dans les heures qui ont suivi, la confusion dans les systèmes de secours a régné devant le grand nombre de victimes et leur inadaptation à gérer une crise de cette ampleur. Cette confusion a été renforcée par le fait que les polluants en cause n’ont pas été correctement identifiés. En fait, les différentes autorités ont cru que le MIC n’était que l’unique polluant libéré, mais en fait le MIC une fois émis, a réagi, en présence probable de phosgène et autres sous-produits chlorés...
Bhopal se situe presque au centre de la péninsule indienne. Cette ville industrielle possède une population majoritairement composée d’ouvriers qui se concentrent autour des sites industriels. L’ampleur de la catastrophe peut s’expliquer par l’inadaptation de l’infrastructure de la ville à ce type d’implantation industrielle, la trop grande proximité des populations, les insuffisances des systèmes de secours (aussi bien dans la réponse immédiate que dans les traitements à long terme) et l’impréparation de l’entreprise.
Pour définir précisément les conditions de l’accident, deux équipes d’investigation, les autorités indiennes et une équipe de l’Union Carbide, ont commencé leur enquête immédiatement après l’accident. De nombreux obstacles aux investigations (traduction, dissimulation de pièces à conviction...) empêchent de savoir réellement encore aujourd’hui ce qui s’est passé. La composition exacte du nuage ne sera jamais connue.
En 1987, une action en justice débute. En 1992, un accord entre le gouvernement indien et l’Union Carbide est atteint, la compagnie américaine donnera en compensation 470 millions de dollars US. Mais les mécanismes de compensation au cas par cas sont longs, il faudrait en effet plus de treize ans pour compenser toutes les victimes. Beaucoup d’entre elles seront mortes d’ici là.
L’Union Carbide a depuis disparu, et les présumés responsables restent toujours impunis. Par contre, depuis 20 ans, les habitants de Bhopal ne cessent de subir les conséquences du drame. Ils sont des milliers à avoir perdu la vue, des enfants naissent infirmes de naissance et le secteur n’est pas dépollué. Ils sont encore des centaines de milliers à vivre près de l’usine de la mort.
Malgré son caractère dramatique, l’accident de Bhopal, la pire catastrophe chimique du siècle, a entraîné une modification profonde de la manière de travailler dans les grands groupes chimiques. Bhopal est un accident industriel historique, dramatique mais aussi politique, impliquant une multinationale occidentale et un pays du tiers monde.
Une bombe au milieu d’un gigantesque bidonville
Au départ, l’usine s’est installée à l’extérieur de la ville. Mais la population s’installe petit à petit autour du site. Et pour des raisons financières, l’usine relâche sa vigilance sur la sécurité.
Lorsqu’Union Carbide implante son usine en 1978 à Bhopal, la ville est habitée par moins de 300.000 personnes, située à 600 kilomètres au Sud de New Delhi. L’usine se trouve juste à 5 kilomètres à l’extérieur de la ville, à un kilomètre seulement de la gare, et le gouvernement indien a largement favorisé son implantation en assurant l’alimentation en eau et en électricité à des conditions très avantageuses.
Elle est conçue pour produire 5.000 tonnes de deux pesticides, le Temik et le Sevin, composés essentiellement d’isocyanate de méthyle, souvent dénommé MIC. Il s’agit d’un produit potentiellement très dangereux pour tous les êtres vivants, qui est stocké sous forme liquide à une température inférieure à 25 degrés. Il risque sinon de se transformer en un gaz plus lourd que l’air. Il a alors la toxicité du chlore.
L’environnement de l’usine évolue très rapidement. Attirée par l’eau et l’électricité disponibles, la population afflue. Par les nombreux salaires qu’elle verse, cette usine constitue également une grande source de richesse. La ville se ressent de ces changements et a du mal à accueillir tous les nouveaux arrivants.
Faute de mieux, les plus pauvres s’agglutinent dans le bidonville de Khasi Camp situé entre la ville et l’usine. La population passe ainsi à 385.000 habitants en 1971, 671.000 en 1981, et près de 800.000 en 1984. De légèrement isolée qu’elle était, l’usine se retrouve totalement englobée dans une ville dont les maisons ou abris les plus proches s’accrochent aux grillages d’enceinte, sans aucun schéma d’urbanisation et, évidemment, sans tenir aucun compte de mesures minimum de sécurité.
En 1982, une inspection détaillée fait apparaître dix déficiences sérieuses dans les systèmes de sécurité de l’usine. La population, elle, s’habitue à entendre le signal d’alarme qui, peu à peu, "fait partie du paysage".
Un autre problème apparaît. À partir de 1982, l’usine devient largement déficitaire à cause de la mévente de ses produits. Pour rééquilibrer ses comptes, la filiale indienne UCIL décide alors de réduire les frais d’exploitation et, pour ce faire, licencie progressivement une bonne partie du personnel qualifié.
De ce fait, chacun s’habitue peu à peu à travailler avec des effectifs réduits. Il est donc probable qu’à partir de cette époque, le personnel est conduit à ne plus faire que ce qui est directement contrôlable ou immédiatement nécessaire...
En 1984, après de multiples fermetures temporaires, on constate que deux des dix déficiences signalées en 1982 n’ont toujours pas été corrigées. Mais les directeurs pensent qu’il n’y a pas d’urgence, alors que l’unité de refroidissement du MIC continue à mal fonctionner et fait donc peser une menace permanente sur la sécurité. Arrive enfin la fatale nuit du dimanche 2 au lundi 3 décembre, alors que l’usine est partiellement fermée et tourne au ralenti avec des effectifs encore plus réduits que de coutume...
Plus de 300.000 victimes
Le gouvernement du Madhya Pradesh a établi le détail du bilan humain final de cette nuit d’horreur :
- 3.828 morts
- 40 incapacités totales définitives
- 2.680 incapacités partielles définitives
- 1.313 incapacités partielles temporaires avec invalidité définitive
- 7.172 incapacités partielles temporaires avec invalidité temporaire
- 18.922 invalidités définitives sans incapacité
- 173.382 invalidités temporaires sans incapacité
- 155.203 blessures temporaires sans invalidité
Soit, au total, 362.540 victimes à des degrés divers.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Mézami pou sak la viv lontan dann nout péi La Rényon-dizon pou sak la konète la loi disnèf mars 1946 kan l’arivé, zot téi panss sirman la fain (…)
In kozman pou la rout
36 % de personnes âgées à La Réunion en 2050
Contraste avec La Réunion base de l’OTAN en l’Afrique australe
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes (…)
Au lieu de reproduire la France, les Réunionnais devraient s’inspirer de Madagascar
Retour sur le séminaire organisé par la Section PCR de Saint-Denis
Conséquence de la crise et de la pénurie de logements sociaux
Condoléances du Parti Communiste Réunionnais
Face aux difficultés de trésorerie à cause des retards de paiement
À la veille de la manifestation organisée par des élus devant la préfecture