Justice

Maurice Gironcel : « l’ARAJUFA : un lien fort et unique avec la population »

50e anniversaire de l’association d’aide juridictionnelle

Témoignages.re / 16 novembre 2019

Jeudi, l’ARAJUFA fêtait ses 50 ans. Cette association permet de faciliter l’accès à la justice pour les personnes disposant de faibles revenus, elle joue donc un rôle indispensable dans un pays où plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Maurice Gironcel, maire de Sainte-Suzanne, est intervenu au nom de l’Association des maires de La Réunion. Voici le contenu de son discours :

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L’Arajufa fête aujourd’hui ses 50 ans. 50 ans d’aide, d’écoute, de soutien. J’adresse mes plus sincères remerciements et félicitations à toutes les personnes qui ont contribué, de près ou de loin, au travail de cette association.
Vous avez donné de votre temps, souvent bénévolement, pour aider les autres. Vous avez travaillé en lien direct avec les victimes, de personne à personne, d’humain à humain. C’est là un bel exemple de notre bien vivre-ensemble et l’Association des Maires de La Réunion continuera à être à vos côtés.

1 million de personnes concernées

En 50 ans, 1 million de personnes ont été accompagnées par vos soins.
Ce chiffre illustre votre engagement, il illustre aussi une situation sociale difficile, et qui ne s’améliore pas.
En 50 ans, nous avons pu constater les avancées et les limites de la protection judiciaire à La Réunion. Nous avons vu passer différentes lois. Nous savons aussi a quel point une grande partie de notre population est en souffrance et vit dans la précarité.
Bien souvent, c’est cette précarité économique et sociale qui génère des conflits, voire des drames. Vous le disiez, la majorité des dossiers concernent des affaires familiales ; beaucoup de femmes vous sollicitent. Notre société souffre, tous les indicateurs sont au rouge et nous sommes arrivés au bout d’un système.
Heureusement, des structures comme l’Arajufa sont là, pour écouter et accompagner le long processus de la procédure judiciaire. Ce sont ces acteurs qui connaissent le mieux la population, qui sont au plus proche des citoyens.
Plus qu’une aide juridique, cette association est un vrai médiateur social, un lien fort et unique avec la population.

Réduire les inégalités

Les CCAS des communes travaillent en étroite collaboration avec l’ARAJUFA et cela dans les 2 sens. D’une part en facilitant le lien avec l’association mais je sais aussi que les équipes sociales de l’ARAJUFA orientent et accompagnent les personnes vers les aides et dispositifs des CCAS. Nous avons plus que jamais besoin de structures comme l’ARAJUFA.
Des structures qui accueillent sans condition de ressources, gratuitement, avec bienveillance, et dans un souci d’équité et d’égalité.
Quand je dis ces mots, je ne peux m’empêcher de penser aux victimes qui se décident à pousser votre porte. Pour ces personnes, venir à l’Arajufa c’est d’abord, entamner un travail pour faire reconnaître leurs droits et leurs préjudices. C’est ensuite, décider de se reconstruire, surtout après un conflit familial. Venir à l’Arajufa, c’est aussi pouvoir bénéficier d’informations, auxquelles nous n’avions pas accès avant, où qui nous étaient inaccessibles faute de moyens.
Cette égalité des chances, cette égalité d’accès aux droits est essentielle, surtout dans une société comme la nôtre, où plus de 40 % de la population vit en dessous du seuil national de pauvreté.

« Nouvelle civilisation réunionnaise »

Et, nous le savons, les demandes s’accroissent, mais les moyens restent les mêmes. Je connais les difficultés financières auxquelles vous avez du faire face certaines années.
Nous verrons avec le temps, que les demandes risquent d’augmenter encore et encore. Pour des conflits familiaux, toujours, surtout si rien n’est fait pour redonner une qualité de vie aux Réunionnais. Et pour des catastrophes naturelles également. L’urgence climatique est bel et bien présente.
Et si nous ne changeons pas nos comportements, à l’échelle du monde, et si nous anticipons pas les conséquences nous en serons les premières victimes.
En cette journée d’anniversaire, je préfère rester optimiste. Je crois en un modèle alternatif, de bien vivre ensemble, d’altruisme et de respect d’autrui. L’Arajufa l’expérimente tous les jours, je crois, que tous ici présents, nous en ressortirions grandis, si nous pouvions nous en inspirer.
Nous devons avoir conscience qu’au-delà de nos objectifs immédiats, nous contribuons tous ici à la formation d’une société nouvelle, d’une nouvelle mentalité, d’un nouveau comportement, d’un nouveau contrat, entre nous et notre environnement… Bref de l’émergence d’une nouvelle civilisation Réunionnaise.