Elections

De reproches en reproches : le visage colérique de la politique...

Nouvel exécutif au Département : Les opposants au changement

Témoignages.re / 26 mars 2008

Contre toute attente, la présidente sortante du Conseil Général a été reconduite dans ses fonctions. Sa "famille politique" reproche aujourd’hui à Nassimah Dindar de ne pas avoir accepté l’éviction que lui réservait cette coalition de droite rassemblée autour de la candidature de Jean-Louis Lagourgue. Elle reproche au Secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer Yves Jégo de l’avoir encouragé à se battre et d’avoir ainsi « torpillé la droite locale ».

Elle reproche de ce fait à l’UMP nationale dans son entier d’avoir agi soit de trop soit pas assez sur un enjeu local qu’elle voulait dominer. Elle reproche aux conseillers généraux du PCR, du PS et du MoDem d’être avides de pouvoir et d’indemnités. Elle reproche au MoDem de s’être excentré ; à Nassimah Dindar d’avoir fait le choix du rassemblement... Elle crie au « hold-up », à la « mascarade », à la trahison des Réunionnais même ! Elle reprend en fait les critiques qui lui ont été émises alors qu’elle privilégiait la politique du bloc contre bloc omnubilée par la constitution d’une majorité de droite fondamentalement opposée à l’ouverture et exclusivement centrée sur le partage des postes. Une position qui a conduit jeudi dernier les forces de gauche (conseillers généraux du groupe Alliance, groupe “PS et apparenté”) à boycotter la séance plénière puis ce dimanche, à l’élection de Nassimah Dindar à la présidence du Département avec 30 voix contre 19 pour Jean-Louis Lagourgue.

Difficile sous le coup de la colère, qui on le dit n’est pas porteuse, de s’auto-analyser, de remettre en cause ses propres pratiques, de considérer le nouveau paysage politique en présence, d’accorder que la désunion de la droite locale ne date pas de dimanche. Décontenancés par le nouveau visage de l’exécutif départemental, les 20 conseillers généraux de droite optent pour l’accusation en bloc (toujours ce fameux bloc). Ils sont déterminés à constituer, comme le soulignait dimanche Jean-Louis Lagourgue, « une opposition constructive mais sans concession. » Loin de prendre fait de la volonté de rassemblement et d’alternance exprimée par l’électorat les 9 et 16 mars, elle promet ici un affrontement partisan, loin de tous projets constructifs pour La Réunion et sa population ; projet qu’elle a toujours exclue de ses tractations. Ce visage colérique de la politique ne sert ni ceux qui l’arborent, ni l’intérêt général.

On sonde le prétendu désaveu de l’électorat

Décontenancés aussi sont ces observateurs, ces commentateurs qui n’avaient pas envisagé la possibilité d’un tel rassemblement fondé sur la conviction que seul le travail en commun de la diversité des expressions politiques permettra de relever avec cohérence les défis qui s’offrent à La Réunion. Loin de ces considérations pourtant essentielles, ils voudraient que la population se fasse écho des critiques émises par cette droite, trahie par son excès d’orgueil, qui n’accepte pas l’expression des urnes. On multiple les micro-trottoirs, les appels à réaction sur les ondes radio pour sonder le prétendu désaveu de la population et ainsi entretenir une forme de division et de suspiscion au sein même de la population. En coulisses, certains de nos confrères se susprennent du peu de réaction négative de la part des Réunionnais quant à la réélection de Nassimah Dindar portée par des volontés progressistes de gauche et soutenue par le MoDem. Face à ce schéma politique novateur, d’autres bondissent en soutenant que cela sera ingérable comme si eux-mêmes étaient passés de l’observation à l’exécution réelle d’un mandat.

D’autres encore estiment que ce rassemblement n’est pas le reflet de l’expression des urnes avançant que si la victoire des forces de gauche est claire pour les municipales, elle reste moins flagrante pour les cantonales. A ces derniers, rappelons que d’une part, l’élection des conseillers généraux mobilisent moins l’électorat que celle des maires conduisant ainsi à un affaiblissement de l’expression des urnes à défaut de perception des réelles enjeux (et sur ce point, les médias ont leur part de responsabilité) et que, d’autre part, le bouleversement du paysage politique s’est en grande partie opérée en raison de la persistance et de l’aggravation des difficultés sociales auxquelles sont confrontées les Réunionnais. Sur ce point central, l’on fait bien appel aux compétences de la collectivité départementale qui est, entre autres dossiers majeurs, responsable de l’action sociale.

Manipulée car une femme...?

On tente de manipuler l’opinion publique comme de faire entendre que Nassimah Dindar aurait elle-meme été manipulée par le PCR, le PS et le Modem qui ont soutenu sa candidature. « Je crois qu’il faut réunir des élus sur un programme, sur un projet pour La Réunion qui prend en compte le message des électeurs », déclarait l’intéressée le soir du second tour des élections, avant meme que la droite n’entame ses tractations pour élire un candidat à la présidence de la collectivité. Messieurs les commentateurs - puisque dans notre métier, la politique n’est généralement réservée qu’aux hommes - ne vous hasardez pas ici à un délit grossiérement masqué de phalocratie. Puisque la présidente est femme, elle serait influencable ? Je dirai en tant que femme, que c’est justement parce qu’elle est femme, qu’elle refuse d’une part de s’avouer vaincue et d’autre part qu’elle ose, elle, faire le pari du rassemblement tout en revendiquant son appartenance à l’UMP, ce que d’aucun de la droite diverse ou UMP n’a même envisagé un instant. Dans les conflits, nous sommes plus conciliantes et plus capables de faire passer notre propre intéret au second plan. Nous sommes aussi naïves c’est vrai quand nous croyons à tort au soutien de notre famille politique ou non qui ne cherche pas à comprendre nos choix. Aussi avisés que vous puissiez être sur les rouages de la vie politique réunionnaise, il vous faut peut-être aussi savoir vous adapter au changement, celui de la féminisation incontournable, mais non moins difficile, de la vie politique. Le schéma de l’exécutif départemental est certes atypique mais il n’est que le reflet d’une société en mouvement et plus encore d’une île, département français, RUP qui se voit confrontée à des enjeux nationaux et mondiaux sans précédent. Qui de nos élus les mesure et affiche la volonté de travailler sur ces vrais problèmes ? Voilà une question centrale que vous soulevait peu voire jamais. Vos prédictions ont été mises à mal mais ce n’est pas si grave, votre crédibilité n’est pas en jeu. Comme en politique, dans le journalisme, l’orgueil est fort.

Stéphanie Longeras