Elections

Incapables de maîtriser leur stratégie, ils rendent les autres responsables de leur échec

Conseil général : une majorité “naturelle” qui ne tient même pas trois jours

Manuel Marchal / 25 mars 2008

Jeudi dernier, un groupe d’élus déclare avoir la majorité au Conseil général. Trois jours plus tard, ils échouent. Au lieu d’analyser les raisons de l’échec de leur stratégie, ils accusent les autres : la Direction nationale de l’UMP, des conseillers généraux traités d’« alimentaires », un ralliement « contre-nature », la présidente Nassimah Dindar... Toutes ces invectives soulignent leur désarroi.

Lorsque l’on perd, il faut garder sa dignité et tirer les enseignements d’un échec. Mais pour le groupe d’élus défait dimanche, au ressentiment s’ajoutent l’invective et le refus de reconnaître ses responsabilités.
Entre le deuxième tour des Cantonales et la première séance plénière du Conseil général, un groupe d’élus affirme avoir réuni une majorité capable d’obtenir la présidence de l’assemblée. Cette stratégie essuie un échec monumental en l’absence de quorum. D’après eux, les élus qu’ils avaient exclus aurait dû être présents pour cautionner leur manœuvre. A moins d’être suicidaire, on ne voit pas comment cette équipe aurait pu penser que des communistes et des socialistes aurait pu les aider à faire le quorum. Dimanche dernier, nouvel échec définitif.

Pourtant, à la veille de la première séance plénière du Conseil général, ils se vantaient que tout semblait calé. Pour quelle raison cela n’a pas marché ?
Peu après l’élection de Nassimah Dindar, ce groupe d’élus décide de quitter la salle et convoque une conférence de presse. Pour eux, les responsables de cet échec sont la Direction nationale de l’UMP. Ils estiment que leur défaite est due à l’attitude du nouveau secrétaire d’Etat à l’Outre-mer « qui a pris fait et cause pour Nassimah Dindar contre Didier Robert, René-Paul Victoria et Michel Fontaine ». L’UMP-Paris a « torpillé la droite locale », disent-ils.

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Quand une majorité “naturelle” ne tient pas 24 heures, il est indécent d’accuser les autres de ses propres turpitudes.
(photo MM)

Toujours d’après eux, les autres responsables sont « la branche pourrie et alimentaire ». C’est en ces termes peu sympathiques que sont qualifiés les élus qui ont démontré toute la fragilité de leur stratégie.
Et pour finir, ils proclament que la nouvelle majorité n’est qu’une alliance « contre-nature ». Mais si leur majorité n’était pas « contre nature », pourquoi n’a-t-elle pas résisté ?
En définitive, nous sommes en présence d’élus qui sont incapables de reconnaître qu’ils sont les seuls responsables de leur défaite. Pas une fois ils ne se remettent en cause. Et ils comptent persister aujourd’hui en tenant une conférence de presse à la veille de la venue du secrétaire d’Etat à l’Outre-mer. Ils comptent sans doute répéter le même propos.
Souhaitons que la presse pourra immortaliser tous les participants de cette conférence de presse. Car nous aurons sur une seule photo l’état-major complet de leur propre défaite.
Quand une majorité “naturelle” ne tient pas 24 heures, il est indécent d’accuser les autres de ses propres turpitudes.

M.M.


Une question absente du débat

Il est à noter que lors des différents comptes-rendus de la presse écrite et audiovisuelle, les mêmes arguments sont invoqués pour expliquer la défaite de la ligne partisane de la majorité autoproclamée. Personne ne remet en cause la responsabilité des perdants de dimanche. Par contre, les explications avancées sont souvent les mêmes. C’est la faute à une alliance « contre nature » et à des élus aux motivations alimentaires.
Pourtant, les principaux responsables de leur défaite ne sont-ils pas les perdants ? Mais cette question est absente du débat chez les médias. Alors qu’elle est essentielle.


Revanche contre l’exclusion

Dès la mise en place de leur stratégie, le groupe d’élus UMP et divers droite a exclu Nassimah Dindar de la présidence. Pourtant, la présidente sortante estimait n’avoir pas démérité, et ces élus étaient les membres de sa propre majorité. Personne n’a justifié cette décision. Nassimah Dindar avait prévenu qu’elle chercherait à construire une autre majorité. Son élection dimanche apparaît donc également comme une revanche pour la présidente du Conseil général, exclue des responsabilités par ses alliés « naturels » sans aucune explication.