Elections

Les candidats communistes sur le terrain ...

Cantonales de Saint-Pierre

Témoignages.re / 13 mars 2008

Si la prime au sortant a permis de clore les élections municipales à Saint-Pierre dès le premier tour, reste encore le scrutin des Cantonales. L’électorat des 1er, 3ème et 4ème cantons ne doit donc pas se démobiliser, mais bien se rendre massivement aux urnes ce dimanche pour permettre aux candidats des forces de progrès de défendre l’intérêt général au Département. L’enjeu est d’importance.

Si les élections municipales ont toujours eu plus d’importance aux yeux des Réunionnais que les Cantonales, ce serait une erreur de déprécier l’enjeu de ce scrutin, décisif quant aux futures orientations politiques et budgétaires de la collectivité départementale dont la première compétence demeure l’action sociale. Veut-on encore que le social soit géré par la droite à La Réunion ? Ces responsabilités dans le domaine de la gestion des déchets, de l’agriculture ou encore de l’insertion professionnelle n’en sont pas moins importantes.

Les militants communistes sur le terrain

Privilégiant le porte-à-porte aux réunions publiques - qui, selon Krishna Damour, mobiliseraient moins l’électorat une fois le maire en place -, les militants rassemblés autour de la candidature de la relève communiste battaient à nouveau le pavé hier à la rencontre des habitants des quartiers de Ravine Blanche, à Condé-Concession, dans le 3ème canton de Saint-Pierre. Ce travail de proximité est d’autant plus important que l’électorat semble moins mobilisé pour les élections cantonales. « Beaucoup sont étonnés qu’il faille encore aller voter ce dimanche, note Krishna Damour. Il faut donc informer la population de ce second tour, mener un travail pédagogique pour remobiliser l’électorat ». Sur le terrain, le candidat se sent accompagné par une population qui lui réserve un « accueil chaleureux et positif ». En dépit d’un ballottage défavorable (voir par ailleurs), Krishna Damour se dit confiant. Il constate que « même si le maire est à droite, la population attend un rééquilibrage du pouvoir, une alternative au niveau départemental ». La confiance est aussi au rendez-vous de la campagne d’entre-deux tours conduite sur le 4ème canton par la candidate communiste Graziella Leveneur, elle aussi en ballottage défavorable (voir par ailleurs). « Les militants ne sont pas découragés, bien au contraire. Nous mettons toute notre énergie dans ce second tour », confiait hier la conseillère générale sortante, qui se dit en outre encouragée par les résultats obtenus par les forces de gauche partout dans l’île. Son équipe et elle ont repris la distribution de tracts et organisent des meetings tous les soirs aux quatre coins du canton, qui va des quartiers de Bois d’Olives à La Ravine des Cabris. Si les échanges avec la population se passent très bien, en revanche, Graziella Leveneur ne peut que déplorer les attaques, les violences dont elle fait l’objet : les affiches tagués d’insultes sexistes et machistes, les tracts injurieux distribués dans les boites aux lettres à une fréquence de 4 à 5 par jour. Un véritable acharnement.
Enfin, dans le 1er canton, l’équipe d’Elie Hoarau est elle aussi à pied d’œuvre, sur le terrain (Terre-Sainte, Grand-Bois, Montvert). « C’est reparti avec toute l’équipe de militantes et de militants », nous confiait hier le candidat communiste, qui bénéficie d’un « accueil très favorable et chaleureux » de la part de l’électorat dont le vote de confiance le conduit à un ballottage très favorable au second tour (voir par ailleurs).

Le Département doit développer une politique sociale plus solidaire

Aller à la rencontre de la population, mobiliser l’électorat est d’autant plus nécessaire que les enjeux liés au scrutin des Cantonales ne sont pas suffisamment pris en compte. Il ne s’agit pas simplement d’élire un candidat pour occuper un siège au Département, mais de choisir, sur la base d’un projet, un conseiller général capable d’influer sur les orientations de la collectivité ; capable, grâce aussi à une majorité politique en place, d’agir pour que le Conseil général exerce ses compétences au plus près des intérêts de la population réunionnaise. « La population a besoin que l’action sociale émanant du Département aille vers plus de solidarité, soutient Krishna Damour. L’Ère Nassimah marquée par un fort clientélisme n’a pas permis d’aider ceux qui en avaient réellement besoin. Plus que des effets d’annonce, la collectivité a besoin de réorientations budgétaires vers plus d’efficacité dans le domaine social. On le voit bien, la population s’appauvrit ; beaucoup de personnes âgées sont isolées. Il y a trop de dispersion entre les institutions chargées de l’insertion sociale, trop de fonds versés à trop de prestataires de services, trop de complications administratives. Le public s’y perd. On a besoin de réels outils d’accompagnement et de service à la personne ». C’est en défendant cette vision et ce projet d’action que le candidat de 37 ans mène campagne et espère un changement de majorité politique au sein de la collectivité qui doit, selon lui, encore pallier les insuffisances structurelles dans le Sud.

Il faut renforcer le partenariat entre les collectivités

« Quelle politique mener au Département et quelle majorité réaliser autour de ce projet ? », telle est la question, l’enjeu de ce scrutin, pour le secrétaire général du PCR, qui rejoint l’analyse de Krishna Damour, et va plus loin. « Nous avons un programme qui met l’accent sur la compétence essentielle du Département, à savoir le social, et compte tenu de la dégradation du niveau de vie de la population réunionnaise, il est nécessaire de mettre en œuvre une politique de solidarité. Il y a de grandes attentes chez les personnes handicapées, les personnes âgées et la petite enfance, là où l’on accuse déjà beaucoup de retards en matière d’équipements et d’encadrement. Il faut pallier ces lacunes », soutient ici encore Elie Hoarau. « Comment, également, anticiper sur ce qui attend l’agriculture réunionnaise ? », interroge encore le candidat du 1er canton, qui rappelle que le Département est aussi compétent dans ce secteur. La fin de l’OCM-Sucre, les Accords de Partenariat Economique (APE) sont autant de réformes majeures qui vont avoir un impact sur la production locale qui doit dès lors se préparer à affronter ces bouleversements.
Ces questions doivent être présentes dans les débats, les dossiers analysés, les alternatives anticipées. La gestion de l’eau, les emplois précaires, le logement social... « ce sont manifestement des problèmes extrêmement importants, graves, qui nécessitent de la détermination ». Et Elie Hoarau de plaider encore en faveur de la défense et du travail en commun au service de l’intérêt général : « Il faut plus que jamais renforcer le partenariat entre toutes les collectivités, Département, Région, Etat, EPCI et communes, car seul, on ne peut pas régler tous les problèmes ; Il faut déterminer une politique autour de ces thèmes et réaliser une majorité. Il faut encore caler les objectifs avec les efforts financiers à fournir, tout en se disant que les contributions financières qui pourraient être demandées à la population sont aussi affaire de niveau de vie et de pouvoir d’achat ».

Qui va payer les réformes en cours et à venir ?

Un pouvoir d’achat au cœur des préoccupations de la conseillère générale sortante Graziella Leveneur inquiète quant au financement des réformes entamées et à venir que va devoir supporter le Département. Il s’agit de la mise en place, cette année, du RSA (Revenu de Solidarité Active) et du CUI (Contrat Unique d’Insertion) qui exclut les jeunes de 18 à 25 ans et « n’est donc pas adapté à la situation réunionnaise car le taux de chômage des jeunes est ici beaucoup plus important qu’en Métropole », rappelle la candidate communiste. « Avec les réformes qui nous attendent en 2009 et 2011, le pire est à venir, soutient-elle. Si l’on ne récupère pas le Conseil général pour opposer une résistance aux lois Sarkozy, c’est un boulevard ouvert qui va écraser encore plus la population. Ces mesures vont engendrer un surcoût de 3 millions d’euros pour le Conseil général, sachant en outre que l’Etat lui doit encore 200 millions au titre du RMI et de l’APA, non compensés ».
Dans le cadre de la loi sur l’aide aux majeurs en difficulté, il faudra que la collectivité soit en mesure, en 2009, de financer la MAP (Mesure d’Accompagnement Personnalisé), dispositif qui devrait concerner beaucoup de personnes à La Réunion, soit un budget d’importance à débloquer. Au 1er janvier 2010, le Département devra être capable de financer la PDA (Prestation Dépendance Unique), nouvelle allocation qui fusionne l’Allocation Personnalisée d’Autonomie et la Prestation Compensatrice du Handicap, et s’adresse à toute personne dépendante sans forcément être handicapée.
En 2011 encore, si la taxe pour les poids lourds est appliquée à La Réunion, ces derniers circulant sur les routes départementales devront payer 12 centimes d’euros par kilomètre parcouru, soit un impact important pour les entreprises. « Toutes ces mesures vont-elles être accompagnées d’un transfert financier de l’Etat ou, là encore, enregistrera-t-on des insuffisances de compensations ? Qui va payer ? Quel impact sur le pouvoir d’achat des Réunionnais ? ». La majorité politique actuelle au Département se pose-t-elle les mêmes questions essentielles ? Rien n’est moins sûre, et c’est pourtant l’un des enjeux centraux de ce scrutin : se poser les bonnes questions et y répondre.

Stéphanie Longeras