Elections

Partager des projets plus que des postes

Elections au Département :Le groupe Alliance propose le pari du rassemblement

Témoignages.re / 22 mars 2008

Le choix d’un exécutif pour présider le Conseil général est une chose, mais sur la base de quelles perspectives ? Les conseillers généraux du groupe Alliance ont, eux, des propositions à soumettre à leurs homologues pour une union d’idées, de projets, plus qu’un plébiscite de personnes.

Les conseillers généraux du groupe Alliance n’ont pas voulu s’associer à la stratégie privilégiée par les 26 élus qui ont validé la candidature de Jean-Louis Lagourgue. Une stratégie politicienne centrée sur la distribution des postes et non sur l’essentiel : un projet pour la Collectivité, pour La Réunion. Ils prônent l’union sur une plate-forme de projets pour le développement de La Réunion, et ce n’est qu’après que les responsabilités pourront être partagées dans le respect de la volonté d’alternance exprimée par les électeurs.

Se préparer aux défis

Protéger les populations les plus défavorisées du poids de la crise et de l’aggravation de la situation sociale est la première orientation que le Département doit adopter, selon les élus du groupe Alliance. « Le vote de dimanche est aussi la traduction de la grande détresse de la population, des difficultés de notre jeunesse », soulignait jeudi Alain Zanéguy lors de la conférence de presse tenue par les élus pour expliquer les raisons de leur boycott. « Il est inconcevable qu’une partie des élus se cantonne à une "majorité entre nous" -d’ailleurs relative et fragile -, à une distribution de postes au lieu d’en tenir compte ». La Collectivité doit également s’inscrire dans un projet de développement durable tenant compte des défis qui s’offrent à La Réunion. Des défis locaux tels que ceux de l’emploi, du logement, des déplacements, de l’aménagement du territoire... mais aussi des défis mondiaux. Isolée géographiquement, notre île subit fortement, elle aussi, l’impact de la mondialisation.

Comment s’adapter à l’augmentation du coût des matières premières qui pèse sur le pouvoir d’achat des ménages, leur première préoccupation ? Comment supporter les effets de la libéralisation des échanges avec la réforme des APE (Accords de Partenariat Economique) qui menace la production locale ? Comment anticiper encore la réforme de l’Octroi de mer en 2014 qui risque de sur-infecter les finances des collectivités qui souffrent déjà du désengagement financier de l’Etat ? Amplifier l’aide aux communes est une piste à laquelle adhèrent les conseillers généraux de l’Alliance. Mais ce partenariat rapproché entre Département et communes ne saurait là encore occulter la mutation du paysage politique lors de ces dernières élections, comme le rappelle Eric Fruteau.

« Il y a des élus qui travaillent sur de vrais projets... »

Le groupe Alliance prône ainsi une collaboration resserrée entre la collectivité départementale et les communes mais aussi avec les EPCI, la Région, l’Etat et « avec les forces vives représentatives du monde social, économique, culturel, associatif », ajoute Maurice Gironcel. Les élus en présence souhaitent que cette dynamique d’ouverture constructive fédère le plus grand nombre, et Eric Fruteau de soutenir que « nous voulons peser de toutes nos forces pour cette ouverture ». Plus qu’une majorité de personnes qui se partageraient les responsabilités, les titres, les postes, le groupe Alliance veut constituer une majorité d’adhésions sur la base de propositions qu’elle décline au sein d’une plate-forme. Une plate-forme qu’elle aura soumise avant dimanche aux différents élus.

Si l’élection du président est une étape importante dans la vie de la collectivité, ils sont néanmoins 49 élus à y siéger ; 49 personnes qui portent chacune la responsabilité, octroyée par le peuple, de défendre l’intérêt général. La politique du « bloc contre bloc » fera-t-elle avancer les grands dossiers ? « Au-delà de cette mascarade que nous dénonçons, il faut dire qu’il y a des élus qui travaillent sur de vrais projets pour le développement de La Réunion », insistera la benjamine des conseillers généraux, Monica Govindin. Des projets pour le Département qui s’appuient sur deux axes centraux d’actions que sont la cohésion sociale et le développement durable (voir par ailleurs) et qui devront mobiliser, au-delà des seules compétences du Département, un large faisceau d’acteurs institutionnels.

« Rien n’est perdu »

Jeudi, les élus du groupe Alliance ont souhaité par leur absence au Palais de la Source refuser cette conception et pratique de la politique qui occultent les vrais enjeux comme l’expression démocratique de la population. « Il faut revenir à une situation plus conforme à la morale et à notre position », relevait Maurice Gironcel qui, en tant que responsable du groupe, aura à charge de contacter les élus pour tenter d’ici dimanche de fédérer le plus grand nombre autour d’un projet d’actions. « Si on est là, c’est qu’on considère que rien n’est perdu », a-t-il conclu. On saura dimanche si le pari de l’intelligence lancé par le groupe de l’Alliance et par l’électorat avant, lui, primera sur les mises personnelles et considérations partisanes.

Stéphanie Longeras


Une plate-forme qui s’appuie sur deux grands axes

La cohésion sociale

• Economie alternative
Les conseillers généraux du groupe de l’Alliance souhaitent que les potentialités d’insertion offertes par l’économie alternative soient pleinement optimisées. La Réunion compte de grands besoins dans les domaines de l’environnement et des services à la personne. Des milliers d’emplois d’utilité publique peuvent être créés. Il faut pour cela mobiliser tous les dispositifs d’insertion dans ces secteurs, notamment les emplois aidés dont la jeunesse ne doit pas être exclue. On sait que les 18-25 ans ne peuvent bénéficier des 10.800 CUI (Contrat Unique d’Insertion) promis à notre département, alors que le chômage dans cette tranche d’âge est particulièrement important à La Réunion. La Collectivité doit donc peser auprès du gouvernement pour faire entendre cette spécificité et ainsi favoriser l’insertion professionnelle de la jeunesse.

• Logement
« Le Département doit prendre l’initiative d’une programmation pluriannuelle de logements sociaux, plaider auprès de l’Etat pour une révision dans ce sens de la Ligne Budgétaire Unique », développe Maurice Gironcel. Ce mode de financement s’applique avec efficacité en Métropole, pourquoi pas à La Réunion, où les retards et besoins sont énormes ? Sur la question du foncier, en lien avec le logement, l’Alliance propose que le Comité Départemental de l’Habitat pilote la mise en place d’un partenariat rapproché Région/Département/Etat permettant de tracer des objectifs clairs sur la base des schémas d’aménagement et des outils disponibles (EPFR pour les réserves foncières, AGORAH pour l’expertise).

• Education
Parallèlement à la construction des collèges, il faut œuvrer à la réhabilitation des écoles de l’île. Si elles ne dépendent pas directement de la responsabilité du Département, l’Alliance estime que les communes doivent être aidées en ce sens, avec l’appui de l’Etat et de la Région. Le cas des emplois précaires de l’Education nationale et du déficit chronique de personnels techniciens doivent aussi mobiliser la collectivité, qui doit plaider auprès de l’Etat pour obtenir des engagements budgétaires sur la base d’un état des lieux et d’un plan de rattrapage. Enfin, la question des élèves en difficulté qui représentent une part importante de l’effectif scolaire doit, pour les conseillers généraux, conduire à la mise en place d’une réflexion avec le monde éducatif.

• Mobilité

La réussite d’un projet de mobilité doit s’appuyer sur de solides partenariats avec les entreprises et collectivités de Métropole qui doivent, selon le groupe Alliance, se développer pour atteindre les objectifs fixés. La réussite passe également par l’association des ressortissants réunionnais vivant en Métropole à cette politique de mobilité.

• Vie culturelle, sportive et associative
Communes, intercommunalités, Région... sur ce point encore, le Département doit favoriser une meilleure coordination entre les partenaires pour « garantir une stabilité du soutien au tissu associatif, d’une part, et une meilleure programmation au niveau des équipements culturels, d’autre part », mentionne la Plate-forme.

Le développement durable

• Agriculture
Le devenir de la canne et des planteurs doit également être au cœur des préoccupations du Département, qui doit agir de tout son poids pour défendre l’intérêt de la filière et de ses travailleurs et anticiper la réforme de l’OCM-Sucre. Il doit également s’attacher à suivre les préconisations inscrites au Livre Vert de l’agriculture en permettant la poursuite de la diversification agricole comme la conquête du marché intérieur, notamment en favorisant l’achat des produits locaux pour la restauration scolaire.

• Environnement

Les conseillers généraux du groupe de l’Alliance réaffirment ici leur volonté de développer les alternatives à l’incinération des déchets en créant des filières de valorisation et de recyclage. Là encore, des milliers d’emplois pourraient être créés. Outre l’achèvement du chantier de basculement de l’eau d’Est en Ouest, le Département se doit de développer des actions permettant d’économiser cette ressource fondamentale, voire de la stocker en réalisant des retenues collinaires. Endiguement des ravines, radiers : il est prioritaire de se pencher sur ces deux dossiers d’importance qui engagent la sécurité des personnes et des biens, sachant que le projet de création d’un syndicat mixte permettrait de planifier les aménagements à réaliser dans ce sens.
Enfin, l’Alliance ne saurait occulter d’aborder ici la question de la maîtrise de l’énergie. Elle prône bien sûr la promotion des énergies renouvelables et propose de rendre obligatoires l’installation des chauffe-eau solaires dans les logements sociaux et l’application des normes HQE pour toutes les constructions sous maîtrise d’ouvrage publique. Les responsables doivent sur ce dossier adopter une attitude volontarisme et exemplaire en termes d’efforts et de concrétisations.

• Routes et transports
Cohérence est ici le maître mot pour répondre à l’engorgement des voies de circulation et pallier l’asphyxie routière. Le groupe de l’Alliance propose l’élaboration d’un nouveau schéma des transports collectifs qui prendrait en compte l’extension du projet tram-train vers le Sud et, désormais, l’Est. En collaboration avec la collectivité régionale, le Département devrait également contribuer à la réalisation d’une route circulaire de moyenne altitude, dans le prolongement de la route des Tamarins, et agir en faveur de la modernisation du réseau départemental afin d’optimiser la desserte des agglomérations en relation toujours avec ce tracé.

• Développement local et communes

Les élus réaffirment ici leur soutien au renforcement du partenariat entre le Département et les communes. Concrètement, ils proposent une réévaluation des critères des Contrats d’Aides aux Communes (CAC) qui permettraient une meilleure prise en compte de leurs besoins, attentes et de leur situation financière, notamment pour les petites communes.

Compte rendu SL