Elections

Revue de presse

Témoignages.re / 18 mars 2008

• “Libération”
par Laurent Joffrin

« Monsieur le Président, il faut que quelqu’un vous le dise : vous avez perdu, et bien perdu, ces élections municipales (...). Ce premier scrutin, tenu dix mois après votre élection, se solde par un désaveu cinglant (...). Surtout, la mobilisation voulue par les partisans de Nicolas Sarkozy entre les deux tours débouche sur un fiasco (...). Le charme sarkozien s’est rompu en quelques mois (...). La gauche pavoise (...). Mais cette victoire est aussi lourde de menaces (...). Déjà, les nombreux pères et mères de la victoire se disputent le rejeton. Il faut enfin, pour gagner une mairie, proposer un plan réaliste et imaginatif, ce qui fut souvent fait. Où est-il à l’échelle du pays ? La critique abonde, mais les idées de changement font défaut. Il ne manque, au fond, qu’une seule chose à cette gauche devenue pour l’essentiel réformiste : des projets de réforme ».

• “L’Humanité”
par Pierre Laurent

« Le second tour des élections municipales et cantonales a confirmé et amplifié la défaite de la droite amorcée dimanche dernier. Plusieurs dizaines de villes supplémentaires sont conquises par la gauche, essentiellement par le Parti socialiste, et une large majorité de départements seront désormais gérés par elle. Plusieurs de ces basculements sont emblématiques, comme ceux de Périgueux, Toulouse, Reims, Caen ou Amiens. La sanction est claire et nette. Les Français demandent un autre cap, une autre manière de gouverner que celle qui est mise en œuvre depuis dix mois par Nicolas Sarkozy et son gouvernement. La défaite de François Bayrou à Pau indique que les Français ont bien choisi la gauche pour sanctionner la politique gouvernementale, et non des combinaisons centristes aux contours flous (...). Ce n’est pas seulement le style présidentiel qui vient d’être renvoyé dans les cordes mais bel et bien le cap de la politique gouvernementale (...). C’est l’une des leçons de ce scrutin. À politique nouvelle doit, plus que jamais, correspondre pratique politique nouvelle ».

• “L’Yonne Républicaine”
par Philippe Noireaux

« Les élections cantonales et municipales se sont bel et bien transformées en match retour de la Présidentielle et Législatives. Moins d’un an après la victoire incontestable de l’UMP, les Français ont donné à des élections aux enjeux traditionnellement locaux une dimension nationale (...). Les Français ont surtout adressé un avertissement clair à la majorité présidentielle. Le mécontentement général ambiant - lié essentiellement à la chute du pouvoir d’achat - l’a emporté sur toute autre considération. Un mécontentement qui s’est exprimé de deux façons : dans les urnes pour les électeurs de gauche ; dans l’abstention pour une bonne partie de l’électorat de droite. Nicolas Sarkozy a beau affirmer qu’il entend maintenir son cap, il sait qu’il y aura désormais un avant et un après-mars 2008. Il n’est pas sûr cependant que le changement de style annoncé du président suffise à regagner la confiance perdue. Quand bien même le chef de l’Etat reviendrait à un comportement plus proche de celui de ses prédécesseurs, plus que de toilettage de forme, c’est une action de fond que les Français attentent ».

• “La Montagne”
par Xavier Panon

« La victoire socialiste aux élections municipales et cantonales est impressionnante (...). Chaque camp, en fait, est face maintenant à un vrai problème politique pour lui-même. Et paradoxalement, la victoire du PS ne lui rend pas la tâche plus facile. Certes, pour donner une perspective à son omnipotence territoriale, il s’est érigé en protecteur des Français et il promet de transformer le vote sanction en vote d’avenir. Ce défi s’annonce plutôt délicat. (...) Le Président de la République comme le gouvernement ne sont pas, eux non plus, à l’abri de difficultés. La défaite montre les limites de l’UMP en configuration de parti unique. Elle souligne aussi la nécessité pour Nicolas Sarkozy de se présidentialiser davantage, ce qu’il annonce déjà. Elle révèle aussi le niveau des attentes qu’il sera difficile de satisfaire compte tenu de l’ampleur des réformes, de l’absence de marge de manœuvre budgétaire et des incertitudes mondiales ».

• “Le Progrès”
par Francis Brochet

« Et maintenant, que va-t-il faire ? Ce matin, les regards se tournent naturellement vers lui : que va faire notre Président ? Sans doute la même chose, mais autrement. Le même fond, sans la forme. Les réformes, sans la Rolex... Et l’on baptisera cela d’un mot subtil, "l’ajustement". Ajuster, pour adapter sans rien renier. Tout de même, l’on s’interroge : c’est comment, un Sarkozy ajusté ? On imagine moins de jogging, moins de tapes dans le dos, moins de « pauvre con », moins de Ray-Ban... Un Président qui habiterait la fonction, sans le yacht. Mais ne nous y trompons pas, il n’y aura pas moins de réformes. Car notre Président est persuadé que « l’immobilisme, c’est la mort ». Elu pour cinq ans sur une promesse de rupture, il continuera de rompre. Un Sarkozy ajusté, au fond, ça ressemblerait assez à un François Fillon. Mais ça, il faut surtout ne pas le dire au Président ».

• “La République du Centre”
par Jacques Camus

« Nicolas Sarkozy a subi hier son premier cuisant échec électoral de l’après-mai (...). Du coup, neuf mois après son arrivée à l’Élysée, Nicolas Sarkozy doit entrer dans une forme de cohabitation avec des pouvoirs locaux (régional, municipal, cantonal) largement ancrés à gauche. De quoi regretter un peu plus de n’avoir pas avancé le calendrier électoral local. En tout cas, il lui reste à tirer les leçons de cet échec plus personnel que collectif, qu’il ne saurait en effet imputer à la tiédeur mobilisatrice de l’appareil UMP ou au seul bilan des "sortis". Car ce retour aux urnes, avec la résurgence de la tentation abstentionniste, traduit bel et bien une forme de désenchantement chez les Français. Le PS ne s’y est pas trompé qui a entonné dans un étonnant concert à deux voix le couplet d’un impératif changement de politique (...). En réponse, François Fillon n’a pu que s’employer à dénier l’impact national du résultat de dimanche tout en s’engageant à réformer plus et plus vite. Sauf que cela se fera dans un climat de confiance altéré ».