Elections

« Saint-Paul commence une nouvelle vie »

Huguette Bello : députée maire de Saint-Paul
La fin de 40 ans de politique de droite

Témoignages.re / 17 mars 2008

Après 40 ans aux mains de la droite, la plus grande commune de La Réunion a basculé hier entre celles des forces de progrès emmenées par la première députée maire de l’ile : Huguette Bello. Une victoire sur le fil certes, à 138 voix, mais un second tour marqué par une très nette augmentation de la participation à l’image de l’envie de changement exprimée par la population saint-pauloise.

JPEG - 22.2 ko
Aujourd’hui Saint-Paul se lève d’un soleil nouveau comme Saint-André, deux victoires historiques qui transforment complétement le paysage politique réunionnais.
(photos SL)

Dimanche dernier, 436 voix ont permis un second tour frileusement favorable au maire sortant qui recueillait 43,18% des suffrages contre 42,06% pour Huguette Bello. Cette dernière qualifiait alors ce scrutin de « vrai duel » sachant, tout comme ses militants, que la course à la mairie serait serrée.

Une tension insoutenable

C’est d’ailleurs l’adjectif qui a prévalu durant les plus de 2 heures nécessaires à la centralisation des résultats obtenus dans les 122 bureaux de vote que compte la commune. 18 heures 35, à la permanence de Saint-Paul, les premières centaines recueillies sur une douzaine de bureaux affichaient 12,78% pour Bénard contre 12,59 pour Bello. Puis quelques minutes plus tard, le premier résultat définitif dans un bureau de Grand Fond : 113 voix pour la députée et 75 pour le maire sortant. Inutile d’oser avancer que généralement les premières tendances sont le reflet du résultat final car jusqu’à la dernière minute Huguette Bello ne voulait émettre aucun pronostic. Résultats favorables à l’Hermitage, Boucan, Saint-Gilles... l’électorat de la côte se tourne va la femme qui veut dynamiser le tourisme, donner au littoral la valeur qu’il mérite. Mais à un résultat positif succède un autre défavorable : l’élection du maire se joue à la dizaine. Pas d’abus de confiance donc mais une pression et un travail sur les nerfs qui marquent le visage de la candidate, éprouvée par des semaines de campagne sur le terrain. Elle contient toute émotion, sait pour avoir vécu nombre d’élections que seul le résultat final compte. Il est 20 heures 15 quand il ressort du collectage des militants que sur 112 bureaux, Huguette Bello arrive en tête avec 49,82% contre 49,73% pour le maire sortant. Mais la députée reste toujours et plus que jamais retenue. De toute part, les informations contradictoires fusent : Que dit la mairie ? Que dit la Préfecture ? L’attente est pesante, le suspens insoutenable. Des cris de victoire fusent alors dans la cour où continuent à s’amasser une foule de partisans aux aguets : Antenne Réunion aurait annoncé 53%. C’est impossible ! Huguette demande le calme et la retenue, l’écart sera plus serré que celui annoncé. Puis l’une de ses colistières vient lui souffler sa victoire. Blème Huguette ne veut toujours y croire, veut être sure. Tombe alors le résultat officielle : les forces de progrès remportent le siège de 136 voix.

Une victoire éclatante pour tous les militants

La candidate ne réalise toujours pas en dépit des ruades dont elle fait l’objet. Elle se saisit, demande encore confirmation. Oui Huguette Bello est élue maire de Saint-Paul avec 50,15% des suffrages contre 49,85% pour son opposant. C’est l’explosion de joie. Les militants s’embrassent, s’empressent, scandent le nom d’Huguette, pleurent, exultent. Sous le choc, elle fait force, sort pour les saluer, prend la parole face à une foule difficile à contenir, soulevée par un élan indescriptible. « Saint-Paul commence une nouvelle vie », seront ses premiers mots.

JPEG - 10 ko
Photo RP

« Nous savions que la victoire était à notre portée (...) Ce succès nous l’avons construit ensemble avec patience, détermination, courage, sans jamais faillir. » Elle parlera de victoire des militants, des amis disparus qui ne sont plus là pour partager ce grand moment mais qui ont tant lutté pour sa naissance. Elle parlera encore de « camouflet pour tous ces hommes politiques qui pensaient se vendre au plus offrant »*, mais rebondira aussitot sur la tache d’ampleur qui s’offre aujourd’hui aux nouveaux administrés pour servir la commune et sa population. Tourisme, environnement, agriculture, pêche... « Nous avons à coeur de faire de Saint-Paul la grande ville que veulent les Réunionnais, ouverte sur le monde. » Abassourdie, un large sourire illumine son visage épuisé, la clé de la ville entre les mains, tendue par la foule. La victoire a été serrée, mais il aura fallu rivaliser avec un appareil communal renforcé et mené à la baguette depuis le revers qu’a connu Alain Bénard pour les législatives, l’année dernière ; il aura fallu supporter les pressions, les rapprochements de dernières minutes entre le maire sortant et des dits opposants de toujours.

Mais déjà, Huguette Bello et ses sympathisants se tournent vers l’avenir pour engager un travail de fond avec tous les crops de métiers de la commune pour une gestion communale « solidaire, partagée et non clanique. » La maire restera députée, un mandat qui lui a été reconduit par trois fois et qu’elle connait bien ; « un plus pour Saint-Paul qui a besoin d’aller toquer aux portes des ministères. »
Aujourd’hui Saint-Paul se lève d’un soleil nouveau comme Saint-André, deux victoires historiques qui transforment complétement le paysage politique réunionnais.

Stéphanie Longeras


Participation en hausse et bulletins blancs et nuls en baisse

Le ralliement de certains dissendents à la liste de Thierry Araye, 6 collistiers pour etre plus précis n’aura pas suffit à renverser la donne, ni meme le soutien déclaré par le maire sortant de Clovis Pavaye (1,65%), de José Lauret (2,31%) et de Sylvain Vinguédassamy (0,58%). « Y’a une justice », lancera Paul Franco, l’un des décus de la liste de Araye, venu se joindre à la joie des militants hier au soir. Il faut dire que les Saint-Paulois sont allés massivement aux urnes hier. Le taux de participation est passé de 65,49% au premier tour à 72,73% au second et que les votes blancs et nuls se sont avérés en diminution (1861 au premier tour contre 1593 au second). Un constat donc : quand la population veut le changement, elle s’exprime.