Elections

Saint-Paul : « Il faut déblayer, travailler »

Au lendemain de la victoire

Témoignages.re / 18 mars 2008

Même si la victoire est historique, la Députée-maire Huguette Bello n’est pas femme politique à s’endormir sur ses lauriers, à “s’égocentrer” sur un succès qu’elle veut avant tout celui de Saint-Paul et de sa population. Dès lundi matin, le V de victoire a laissé place au T de travail.

Aux militants en transe dimanche soir à la permanence, la nouvelle maire n’a pas manqué de rappeler « la tâche colossale » qui les attend aujourd’hui : ne fermer aucune porte, mais, au contraire, rassembler compétences et volontés pour construire une ville plus apaisée et ouverte sur le monde.

« Je ne pleure jamais en politique »

Dimanche, une page de l’histoire politique de Saint-Paul s’est refermée sur 43 ans d’une gestion communale de droite ; 43 ans d’hégémonie, sans alternance. Le travail qui attend la nouvelle équipe municipale est à la mesure du profond bouleversement qu’induit ce basculement politique. Un renversement à 136 voix, un glissement en faveur de la liste de rassemblement conduite par Huguette Bello, qui parvient ici à créer la surprise de ces Municipales, soutenue par de fidèles et convaincus militants progressistes.

Jusqu’au dernier moment dimanche soir, elle ne voulait y croire tant le duel s’annonçait serré ; tant le déploiement de l’appareil municipal, depuis l’échec du maire sortant aux Législatives et durant toute la campagne, s’était avéré pressant, oppressant. Le surcroît de participations à ce second tour (72,73%, +7 points) pouvait conduire la députée sur le fauteuil de maire.

C’est ce qui s’est passé. Le ralliement tracté vers la candidature Bénard de certains dissidents des listes d’opposition à la droite n’aura pas suffi à infléchir la volonté de changement majoritairement exprimée à Saint-Paul.
Dans nombre de petits bureaux (en termes d’inscrits) habituellement défavorables (l’Hermitage, Boucan, La Saline...), l’électorat a basculé en sa faveur, alors que le maire sortant a confirmé son score sur les plus importants accrochés au cœur de la ville comme Savanna.

Quatre petits bureaux pour/ un grand contre, 50 voix d’avance puis 15 de retard : la balance a vacillé de droite à gauche durant tout le dépouillement, générant une tension croissante, un suspens insoutenable. Si les sympathisants ont laissé exploser leur joie sans demi-mesure - usant de ce “mouchoir de poche” qui a conduit à la victoire pour éponger sueurs de l’effort et larmes du réconfort -, bien qu’heureuse de ce dénouement, la députée promue maire n’a cédé à aucun excès d’émotion. « Je ne pleure jamais en politique », a-t-elle répondu à un confrère qui cherchait ses larmes. Sonnée par le dernier round d’un long combat de près de 40 ans, conduit par les forces de gauche pour reconquérir la commune, ne réalisait-elle pas la dimension historique du moment ? Qu’en est-il au lendemain du scrutin ? Réalise-t-elle ?

« On veut construire avec tout le monde »

« Je ne me pose pas ce genre de question. Je suis déclarée et j’avance. Il y a un combat à mener, il faut déblayer, travailler », nous confiait-elle en milieu de matinée hier, en route pour une réunion avec ses colistiers. Forte de ses 30 années d’expérience politique, celle qui entame son troisième mandat en tant que députée et son premier de maire demeure pragmatique et fidèle aux valeurs de l’effort pour servir de la population.

« Je remercie infiniment les Saint-Paulois. Nous avons une route à faire ensemble et je serai la maire de tous ceux qui ont voté et de tous ceux qui n’ont pas voté pour moi. Nous allons travailler avec tous les corps de métiers, toutes les couches sociales, chacun sera écouté. Aller vers l’autre : c’est comme ça que je conçois mon mandat : un mandat de proximité. Un travail extraordinaire nous attend. Il faut revenir aux fondements des compétences du Conseil municipal. Je vais faire au mieux ».

Les besoins du territoire sont à l’image de sa superficie (aménagement, logement, voirie, écoles primaires, crèches...), et pour y répondre, la députée-maire compte développer une politique d’ouverture et de partenariats. « Saint-Paul a toujours eu des relations de conflit avec toutes les collectivités, constate-t-elle. Il faut travailler avec les autres pour poser l’intérêt de Saint-Paul, sans pour autant accepter n’importe quoi.

On ne veut plus de ces désaccords chroniques, mais construire avec tout le monde : l’Europe, l’Etat, le Conseil général, la Région, les associations, les différentes Chambres consulaires, pour répondre aux problèmes de ses représentants sur la commune, avec le monde éducatif, sportif, culturel... pour une ville plus heureuse, moins stressée ».

« Respectueux des droits de chacun »

Pour instaurer ce nouveau mode de fonctionnement, activement et concrètement participatif, il faudra compter avec l’opposition municipale et un Alain Bénard qui, le soir des résultats, assure qu’il sera bien présent dans le camp adversaire, prêt déjà à regagner son siège face à une défaite qu’il qualifie de provisoire. Bello/ Bénard : la rivalité ne date pas de ce scrutin et la maire ne s’inquiète pas de cette opposition d’usage, légitime en démocratie. « J’ai toujours eu une opposition face à moi.

Il a terrorisé les Saint-paulois, mais il ne me fait pas peur. Nous sommes respectueux des droits de chacun, les siens seront respectés même si lui n’a pas toujours respecté ceux des autres ». Alors qu’Alain Bénard appelait dimanche soir encore « à la plus grande vigilance au sujet des employés communaux », la maire promue rappelle qu’ils n’ont pas à s’inquiéter de son accession à la tête du Conseil municipal. « Les employés communaux sont au service des administrés et ne seront pas obligés de servir d’autres intérêts. Ils seront libérés de sa tyrannie, ne seront plus des vassaux, mais bénéficieront du traitement de respect qui leur revient ».

Hier lundi, les colistiers étaient déjà à l’œuvre pour préparer l’installation du Conseil municipal fixé à ce samedi matin. Le virage qu’emprunte Saint-Paul est doublement historique qu’il sera conduit par une maire qui, on peut l’espérer, agira aussi pour que la politique s’organise en faveur d’une participation accrue des femmes.

Stéphanie Longeras

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Réaction de Jean-Marie Lasson, en tête de la liste de rassemblement d’Huguette Bello

« Loin d’être des "amateurs"... »

Un peu de Malox pour colmater l’estomac malmené par les tensions d’un dépouillement serré qui lui a fait « frôler la crise cardiaque », Jean-Marie Lasson était hier matin sur la brèche. La victoire est une chose, mais « on regarde surtout l’ampleur du travail à faire à la mairie. Les projets que l’on a portés durant la campagne doivent maintenant être mis en œuvre ». Dès que les conseillers municipaux seront investis, ils se mettront à l’œuvre avec leur feuille de route, « sur la base d’un partage de compétence, d’un travail d’équipe ». Jean-Marie Lasson rappelle que c’est la conception politique de la maire, qui conservera en outre son mandat de députée, fonction qu’elle connaît bien. Les « amateurs », colistiers d’Huguette Bello qualifiés comme tel par Alain Bénard, vont-ils s’en sortir ? « Le changement passe justement par une vraie délégation de pouvoir, soutient Jean-Marie Lasson, qui sourit de la référence. Loin d’être des amateurs, nous avons au contraire les compétences pour travailler autour d’elle, un vrai manager. Chefs d’entreprises, médecins... la diversité des compétences professionnelles qui se retrouvent dans la liste d’Huguette Bello peut amener un plus. Nous sommes également des gens de terrain qui, pour être issus de chacun des quartiers de Saint-Paul, connaissons bien les problèmes de la population. Le pouvoir ne se garde pas, mais se partage, et c’est ainsi que nous comptons faire fonctionner les choses ».

SL