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Election de l’exécutif du Département : les forces de gauche boycottent

Témoignages.re / 21 mars 2008

Faute de quorum hier matin, l’élection du nouvel exécutif du Département est repoussée à ce dimanche. Comment en effet cautionner une candidature et une répartition de postes pré-actée qui occultent la volonté d’alternance et de changement exprimée par la population réunionnaise les 9 et 16 mars ? Déni de démocratie et absence de programme : les forces de gauche boycottent.

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Les conseillers généraux du groupe Alliance, réunis à son siège rue Sainte-Marie, ont tenu à contester « cette politique du bloc contre bloc », à justifier de leur absence au Palais de la Source.
(Photos BBJ)

Ces élections municipales et cantonales ont traduit un basculement du pouvoir en place : Saint-André, Saint-Paul, Saint-Louis, Saint-Denis, Trois Bassins... : la droite a capoté. Deux électeurs sur trois ont adhéré au changement, ont sanctionné la politique en place ou répondu à l’appel prometteur du rassemblement (Saint-André en est l’exemple le plus parlant). Peut-on occulter cet appel en faveur de la diversité ?

«  L’hégémonie d’un parti qui veut se partager le pouvoir  »

Les Réunionnaises et Réunionnais ont envoyé un message fort à la classe politique. Mais les élus du Conseil Général, juste promus ou déjà en place, d’idéologie de droite, ou tendant vers, ainsi que ceux du centre, qui se refusent à prendre parti, semblent ne pas avoir pris note de cet appel. Ils étaient 26 (UMP, Modem, DVD) a avoir accouché aux forceps de la candidature de Jean-Louis Lagourgue à la présidence du Département mercredi soir à l’Etang-Salé, décidant dans la foulée de la répartition des postes à la vice-présidence. Grand absent de ce partage de pouvoir : les forces de gauche et de rassemblement qui ont récolté l’adhésion du peuple. Voterait-on pour voter ? Le bulletin des électeurs ne serait-il qu’un bout de papier sans voix, ni expression ? A 10 heures 30 hier matin, les conseillers généraux du groupe Alliance, réunis à son siège rue Sainte-Marie, ont tenu à contester « cette politique du bloc contre bloc », à justifier de leur absence au Palais de la Source. Monica Govindin, Jean-Yves Langenier, Yvon Virapin, Yvon Bello, Robert Nativel, Alain Zaneguy, Roland Ramakistin, Maurice Gironcel et Roland Robert (par délégation de voix) ont exprimé les raisons de leur boycott face à la presse. « Nous prenons en compte la volonté des électeurs qui souhaitent une autre politique qui tiennent compte de leurs difficultés économiques, sociales, de la baisse de leur pouvoir d’achat », précisait hier le maire de Sainte-Suzanne. « A travers son vote, la population a également condamné le sectarisme de la politique actuelle. » Et ce dernier de dénoncer « l’hégémonie d’un parti qui veut se partager le pouvoir sans tenir compte de la nécessité de rassemblement sur la base d’un projet. » Où est-il le projet de cette majorité ? L’Alliance qui fédère la société civile, le PCR, les forces vives de gauche et qui reste ouverte à tous ceux et celles qui veulent agir pour l’intérêt commun, croit et milite pour ce rassemblement des idées, cette union incontournable car favorable au développement de La Réunion, au delà des attentes personnelles et purement politiciennes.

« Nécessaire de se retrouver sur une plate-forme commune de développement »

Ethique. La moralité s’impose sur la scène politique. « Il y a nécessité d’une plate-forme, mais au-delà, il y a une exigence de morale politique. Avec ce bloc hétéroclite qui rassemble des gens qui se sont opposés (il n’est pas nécessaire d’énumérer tous les exemples d’incohérence), nous ne pouvons pas enterriner ce bloc », confirme le maire du Port. Selon lui, la moralité de même que l’apport d’idées, de projets, sont des exigences auxquelles les élus doivent répondre si tant est qu’ils appréhendent leur mandat comme un service rendu à la population, au pays. Et Eric Fruteau, homme de rassemblement s’il en est, de rappeler les nombreux défis qui s’offrent à notre Réunion du 21ème siècle : aménagement moderne et cohérent sur un territoire non extengible, difficultés sociales croissantes de la population, paupérisation des communes du fait du désengagement de l’Etat... « il est nécessaire de se retrouver sur une plate-forme commune de développement, de dépasser les clivages pour se concentrer autour d’un projet qui dépasse le seul cadre de gestion interne. Nous allons peser de toutes nos forces pour que cette ouverture se concrétise ; pour se rassembler autour d’un consensus, de l’essentiel pour La Réunion. » Cette « majorité entre nous, relative et fragilisée », Alain Zaneguy, émergence du MRA (Mouvement la Réunion Autrement guidée par Alain Armand) n’en veut pas. « Il faut dépasser ce cadre de distribution de postes ; il faut que le Conseil Général soit représentatif du vote des électeurs. »

«  Hold-up de l’UMP sur la politique départementale  »

Depuis dimanche soir, des contacts ont été pris entre les différentes représentations politiques en présence, mais le groupe Alliance déplore avant tout que les discussions soient ancrées sur le partage des postes et non sur le projet. Bien sûr que la distribution des responsabilités compte, mais elle refuse un quelconque soudoiement de fonction au détriment d’un « sur-doiement » de perspectives. Jour pour jour, le 19 mars 1946, on commémorait avant-hier le 62ème anniversaire de la départementalisation. Le passé politique de La Réunion qui a ouvert une large fenêtre à son développement, n’aurait-il plus aucun sens ? Son avenir serait ainsi dénué de perspective et de vision ? On ne conduit pas une voiture les yeux fermés. En cette semaine de courtoisie pour les automobilistes, l’Alliance demande aux responsables politiques, élus par le peuple, d’allumer leurs phares, de mettre un coup de projecteur sur les défis qui attendent La Réunion qu’ils soient mondiaux (la réforme du sucre, la flambée du pétrole et des autres matières premières...), nationaux (la décentralisation et le désengagement financier de l’Etat qui l’accompagne...) ou internes (la gravité de la situation sociale des ménages, la paupérisation des salariés et l’insécurité de l’emploi....). Elle se refuse à toute mascarade politicienne qui viserait à promouvoir des personnes, des exécutifs au détriment de perspectives pour La Réunion. Il lui reste deux jours pour faire entendre la voix de l’intelligence et de la morale politiques plus que de cautionner la « mascarade », comme qualifiée par la jeunesse politique qu’incarne Monica Govindin, qui lui est proposée, imposée. Partager les pouvoirs, c’est partager une envie de tendre vers l’avenir. Le PS qui tenait conférence hier refuse aussi ce « hold-up de l’UMP sur la politique départementale » et souhaite aussi que la voie des urnes soit entendue. Qu’ils soient de droite non tranchée, du centre en expectative, ou de la gauche progressiste : un rassemblement des élus est plus que jamais possible et nécessaire et ne choquera point s’il tend à défendre ce que chacun revendique par les urnes, dans l’intimité du vote et l’union du résultat : le rassemblement.

"Na in zour i apél domin"

On pourrait conjecturer sur l’élasticité du Modem qui garde « son téléphone ouvert » (voir par ailleurs) ; sur les possibilités de mouvances d’une droite en mutation (ou division), peut-être finalement sur le chemin du progressisme qui ne se retrouve pas totalement dans le schéma figé d’un parti national. On pourrait encore développer les propositions d’une Alliance (voir demain), de ces forces qui plaident pour le rassemblement comme on revendique une utopie, la paix dans le monde. Mais on ne ferait que se revendiquer d’une analyse politique qui n’appartient qu’aux femmes et hommes qui en ont la gestion. Laissons cela aux éditorialistes qui ont aussi leur place et ma foi, leur "gouté" dans cette démocratie. Mais laissons avant tout, sans les influencer outre le vote qui les a porté, les acteurs pré-agir en ces deux jours de "kozman" qui scelleront pour 7 ans notre avenir, celui de La Réunion. Espérons - puisque cela est source de vie - en leur intelligence et leur pragmatisme. Et puisque la voix des urnes et encore là, le peuple sera les sanctionner quand il faudra : "Na in zour i apèl domin". Oubli pa.

Stéphanie Longeras


Hier matin au Palais de la Source...
...Ca s’est passé comme ça

9 heures 30 hier matin au Palais de la Source : toujours aucun conseiller général ni de l’Alliance, ni du PS : pas de gauche dans sa diversité. Massée dans le hall de la collectivité, la foule de spectateurs est aux aguets : des sympathisants de tel ou tel, des maires déchus, le Président de la Chambre d’Agriculture... A l’étage les conseillers UMP, Divers Droite et Modem attendent un signe, un feu vert pour se présenter. A l’intérieur, les directeurs des services, de l’administration sont déjà en place ; les invités papotent, conjecturent à voix basse, se considèrent du regard, suivent les gesticulations des journalistes télé et radio qui assurent des directs. Les minutes s’égrènent et il ne fait plus aucun doute pour la presse : le quorum ne sera pas atteint. Les médias en présence se passent alors l’info : 10 heures 30, point presse au siège de l’Alliance et à celui du PS. En fait de feu vert, c’est donc un feu rouge, celui du boycott de la gauche, qui sonnera la descente des conseillers généraux. À la chaîne, ils pénètrent dans l’hémicycle. La présidente Nassimah Dindar fermera le bal. Les photographes mitraillent, les micros se tendent déjà pour recueillir les premières réactions. René-Paul Victoria comprend que l’« on cherche à gagner du temps pour mettre en place une nouvelle organisation » mais cette absence de quorum n’est, selon lui, « pas bon pour la démocratie » (!). Alain Bénard baisse le nez sur ses SMS, alors que la députée cilaosienne Anne-Marie Payet, le tend, en vain. Jean-Louis Lagourgue fait grise mine alors que Nassimah Dindar semble moins affectée.

Il manque 5 voix pour que le quorum soit atteint

En l’absence de la benjamine et conseillère générale au Port Monica Govindin, c’est le maire et conseiller général saint-leusien Thierry Robert qui fera l’appel : 28 conseillers généraux répondent présents alors qu’il en aurait fallu 33 (les deux tiers des élus) pour que le quorum soit atteint. Le retard remarqué d’Ibrahim Dindar (suivi de son compère Gino Ponin-Ballom) dont la présence n’a pu être comptabilisée, n’a eu aucune incidence sur le résultat final. Remarquée également la présence de Patrick Erudel, nouveau conseiller général du 2ème canton de la Plaine des Palmistes qui a détrôné dimanche dernier l’UMP Marco Boyer avec près de 53% des suffrages. Le jeune élu que l’on croyait Divers Gauche, qui avait rejoint mardi dernier le groupe “PS et apparenté” présidé par Gilbert Annette, s’affirme apparemment sans étiquette. Mais les apparences en politique sont souvent trompeuses. Faute de quorum donc, ce fut cette fois au tour du doyen des élus et conseiller général UMP du 2ème canton de Saint-Pierre, André Maurice Pihouée de prendre la parole pour renvoyer le rendez-vous à dimanche 23, même heure, même lieu. La séance est levée. Le rideau se baisse sur deux jours intenses de pourparlers en coulisse. Rassemblement au-delà des clivages gauche/droite autour de la candidature de Jean-Louis Lagourgue sur la base d’un projet ou nouvelle candidature portée par une nouvelle majorité de la diversité ? Tout reste possible, mais quelles que soient désormais les positions, quorum ou pas, dimanche, on connaîtra le nouvel exécutif du Département.

SL


Réactions en bloc

« 
Voir quelles sont les possibilités d’ouverture  »

« Je suis déçu qu’il n’y ait pas le quorum mais on s’y attendait. C’est le jeu politique », estimait hier matin en levée de séance Jean-Louis Lagourgue. « A 26, nous avons une majorité solide, il faut maintenant voir quelles sont les possibilités d’ouverture. »

Thierry Robert : « 
mon portable reste ouvert  »

On notera ici que le candidat à la présidence du Département ne fait pas figurer dans le décompte de cette majorité Ibrahim Dindar ; assuré que sa candidature ne serait pas soutenue par ce dernier et de douter également de celle de Gino Ponin-Ballom qui affirmait hier sa « volonté de rester à droite. » Ibrahim Dindar prenait quant à lui acte de l’exclusion dont il se disait victime de la part de "sa famille politique" (mercredi soir à l’Etang-Salé, la candidature de Jean-Louis Lagourgue et le partage des postes n’ont pas attendu sa voix - NDLR). S’il ne reçoit pas « un signal » de cette dernière, il envisage « soit de s’abstenir, soit de présenter (avec Gino Ponin-Ballom) notre propre candidature. » Le très convoité Thierry Robert qui a victorieusement remporté la mairie de Saint-Leu grâce au soutien du PCR puis du PS s’est quant à lui déclaré prêt à poursuivre les échanges. « J’ai été en contact avec tout le monde et mon portable reste ouvert. » Et de rappeler, face caméra, que plus que de répondre au seul jeu des tractations, son objectif était avant tout de servir la population sur la base d’un projet. C’est noté. A la question : Que vous inspire cette absence de quorum ? Le jeune élu nous confiera encore que « chacun a le droit de se défendre, de prendre le temps d’analyser la situation » mais que, quoiqu’il advienne, une décision sera prise dimanche. Autre Modem qui se dit « déçu de l’UMP », le conseiller général des Avirons, Michel Dennemont, invite à plus d’ouverture, de même que Cyrille Hamilcaro, maire déchu de ses fonctions à Saint-Louis qui a vu sa candidature à la présidence du Département refoulée en bloc par le trio UMP/DVD/Modem.

Nassimah Dindar ne « 
baisse ni la tête, ni les bras  »

Nassimah Dindar enfin, après 3 jours de pourparlers éprouvants qui l’ont fragilisée (bien qu’elle tente avec courage de le dissimuler) « ne baisse ni la tête, ni les bras. » « J’ai souhaité continuer à la présidence du Conseil Général et tous l’ont dit : je n’ai pas démérité. Mais je me plie à la décision de mes collègues : je ne le souhaite plus maintenant (...) Je continuerai à travailler quelle que soit la place que j’occuperais. » (3ème vice-présidence selon "la majorité des 26") Se déclarant elle aussi déçue de cette absence de quorum, elle a rappelé ne pas être femme de tractations (aucune rencontre avec le PS) bien qu’elle concède avoir rencontré Paul Vergès « le grand homme politique, pas le patron du PCR », pour aborder les grands dossiers qui concernent La Réunion. Et pour achever son acquis de franchise, Nassimah Dindar a réaffirmé son appartenance à l’UMP tout en précisant qu’il fallait tenir ici compte du vote des Réunionnais. Convaincue de droite, elle rejoint bien ici l’appréciation des forces de gauche. Plus que les étiquettes, ces deux jours vont permettre de dégager les convictions de chacun.

SL