Elections

Une nouvelle réalité politique est née après le 16 mars

Démissions à l’UMP : l’acte désespéré de piètres stratèges

Manuel Marchal / 27 mars 2008

Après trois échecs successifs en deux semaines, une grande partie des responsables de la défaite de l’UMP à La Réunion a décidé de démissionner de ce parti. Cette attitude peut être compréhensible, mais ce qu’il l’est moins, ce sont les arguments invoqués. Selon eux, leur défaite est due à la Direction nationale de l’UMP, à la présidente du Conseil général et à des élus qu’ils traitent d’« alimentaires ». Ils n’assument pas la responsabilité de l’échec de leur décision et ils montrent leur incapacité à prendre en compte le changement intervenu depuis le 16 mars.

La carte politique de La Réunion vient de connaître un profond bouleversement au terme des Municipales et des Cantonales.

D’abord, les scrutins des 9 et 16 mars ont été marqués par un taux de participation record. Cet élan était l’expression d’un profond ras-le-bol, d’un besoin de changement. Sur 24 communes, il y en avait 3 à direction communiste, à Sainte-Suzanne, La Possession et Le Port, et 2 à direction socialiste, à Saint-Joseph et Petite-Île. Au soir du 16 mars, le PCR dirige 6 coalitions, à Sainte-Suzanne, Saint-André, La Possession, Le Port, Saint-Paul et Saint-Louis. Il participe à des coalitions à Saint-Leu, à Saint-Benoît et à Saint-Joseph et il a contribué à la réussite des équipes dirigeantes de Trois-Bassins, des Avirons et de l’Entre-Deux. Le PS dirige des coalitions à Saint-Joseph, Saint-Benoît, Petite-Ile, Plaine-des-Palmistes et Saint-Denis. Il reste donc à la droite pure et dure 7 communes sur les 19 qu’elle détenait.

Mais un dernier carré persiste à ne pas tenir compte qu’une nouvelle réalité politique a vu le jour à La Réunion depuis les 9 et 16 mars.
Ils ont pensé pouvoir se racheter lors de l’élection de la présidence du Conseil général. Ils ont subi une nouvelle défaite le 23 mars et ont décidé de quitter la salle après la réélection de la présidente du Conseil général.

Ils n’expliquent pas leur responsabilité

Selon eux, 3 raisons expliquent leurs échecs.
Ils accusent la Direction nationale de leur parti, l’UMP, de les avoir torpillés. Ils invectivent des élus qui n’ont pas adhéré à leur stratégie. Enfin, ils font de Nassimah Dindar, Présidente du Conseil Général, l’artisan de leur défaite. Ces élus locaux, auxquels se sont joints 2 parlementaires, Didier Robert et René-Paul Victoria, ont décidé de démissionner de l’UMP et de boycotter la visite du nouveau secrétaire d’Etat à l’Outre-mer.

Or, jamais ces élus n’ont exposé leur niveau de responsabilité dans l’échec. À moins de considérer qu’ils n’ont aucune. Car à les écouter, dès jeudi 20 mars, ils étaient majoritaires. Mais alors, pourquoi leur majorité, au demeurant si solide, n’a même pas tenu une journée ? Il a suffi que le quorum ne soit pas réuni pour que leur stratégie soit mis en échec.

Comment pouvaient-ils penser que 20 socialistes et communistes exclus seraient venus pour cautionner leur propre exclusion ? Les élus de l’Alliance et du PS sont tout sauf suicidaires.

En s’autoproclamant majoritaires et en excluant les autres élus et la présidente sortante, ils ont recréé la logique de bloc à bloc. Enfin, en humiliant la présidente sortante, en lui imposant une majorité non-conforme à ce qu’elle espérait, ils ont fini par réveiller chez elle un réflexe de survie politique. D’ailleurs, le "JIR", qui suivait de près les tractations, annonçait en Une du 20 mars : “La droite tient son président” et en médaillon la photo de Nassimah Dindar, avec ce sous-titre : "En larme, Nassimah dit adieu à la présidence".

Dans ces conditions, comment peuvent-ils être crédibles en faisant porter à Nassimah Dindar (politiquement morte, selon leur projet), le résultat de leur défaite ?

La démission plutôt que le courage

L’affrontement bloc à bloc ne pouvait pas réussir parce que La Réunion a changé.

Nous ne sommes plus dans l’époque d’il y a 40 ans. Mais une très grande partie des électeurs n’était pas née à cette époque. Leurs vécus quotidiens sont donc totalement différents du contexte de l’époque. Et le résultat du scrutin l’a clairement exprimé : c’est un appel massif à mener une autre politique.

Dimanche dernier, environ 65% des conseillers généraux ont décidé de tenir compte de cette expression populaire. Ils se sont réunis autour d’un objectif : se mettre rapidement au travail afin de proposer à la population un projet qui répond à ses attentes. Car les défis sont énormes. Il s’agit de trouver une solution à des problèmes structurels, engendrés par un modèle de développement vieux de 50 ans qui s’avère incapable de créer suffisamment d’emplois, de garantir le droit au logement et de lutter contre la vie chère.

Le chantier est si important qu’il impose le rassemblement le plus large de toutes les bonnes volontés. Pour avoir oublié cette condition essentielle, les responsables de l’UMP ont choisi la démission plutôt que le courage qui caractérise les dirigeants en pareille circonstance.

Manuel Marchal


De l’appartenance à un grand parti

Pour justifier sa démission de l’UMP, Didier Robert estime n’être suffisamment pas entendu par Paris, et il rend la Direction nationale de l’UMP responsable de la réélection de Nassimah Dindar. Didier Robert décide également de se retirer du groupe UMP à l’Assemblée nationale en s’appuyant sur le même argument.
Didier Robert était membre d’un grand parti national, et du plus important groupe parlementaire de l’Assemblée nationale. Mais il ne soulève pas le fond du problème.
Mais l’homme n’est pas à une contradiction près. Il dit qu’il n’était pas d’accord avec la réduction des crédits alloués à la mobilité et avec le licenciement des TOS, cela ne l’a pas empêché de voter le Budget dans lequel étaient inscrites ces décisions. René-Paul Victoria a fait le même choix.


Pourquoi accuser Nassimah Dindar ?

Un argument invoqué par les démissionnaires de l’UMP amène à s’interroger. Ils estiment que « les nouveaux amis de la présidente n’ont pas voté le Budget 2008 ». Or, une grande partie des 20 conseillers généraux qui ont quitté la salle dimanche dernier après l’élection de la présidente a voté le Budget 2008 du Département. Pourquoi ont-ils donc décidé de ne pas reconduire Nassimah Dindar, alors qu’ils ont soutenu et voté le Budget qu’elle a présenté ? Pourquoi avoir tenté d’imposer une autre présidence ?
Habituellement, on reconduit le sortant. Pour le moment, ces élus n’ont pas donné d’explication, ni à l’intéressée, ni à l’opinion. Car le « tout sauf Nassimah Dindar » invoqué par Cyrille Hamilcaro ces jours derniers comme une exigence du MoDem pour adhérer à la tactique des piètres stratèges ne tient pas : les 4 élus de ce parti ont voté pour Nassimah Dindar dimanche dernier.