Aux Makes

Une construction illégale et dangereuse

12 juin 2004

On ne joue pas impunément avec la loi et avec la nature. À plus forte raison quand on est adjoint en charge de l’environnement à Saint-Louis.

Il y a environ deux ans, Jean-Louis Viadère, adjoint au maire de Saint-Louis Cyrille Hamilcaro, entreprend en toute illégalité la construction d’une quinzaine de bungalows sur un terrain lui appartenant aux Makes. L’affaire avait fait grand bruit à l’époque, dans la mesure où l’adjoint avait entrepris la construction de ces bungalows... sans permis de construire !
Le 28 janvier dernier, le tribunal correctionnel de Saint-Pierre condamnait Jean-Louis Viadère à 12.000 euros d’amende pour défaut de permis de construire. Pourtant, sur l’ensemble du terrain, si l’essentiel des habitations est encore en chantier, deux ou trois sont déjà terminées. Et comme par miracle, un panneau affiché à l’entrée du chantier affiche un numéro de permis de construire et la date de délivrance du dit permis : le 27 mai 2004 ! Soit à un jour près, quatre mois après le jugement du tribunal correctionnel de Saint-Pierre et près de trois ans après le début des travaux !

Un adjoint à l’environnement...

Pour un individu qui occupe les fonctions d’adjoint en charge de l’environnement, et qui, semble-t-il, serait employé par une SEM (société d’économie mixte) en charge également de l’environnement, cela fait un peu désordre. Dans le genre “fait ce que je dis, pas ce que je fais”, on ne fait pas mieux. Ou plutôt, on peut faire pire. La preuve.
Depuis un mois et demi environ, Jean-Louis Viadère a entrepris des travaux de terrassement sur une parcelle de terrain située au dessus des bungalows. Pas quelques coups de pioches. Des terrassements qui concernent des dizaines de milliers de mètres cube de terre et de roches pour réaliser, selon M. Viadère, "une aire de jeux". Des travaux pour lesquels il lui aurait fallu, selon les dispositions du code de l’urbanisme, un permis. Mais pourquoi faire ? Deux pelleteuses hydrauliques ont donc pris possession des lieux et ont réalisé une véritable saignée. Sans compter que toute la terre accumulée est entreposée juste au dessus des bungalows avec le risque, en cas de fortes pluies, d’une gigantesque coulée de boue.

Risque de glissement de terrain

Mais ce n’est pas le seul risque. En effet, Jean-Claude Vitry, artisan de son état, possède un terrain agricole jouxtant le terrain de Jean-Claude Viadère. Au départ, les deux terrains, pentus, certes, étaient au même niveau. Aujourd’hui, après les gigantesques travaux de terrassement entrepris, le terrain de Jean-Claude Vitry surplombe celui de Jean-Louis Viadère de plus de...quinze mètres ! Autrement dit, sans la réalisation d’un mur de soutènement de dimensions colossales, le risque de glissement de terrain est accentué. "Sur son terrain, M. Viadère fait ce qu’il veut, ce n’est pas mon problème. Mais ce qui m’inquiète, c’est qu’avec ces travaux de terrassement, c’est aussi mon terrain qui est en danger, et c’est aussi un danger pour lui, car si jamais il y a un glissement de terrain, tout va dégringoler chez lui et qui en sera alors responsable" ? En disant ces mots, Jean-Claude Vitry pense en particulier à ce glissement de terrain survenu il y a quelques jours à l’Entre-Deux où là, c’est carrément un mur qui aurait du être de soutènement, qui a cédé, libérant de grosses quantités de terre et de gravats.

Déclassement en vue...

De plus, selon certaines informations, il semblerait que le terrain de M. Viadère soit classé en zone agricole, mais - le hasard est grand - il sera bientôt classé par la mairie en zone touristique. On ne sait pas si, par le plus grand des hasards, seule la parcelle de Jean-Louis Viadère sera concernée par ce déclassement...
Pour sa part, Jean-Claude Vitry a déjà contacté la DAF, dont des représentants sont venus constater sur place l’étendue des dégâts. Il a également saisi le procureur de la République. Curieusement, ses démarches auprès de la gendarmerie n’ont rien donné. Tout juste s’est il entendu dire qu’il devait faire constater la chose par un huissier...
Pour la construction sans permis de ses bungalows qui a démarré en 2001, il a fallu attendre janvier 2004 pour que la justice prononce une peine d’amende de 12.000 euros. On espère qu’il ne faudra pas autant de temps pour cette affaire de terrassements, car les conséquences, avec le temps, pourraient être fort dommageables. On ne joue pas impunément avec la nature. À plus forte raison quand on est adjoint en charge de l’environnement.

S. D.


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Témoignages - 82e année


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