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4 juin, parNos peines
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25 octobre 2007

Elle est venue rapidement, elle est repartie très vite. Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer Mme Fadela Amara pour l’entretenir de la disparition des activités de production de nos centres-villes.
Dans les années 80, quelques ateliers subsistaient encore à Saint-Denis. On pouvait voir ce vieil ébéniste vernir ses sièges dans le bas de la rue Maréchal Leclerc, ou un ferblantier frapper et braser le zinc à côté d’une boulangerie de bonne renommée.
Ces fabricants d’objets ont disparu, ne restent plus que ce qu’on pourrait appeler les “artisans urbains” : fleuristes, charcutiers, photographes ou coiffeurs, qui pratiquent un art éphémère de consommation courante.
La présence d’activités artisanales au cœur des rues commerçantes est pourtant indispensable. Je me souviens qu’à l’Ecole Boulle, nous avions fait un sondage entre étudiants pour examiner les motivations qui nous avaient fait choisir nos métiers. La première était la filiation, transmission légitime des gènes de la passion. La deuxième motivation était plus étonnante, elle venait de ces marmailles qui, tous les jours en rentrant de l’école, collaient leur nez sur la vitrine du restaurateur de meuble, du ciseleur, du sculpteur ou du tapissier.
Il y a vingt ou trente ans, les grandes tendances de l’aménagement consistaient à extirper les artisans des centres-villes et à les installer en périphérie. Entre la fabrication et l’achat, il y a un geste qui est devenu sale, l’autre un acte plus valorisant.
Aujourd’hui, puisque les zones d’activités ne sont pas des aires de flânerie et qu’il n’y a plus d’échoppes entre l’école et la case, comment une vocation pourrait naître devant les yeux d’un enfant ?
Plus insidieux et beaucoup plus grave, les jeunes qui se baladent en ville ne voient plus d’ateliers et d’artisans, mais des boutiques et des vendeurs. On les prépare à la consommation et pas à la création, on en fait des acheteurs et pas des faiseurs. A La Réunion plus qu’ailleurs, du fait d’une histoire et d’une culture économique très courte, ces nouveaux paysages citadins induisent des comportements sociétaux qui changent la perception du public en général et l’orientation des jeunes en particulier.
Il serait très sain, dans le cadre de futurs programmes de rénovations urbaines, de réimplanter en centre-ville des petits ateliers, choisis notamment dans le secteur des métiers d’art. Les chalands contempleront ainsi des praticiens au travail, ce qui contribuera à revaloriser l’image des métiers manuels. Et un jour, quand l’un de ces artisans verra un enfant mettre de la buée sur sa vitre, il le regardera avec jubilation et tendresse : c’est son successeur.
Avec son label “Ville et Métiers d’Art”, la SEMA (Société d’Encouragement aux Métiers d’Art) peut mettre son expertise à disposition de ceux que ça intéresse.
J’aurais aimé en parler avec la Secrétaire d’Etat chargée de la Politique de la Ville. C’est pas grave, j’en parlerai aux candidats des prochaines élections municipales...
Nos peines
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