Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
D’Emmanuel Lemagnen
6 septembre 2007

Les métiers d’art réunionnais sont aujourd’hui fragilisés par l’absence d’un bon niveau de formation, une pression envahissante de l’importation et une réputation locale très critique.
Dans les prochaines semaines, les fameux “A.P.E.”, Accords de Partenariat Economique, qui vont considérablement assouplir la circulation des produits et la levée des taxes frontalières risquent de donner le coup de grâce à un secteur déjà souffreteux.
Le gouffre qui se creuse entre notre faible compétitivité et la performance du marché concurrentiel va amener l’artisanat pays dans les vitrines de nos musées et la production malgache, polonaise ou asiatique dans les boutiques de Saint-Denis.
Il ne faut pas perdre de temps à vouloir réduire nos coûts de production, l’écart étant irrattrapable ; une heure facturée par un artisan local correspondant à un mois de salaire d’une bonne main malgache.
Il ne faut pas rêver non plus en croyant qu’on s’en sortira parce que la France sera toujours le pays du luxe et de l’excellence, comme si tous ces pays qui savent nous copier depuis des décennies seraient incapables de se lancer sur ce marché encore plus juteux.
Dans un contexte géoéconomique très laborieux,
Notre seule force, notre unique atout consiste à nous ressourcer sur notre principale matière première, la matière grise.
Nous devons sans tarder engager un programme de formation pour installer une nouvelle génération de jeunes chefs d’entreprise, capable de s’adapter aux tendances du marché et de créer des produits originaux inscrits dans une authenticité culturelle clairement identifiable.
L’employabilité des hommes et la “vendabilité” des produits, sont les fondements du projet de l’Institut Régional des Métiers d’Art, qui va former des jeunes réunionnais en situation de réussite scolaire à de nouveaux métiers porteur ; la bijouterie de haute fantaisie, la coutellerie, la tabletterie, le verre, le luminaire, etc...
Si La Réunion n’est pas immédiatement réactive et n’inscrit pas dans ses priorités cet outil de formation, il est prévu que d’autres pays de la zone le fasse. Alors tout sera fini, nous n’aurons plus qu’à mettre la clef sous le paillasson, à fermer les sections d’apprentissage de la Chambre de Métiers et à ouvrir de nouvelles formations à la Chambre de Commerce, « vendeuses spécialisées en artisanat d’importation ».
Mais restons optimistes, car les métiers d’art qui sont à la charnière entre la culture et l’économie, entre l’art et l’industrie, représentent les traces des savoir-faire d’un peuple, que ce soit dans la décoration intérieure ou dans les valises des touristes.
Ces deux débouchés étant en plein essor, nul ne peut maintenant douter que la devise du grand Prix régional des métiers d’art ornera prochainement le fronton de la porte d’entrée de l’IRMA : “La main transforme l’idée”.
Nos peines
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