T’as commandé quoi à Noël ?

De la liberté, de l’égalité, de la fraternité

16 décembre 2006

Tout augmente. Le “coup” de la vie est difficile à encaisser. Difficile en effet de joindre les deux bouts d’une corde si raide qu’elle vous couperait, pour certains, l’envie de vivre. Souriez, c’est Noël sous les tropiques ! Ah ! si au moins il pouvait débarquer le gramoun à la barbe blanche, avec sa hotte remplie de cadeaux, et qu’il n’oublie aucune petite paire de savates deux-doigts posée sous nos pieds letchis, fruit de décembre dont la saveur arriverait presque à nous faire oublier l’amertume des autres mois.

Noël à l’Elysée

Comment faire pour l’acheter, cette foutue voiture télécommandée que son garçon regarde à chaque fois dans le magasin avec de gros yeux ronds près à sortir de leurs orbites ? Celle-là même qu’il appelle chaque soir de ses voeux en lui disant : « In momon, mwin sé in bon garson. Pèr Noèl-là, li sa aport amwin mon loto. In momon ? ». Il ne comprendra pas si elle lui dit que la prime de Noël a déjà été happée par les retards de paiement et les crédits du ménage, que les études de sa sœur ponctionnent le budget de la famille et que le ti-contrat de papa ne suffit pas à remplir la marmite. Non, il ne comprendra pas. Si ce n’est qu’en en voyant les voitures de ses copains dévaler dans le chemin le lendemain du jour béni, il saura alors que la vie n’est pas juste... que le Père Noël est un pourri ! Avec un peu de malchance, s’il tombe sur le Noël à l’Elysée, il se dira : pourquoi pas moi ?
Derrière les fastes et les guirlandes, les bûches importées et la neige artificielle, des milliers d’enfants pleureront sur les voitures télécommandées qu’ils n’auront pas. Mangez votre foie gras et autres fioritures en paix, regardez vos enfants déballer leur monticule de cadeaux, partagez avec eux ce plaisir de la fête, appréciez leur sourire de contentement d’un Père Noël qui ne les a pas oubliés... profitez tant que vous le pouvez, demain peut-être ne passera-t-il plus.

On a le droit de rêver

On en a marre. On veut que chaque enfant ait un cadeau à découvrir, un papier à déchirer, un rêve à porter. On ne veut plus allumer la télé pour, en regardant la misère des autres, la guerre, la famine, les maladies, ne plus oser se plaindre. On ne veut plus que la mondialisation, l’euro, le plombier de l’Est et les immigrés du Botswana excusent tout. On veut un lendemain meilleur, pas un jour moins mauvais. On ne veut plus se sentir coupables, incapables, irresponsables, victimes, paumés, mal-aimés, oubliés, abandonnés. On veut du travail pour nous et nos enfants. On veut payer pour quelque chose et ne pas dépendre de l’assistance. On veut que l’État freine ses dépenses, que Bernadette consomme moins de confitures, qu’elle prenne des tailleurs chez Tati, que tous les élus roulent en Deux Chevaux. On veut que les entreprises nous ouvrent leurs portes. On veut créer les nôtres. On veut du pain, du riz, de la liberté, de l’égalité, de la fraternité. On veut être dignes et respectés. On veut être entendus et pas écoutés. On veut du changement : des profits et des richesses pour tous. On veut de la justice. On veut la défense de l’intérêt général. On veut nettoyer la France au kärcher de ces racailles en cravates aux discours démagos. On veut des vacances en famille. On veut se soigner, se nourrir, se loger. On veut les meilleurs écoles pour tous, les meilleurs soins pour tous. On veut des rêves et de l’ambition, de la franchise et du courage... On a le droit de rêver : c’est Noël.

Stéphanie Longeras


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Témoignages - 82e année


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