La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Inauguration de l’école Anne-Marie Soupapoullé
22 juin 2009

Depuis vendredi, l’école s’appelle désormais Anne-Marie Soupapoullé, une femme qui a contribué à la naissance de centaines de Réunionnais à une époque où les futures mères donnaient la vie dans leur maison.
Vendredi dernier, lors de son discours d’inauguration de l’école Anne-Marie Soupapoullé à Ravine Daniel, la députée-maire de Saint-Paul Huguette Bello a souligné qu’il ne s’agissait pas simplement par cet évènement de donner un nom à une école, non plus d’inaugurer simplement un établissement scolaire, même si nous savons tous qu’une inauguration est toujours un bel événement, surtout lorsqu’il s’agit d’un lieu où se joue l’avenir de nos enfants. Cette manifestation, insiste-t-elle, souhaitée par l’ensemble des représentants siégeant au Conseil d’école, validée par le Conseil municipal, a une grande signification.
En effet, c’est d’abord une grande figure du quartier qui a été honorée.
Conformément au désir de la commune d’attribuer aux écoles du territoire non encore pourvues le nom d’une personnalité ayant marqué le quartier, le choix a été fait d’appeler l’école élémentaire de Ravine Daniel “École Anne-Marie Soupapoullé”.
S’adressant à cette dernière, Huguette Bello a rappelé : « vous êtes née en 1920, ici même à Ravine Daniel. Vos parents sont des colons. Ils sont à la tâche dès 5 heures du matin souvent jusqu’à 18 heures. Comme bien des Réunionnais de l’époque, la famille ne roule pas sur l’or. Ils travaillent dur pour un salaire de misère et pour recevoir leur part de maïs, de patates, de manioc ».
Anne-Marie Soupapoullé se marie en 1939 et fonde une famille, une grande et belle famille : 9 enfants en vie, 28 petits-enfants, 33 arrière-petits-enfants et 8 arrière-arrière-petits-enfants.
Elle offrait ses services
Dès l’âge de 27 ans, elle commence à exercer le métier de matrone, une vocation héritée de sa grand-mère et de quatre de ses tantes.
Comme ses aïeux, Anne-Marie aide les femmes à mettre au monde leurs enfants. C’est pour elle un véritable sacerdoce. Elle ne refuse aucune demande d’intervention et se rend sur les lieux, c’est-à-dire dans les maisons, de nuit comme de jour, qu’il pleuve ou qu’il vente. Elle s’y rend à pied bien sûr, longeant parfois des chemins « malisés » des sentiers « kas-kasé ».
Ses services, Anne-Marie Soupapoullé les offrait, tout simplement. Pour la remercier, on lui donnait parfois « ène tite volay », un peu de sosso maïs ou un peu de pétrole. Mais sa véritable satisfaction, son vrai bonheur était de voir des visages heureux lorsque l’enfant paraissait.
Entre Sainte-Thérèse, Dos d’Âne et Saint-Paul, la matrone de Ravine Daniel a fait naître des centaines d’enfants, parfois des jumeaux. Aucun mort-né. Il faut le préciser car il faut imaginer que nous sommes alors dans La Réunion des années 50 où le taux de mortalité est encore très élevé.
« Je suis sûre, dit la députée-maire, que parmi les enfants scolarisés actuellement, certains ont peut-être une grand-mère, un grand-père ou un parent proche que cette grande dame a aidé à naître ».
Elle a aussi dit son bonheur de voir le nom Anne-Marie Soupapoullé attaché désormais à cette école. « Vous aidiez les enfants à venir au monde. Cette école et son personnel dévoué leur ouvrent le monde du savoir. Dans les deux cas, une naissance. Et une grande responsabilité ».
Responsabilité d’autant plus grande, ajoute-t-elle, que Ravine Daniel est un des quartiers les plus défavorisés de La Réunion.
« Le pari de changer les choses »
Huguette Bello déplore les difficultés liées à son éloignement, auquel s’ajoutent un taux de chômage très élevé (trop élevé), un manque insupportable d’infrastructures et d’équipements publics. « Les piétons ne sont même pas en sécurité par l’absence de trottoirs », ajoute-elle, « pas d’abri non plus pour attendre les transports en commun », et de faire remarquer aussi que l’illettrisme, qui concerne près de 130.000 Réunionnais, n’épargne pas Ravine Daniel.
Dans ces conditions, dit-elle, les repères s’effacent et les liens sociaux se déstructurent. « Mais nous, à la Mairie de Saint-Paul, nous refusons la fatalité. Nous faisons le pari de changer les choses ».
Et comme il faut bien commencer par quelque chose, la Mairie va installer, dès décembre 2008, un point lecture, affichant par là la volonté communale de contribuer à la lutte contre l’illettrisme et l’analphabétisme.
Ce point lecture est un espace d’échange, de convivialité et d’enrichissement. Il doit devenir une sorte de trait d’union entre l’école du quartier et les familles.
Pour conclure, la députée-maire a tenu à saluer la volonté sans faille des personnels enseignants, administratifs et techniques, et rendre hommage à celles et ceux qui, chaque jour, travaillent à l’avenir des enfants de l’école de Ravine Daniel.
De cette école qui portera désormais le nom d’une femme dont le courage et le dévouement au service des autres seront des repères pour toutes les générations d’élèves, présentes et futures, qui étudieront à l’École Anne-Marie Soupapoullé.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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