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par le Dr Raymond Vergès

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« J’ai rencontré un homme et j’ai été honnête sur ma vie »

8 MARS JOURNÉE DE LA FEMME

Vivre maintenant

samedi 7 mars 2009, par Jean Fabrice Nativel


V. E. aujourd’hui vit une vraie relation de couple. Cela n’a pas toujours été le cas. Après avoir touché le fond, comme elle le dit, elle a refait surface pour s’épanouir.


Que représente pour vous le 8 mars ?

- C’est une journée de liberté pour les femmes, de dialogue aussi, une occasion de s’amuser, de rencontrer d’autres femmes.

Allez-vous fêter le 8 mars cette année ?

- Le 8 mars, c’est la veille de mon anniversaire alors cette année, je suis invitée chez mes parents pour fêter ça. Je ne participerai donc pas à des manifestations.

Vous qualifieriez-vous de féministe ou non ? Si oui, qu’est-ce que cela veut dire pour vous ?


- C’est une question un peu dure à répondre. Oui, je suis féministe, car les femmes ont le droit d’être égales à l’homme, nous avons été auparavant trop longtemps bafouées, prises pour des femmes au foyer. Les femmes d’aujourd’hui prennent le pouvoir dans leur vie professionnelle. Elles sont indépendantes et osent sortir de l’injustice familiale. J’admire beaucoup Huguette Bello, les femmes de tête. Une phrase que j’aime bien, « derrière un grand homme se tient toujours à sa droite une femme » de pouvoir.

« Derrière un grand homme se tient toujours à sa droite une femme »

Qu’elle est pour vous l’avancée la plus importante acquise grâce à la lutte des femmes : droit de vote, contraception, avortement, possibilité d’ouvrir un compte en banque, divorce par consentement mutuel, loi contre le viol, contre les violences conjugales...?

- La plus grande étape fut bien sur le droit de vote car à partir de là, nous avons pu voter pour les personnes qui ont fait de grandes choses pour les femmes. Tout est un enchaînement.

Vous avez connu une descente aux enfers avec la maltraitance de votre époux, pouvez-vous nous en parler ? Comment vous êtes-vous aperçue que vos rapports avec votre mari devenaient des rapports de forces ?

- J’ai fait la connaissance d’un étranger quand j’ai vécu à paris, je suis tombée amoureuse, et pour moi, l’amour n’avait pas de frontière. J’ai vécu dans un miroir, un rêve, avant qu’il me demande en mariage. Alors les choses ont changé très rapidement. Le mensonge, les insultes et surtout les gestes violents.
Je ne pouvais plus montrer mon autorité, ni même prendre des décisions pour notre couple. Je payais presque tout, et lui, il faisait des économies. Au fur et à mesure, j’ai perdu de ma personnalité, de ma confiance. Il savait se faire pardonner en m’offrant des cadeaux ou bien les mêmes phrases perpétuelles « je regrette, je te promets, j’ai compris que c’est mal, j’ai changé » et reprendre notre vie comme si tout était parfait. Mais après, c’était la même chose. Je n’arrivais pas à le quitter car je l’aimais, je n’avais pas d’endroit où aller. Je n’avais pas ma famille et ne voulais pas déranger mes amies avec ma souffrance. J’ai vu le fond. J’ai réagi quand sa mère est venue nous rendre visite. Elle n’a pas pris ma défense. Elle m’a juste dit qu’une femme doit supporter les violences verbales et gestuelles de son mari, que son fils n’avait pas encore son visa pour être français à cause de moi.

Qu’est-ce qui vous a permis de trouver la force de quitter le domicile conjugal et surtout de ne pas y revenir ?

- Là j’ai compris énormément de choses et j’ai eu le courage et la force de partir. J’ai déposé une main courante au poste de police pour violence et abandon du domicile conjugal. Je suis partie de la maison et je suis allée me réfugier chez une amie. J’ai tout quitté à Paris pour rentrer chez mes parents à l’île de La Réunion. Là j’ai vu toute ma vie : mes moments de bonheur et les malheurs que j’ai eus. Je me suis rendu compte que je n’avais pas été heureuse.

Une décision, le divorce

Comment vous en êtes vous sortie ?

- J’ai pris la décision de demander le divorce car j’avais ma famille et mes amis à mes côtés, ils ont été ma force, et encore aujourd’hui.

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

- Malgré la distance, il continue encore à me faire du mal car j’ai fait une grosse erreur. Je me suis mariée sans avoir fait de contrat de mariage, donc sous le mariage de la communauté. Je n’ai pas réagi car mes parents ne l’ont pas fait et puis j’avais confiance, j’étais amoureuse. Mais il a fait un prêt et j’ai du signer comme cautionnaire. Aujourd’hui, la banque me menace de rembourser le prêt car il n’a jamais rien payé. Je suis révoltée et je me le reproche énormément, je me dis tous les jours que si je pouvais revenir en arrière, je n’aurais jamais fait cette erreur, mais voilà, c’est fait, et je dois vivre avec malgré moi.

Pourrez-vous refaire confiance à un homme ? Aimer à nouveau ? Vous remarier ? Avoir des enfants ?

- J’ai rencontré un homme et j’ai été honnête sur ma vie, mes souffrances et mes problèmes. Il a été merveilleux de compréhension, de patience et de soutien. Aujourd’hui, je me sens prête à me redonner une chance de reconstruire une nouvelle vie.

Avoir confiance en soi

Quels conseils donneriez-vous à une femme qui se marie aujourd’hui : vigilance avec des alertes, des bilans réguliers pour voir si la relation reste saine : respectueuse, égale, partage de tâches, entraide…, contrat de mariage, garder à tout prix un travail… ?

- Si je peux donner un conseil aux femmes et hommes, car il y en a aussi, il faut garder sa confiance en soi, écouter les conseils de sa famille, ne pas se laisser maltraiter par une autre personne. Protégez-vous surtout légalement, faîtes un contrat de mariage quelque soit la vie de votre futur conjoint. Apprenez bien à le connaître, donnez-vous une vraie chance de bonheur tout en étant vigilante.

Jean-Fabrice Nativel


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