’Plaisir de lire’ de Georges Benne

L’invitation au voyage

2 avril 2008

Mon enfant, ma sœur,
songe à la douceur
d’’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
aimer et mourir
au pays qui te ressemble !

Baudelaire a souvent rêvé de partir vers des contrées lointaines...
Dans cette invitation au voyage,
il convie, non sa propre enfant mais la femme-enfant,
non sa sœur de fratrie mais son âme-sœur, à l’accompagner “là-bas”, au “bout du monde”.

Pour le poète, il y a plus qu’une ressemblance entre le paysage et la femme aimée :

Les soleils mouillés
de ces ciels brouillés
pour mon esprit ont les charmes
si mystérieux
de tes traîtres yeux,
brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
polis par les ans,
décoreraient notre chambre ;
les plus rares fleurs
mêlant leurs odeurs
aux vagues senteurs de l’ambre,
les riches plafonds,
les miroirs profonds,
la splendeur orientale,
tout y parlerait
à l’âme en secret
sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
dormir ces vaisseaux
dont l’humeur est vagabonde ;
c’est pour assouvir
ton moindre désir
qu’ils viennent du bout du monde.
Les soleils couchants
revêtent les champs,
les canaux, la ville entière,
d’hyacinthe et d’or ;
le monde s’endort
dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
luxe, calme et volupté.

Charles Baudelaire


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