Les déficients auditifs à La Réunion - 2 -

La compensation du handicap chez les déficients auditifs

10 juin 2008

Les aides techniques sont dans l’ensemble peu utilisées sur l’île

A La Réunion, le recours aux aides auditives est peu fréquent et concerne de manière quasi-exclusive les appareils auditifs. En effet, le recours au matériel audiovisuel est quasi-inexistant chez les déficients auditifs (1% de cette population). 
En ce qui concerne les aides pour entendre, 7% des déficients auditifs réunionnais déclarent en utiliser (une ou plusieurs), ce qui représente environ 2 milliers de personnes. Leur usage est proportionnellement plus fréquent en cas de déficience auditive moyenne à profonde (11% des personnes y ont recours) que chez les personnes ayant une atteinte légère à moyenne (2%).
Par ailleurs, les personnes âgées de 60 ans et plus utilisent plus fréquemment ce type d’aide que les personnes plus jeunes (9% des 60 ans et + contre 6% des moins de 60 ans).

Les besoins non satisfaits sont nettement plus importants que les usages

En effet, dans la région, 26% des déficients auditifs (plus de 11.000 Réunionnais) déclarent avoir besoin d’une aide pour entendre, mais ne pas en posséder. Tous degrés de sévérité confondus, seuls 22% des besoins exprimés sont satisfaits. Le taux de satisfaction est plus élevé pour les déficiences auditives moyennes à profondes que pour les déficiences légères à moyennes (23% contre 14%). Le taux de satisfaction augmente également avec l’âge : près de 30% des besoins ressentis sont satisfaits chez les déficients auditifs âgés de 60 ans et + contre 15% avant cet âge.
En ce qui concerne le matériel audio-visuel, moins de 2% de la population des déficients auditifs déclarent en utiliser (moins de 500 personnes concernées). Toutefois, près de 2.000 personnes (5% des déficients auditifs) en expriment le besoin. Le taux de satisfaction est de l’ordre de 24%. 
En effet, les données nationales montrent que ces aides sont principalement utilisées par les personnes ayant une déficience profonde à totale ou une déficience moyenne à sévère : ces deux groupes de déficients représentant la grande majorité des utilisateurs (77%). Ce matériel adapté aux malentendants est utilisé par une population relativement âgée : les plus de 60 ans représentant plus de 64% des utilisateurs en Métropole.
Le faible taux d’utilisation des aides auditives est retrouvé au niveau national.
Selon l’enquête HID nationale, le taux d’utilisation des aides pour entendre est de 13% et le taux de satisfaction approche les 40% des besoins. Les autres études sur le sujet font état d’un taux de l’ordre de 15 à 17%. Les chiffres nationaux s’avèrent ainsi bien meilleurs que ceux présentés au niveau local.

Usage et besoins des différentes aides auditives déclarés (%) 
La Réunion (2004), Métropole (1998-1999)

Usage déclaré Besoin déclaré Usage +
besoin
Taux de satisfaction des besoins [5]
Aide pour entendre
Réunion 7,4 26,0 33,4 22,1
Métropole 12,9 19,6 32,5 40,0
Matériel audiovisuel
Réunion 1,3 4,0 5,3 24,8
Métropole 2,3 3,1 5,4 42,0

Même si les déficients auditifs sont conscients de l’utilité de prothèses auditives, plusieurs freins peuvent expliquer cette faible utilisation des aides auditives, parmi lesquels on peut citer : le rejet psychologique : le port d’un appareil auditif, apparent et volumineux peut s’avérer stigmatisant pour la personne concernée ; 
la mauvaise tolérance de l’appareil et les difficultés d’adaptation ou de manipulation pourraient expliquer également en partie un phénomène d’abandon de la part des déficients auditifs ; 
le coût de l’appareil constitue vraisemblablement un obstacle important dans le recours à une aide auditive. 

Malgré un remboursement partiel de la Sécurité sociale, la part à la charge de l’acquéreur reste élevée selon le type d’appareillage. Par ailleurs, la prise en charge des coûts liés aux soins auditifs n’est pas complète pour les bénéficiaires de la CMU (Couverture Maladie Universelle).
Pour les deux premières raisons évoquées, on tend vers une amélioration de la situation, puisque les progrès réalisés ces dernières années ont permis la production d’appareils plus discrets, plus performants (bénéficiant de la haute technologie : systèmes numériques), offrant un plus grand confort. Par conséquent, ces appareils pourraient être mieux acceptés et tolérés.
Toutefois, les motifs évoqués ci-dessus présupposent la connaissance des techniques compensatoires au handicap auditif. Le recours peu fréquent à ce type d’aides techniques pourrait également s’expliquer par un manque d’information, une méconnaissance des possibilités d’appareillage et de leurs résultats, ou une faible motivation pour rechercher l’information concernant les aides permettant de répondre à une déficience spécifique plus qu’à un besoin non ressenti.
D’ailleurs, plusieurs résultats vont dans ce sens. Les résultats nationaux montrent que le recours est plus fréquent pour les déficients auditifs se trouvant en institution et bénéficiant de conseils de spécialistes. Par ailleurs, au niveau local, une analyse de l’ORS sur les aides techniques et les aménagements du logement chez les adultes handicapés de 20 à 59 ans vivant en domicile ordinaire mettait en évidence que le recours aux aides techniques de manière générale était favorisé par la présence de professionnels parmi les aidants des personnes porteuses de déficiences.

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