Hervé Toulorge, 36 ans, employé dans le secteur privé

« Les énergies renouvelables sont un moteur important de création d’emplois »

8 juin 2004

À la Réunion depuis une vingtaine d’années, Hervé Toulorge est trésorier du M.G.E.R, « un petit parti né d’une scission interne chez les Verts » et membre de l’Alliance. « C’est bien que des “petites voix” s’expriment et choisissent leur route » dit ce jeune père d’une petite fille de six mois.

La “petite voix” du MGER, elle est là pour dire quoi au sein de l’Alliance ?

Hervé Toulorge : Au niveau citoyen, pour le respect de l’environnement et le respect des gens, cela commence souvent par des enquêtes publiques. Pour voir ce qui va se passer, à travers la réalisation de projets qui peuvent avoir des conséquences importantes : usines, captages d’eau... Après, on cherche à aller plus loin, par l’action politique, parce que les voix des citoyens ne pèsent pas lourd dans les enquêtes publiques...
Au sein de l’Alliance, le MGER propose de mettre l’accent sur les énergies renouvelables. On n’a pas le choix. Les sonnettes d’alarmes tirées par des scientifiques, des économistes... montrent qu’on va dans le mur si on continue avec ce mode de consommation : au niveau des ressources énergétiques, des conséquences climatiques... Les énergies renouvelables sont un moteur important de création d’emplois. De très nombreux emplois - quelques milliers déjà- sont liés à ce secteur et il peut y en avoir beaucoup plus.

Comment voyez-vous la progression des énergies renouvelables dans le contexte actuel ? De 50%, la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité risque de reculer encore si la tendance n’est pas inversée...

- Ici, la politique énergétique a été décidée par le gouvernement jusqu’en 2000 et on a pris du retard à cause des politiques gouvernementales. Aujourd’hui, c’est aux Réunionnais de s’exprimer pour orienter leurs choix dans le bon sens, qui n’est pas celui de la dépendance énergétique.
Nous pensons sincèrement que le solaire est l’élément essentiel d’une politique énergétique autonome. On a déjà beaucoup fait en chauffe-eau solaire. Maintenant il faut passer au photovoltaïque. La loi de “libéralisation” des énergies, donnant le choix du producteurs, est en place chez les industriels depuis trois ans, surtout pour les grosses industries. Ce sera ensuite au tour des petites industries. Et d’ici trois ans, les particuliers pourront choisir leur fournisseur. Ils pourront aussi être producteurs, avec des panneaux photovoltaïques. À condition d’être raccordés au réseau...

On évoque souvent la question des coûts d’investissement à propos du photovoltaïque. Comment l’abordez-vous ?

- D’une part, on ne peut pas faire du 100% solaire. C’est la diversification des sources d’énergies qui permettra de faire face à l’avenir. Certains pays du Nord de l’Europe sont déjà au photovoltaïque. Au Pays-Bas je crois, il y a une ville de 30.000 habitants qui se chauffe, s’éclaire et subvient à tous ses besoins énergétiques à partir du solaire. Et pour les moyens de transports, en Islande, les choix ont été faits déjà : des bus fonctionnent à l’hydrogène liquide.
Ensuite, c’est toujours le même choix : est-ce qu’on continue à accentuer les importations d’énergies fossiles, dont le coût final est dix fois plus élevé que les énergies renouvelables ? Avec les infrastructures, le coût du carburant lui-même, son transport, les conséquences sanitaires, le traitement des déchets et le chiffrage des dépollutions, c’est beaucoup plus important que le coût des infrastructures initiales pour les énergies renouvelables. C’est là que le choix est à faire. À notre échelle, les décisions prises par La Réunion contribuent à la protection mondiale de l’environnement.

C’est dans cet esprit que vous vous êtes opposés à la TAC de la baie de la Possession ?

- Ce sont à nos yeux des choix complètement dépassés : combien va coûter le pétrole dans les années à venir. EDF reconnaît que nous sommes déficitaires, mais continue à faire des projets qui accentuent notre dépendance. D’où le combat contre cette fameuse turbine, qui a peut-être marqué un tournant dans la conscience des citoyens.

Pensez-vous que cette prise de conscience puisse aller jusqu’à une remise en cause de nos modes de consommation, dans les transports par exemple...?

- Le rapport que le gouvernement a essayé d’enterrer au début avril constate que 8.000 morts, en France, sont dues directement à la pollution, soit industrielle, soit routière. C’est un constat fait par la communauté scientifique. Ici aussi il y a des rejets de gaz polluants : ça se chiffre par tonnes et par heures. Mais comme ce sont des gaz dispersés, ça ne se voit pas. L’ORA (Office réunionnais de l’air - NDLR) donne des moyennes annuelles : donc il n’y a pas de problème. Mais si vous prenez les pics de la centrale du Port, on peut dire que la population est menacée.
On pourrait faire ici l’équivalent du diester, un carburant non polluant, à partir des usines sucrières et de la production d’alcool. Et l’environnement, c’est aussi une question d’aménagement du territoire...

Quelle part pensez-vous que peuvent prendre les énergies renouvelables dans le développement économique de notre île et des pays voisins ?

- Pour moi, l’une des choses qui pourra élever La Réunion est l’excellence universitaire. Il y a déjà des grands projets en route. Il faut absolument que l’Université participe au développement de l’île - elle le fait déjà- et de la région océan Indien. il y a beaucoup à faire dans ce domaine en matière de co-développement dans l’océan Indien : les médicaments, les recherches biologiques, la protection de la biodiversité...

Comment et pourquoi avez-vous opéré un rapprochement avec les Verts de Mayotte ?

- On a quitté les Verts-Réunion et nous sommes en train de constituer un mouvement écologique inter-îles. Le secrétaire régional des Verts de Mayotte a décidé de rejoindre l’Alliance, plutôt que la liste des Verts pour la circonscription DOM-TOM. Nous avons d’autres contacts dans la région. Et c’est là qu’on se rend compte que les Réunionnais peuvent prendre leur destin politique en main, d’une façon non dirigée depuis la France. Nous avons ici des problèmes spécifiques à régler. Les Mahorais aussi, et c’est parce qu’ils ont trouvé un soutien et une écoute ici qu’ils nous ont rejoints. Nous souhaitons que, dans le cadre des compétences régionales, un co-développement permette d’aborder ensemble les questions du développement durable, de la protection de l’environnement et des créations d’emploi qui y sont liées.
Dans ces élections européennes, je pense qu’il est en train de se passer quelque chose. Le gouvernement français a fait, pour l’Europe, une circonscription de taille planétaire (18 fuseaux horaires !), ce qui a amené les gens à se regrouper pour faire un front, au delà des partis traditionnels. Je suis persuadé que le résultat du 13 juin sera très intéressant.


Propos recueillis par P. David


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