Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
15 février 2008

En plagiant un chanteur à succès (pour dames ?), Yves Montrouge pose la question « Où sont les femmes ? » avec en sur-titre « Trop peu de mères veulent devenir maires » (“JIR” 12 février). Question pertinente, mais on pourrait la lui retourner.
Où sont les chroniqueuses politiques dans la presse écrite ? Où sont les éditorialistes femmes ? Les rédactrices en chef(e) ? Le domaine des femmes est cantonné, le plus souvent, aux rubriques mode, maquillage, lingerie et... sexe. Il suffit de voir les suppléments féminins où les interrogations existentielles primordiales sont « Comment rester mince ? », « Comment séduire un homme ? » etc... Depuis plusieurs décennies, on ne voit guère de changement, sinon que le courrier du cœur est devenu le courrier du... sexe.
A qui la faute ? On ouvre là un débat sans fin. Quel discours les mamans tiennent-elles à leurs filles ? Leur disent-elles : « Ma fille, plus tard, tu seras maire » ? En ce moment, on entend plutôt : « Ma fille, tu es jolie, tu seras Miss ». On a évoqué, en janvier, le centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir. Que dit-elle dans “Le deuxième sexe”, paru en 1949 ? « A travers compliments et gronderies, à travers les images et les mots, la fillette (...) sait bientôt que pour plaire, il faut être “jolie comme une image”, elle se déguise, elle se regarde dans les glaces, elle se compare aux princesses et aux fées des contes ». (p.27, Folio essais)
Quand, par ailleurs, dans le langage courant, on s’obstine à parler des “hommes politiques”, il ne faut pas s’étonner que les femmes ne se retrouvent pas dans cette représentation unisexe. La féminisation d’un certain nombre de substantifs est aujourd’hui admise officiellement, or, il n’est pas rare, dans la presse, de voir appliqué à une femme les termes masculins de “le député, le ministre”. Même dans la culture, où pourtant la présence et la créativité des femmes sont indéniables, on parle de la promotion de “l’Homme réunionnais”. Et qu’on ne nous dise pas que c’est l’homme avec un grand “H”, donc l’homme en général, l’homo sapiens. On ne parle pas là de l’espèce humaine, on n’est pas dans le biologique universel, mais bien dans le culturel particulier, puisqu’on parle de “réunionnais”.
L’article évoque « le fiasco » de la loi sur la parité. Or, le faible pourcentage de femmes politiques est surtout manifeste dans les scrutins uninominaux majoritaires, aux élections cantonales par exemple. En fait, on peut se demander où on en serait si la loi sur la parité n’avait pas été votée en 2000. Les limites des résultats montrent simplement qu’une loi est parfois contournée dans son application. Mais elle peut être toujours être amendée. Elle l’a été le 31 janvier 2007. Par exemple, toujours pour les Cantonales, titulaire et suppléant doivent être désormais de sexe différent. Evidemment, on peut craindre que la position de suppléant ne soit réservée aux femmes ! La loi doit donc s’accompagner d’un changement de mentalité. Là, évidemment, c’est plus long et plus... douloureux.
On le voit, sans parler de faute, il faut admettre une responsabilité largement partagée qui tient au poids des héritages, de la tradition, à la peur de perdre ou simplement de partager ses positions de pouvoir. Si l’on veut changer les comportements, il revient à chacun et à chacune de prendre conscience du carcan des habitudes, du piège des mots et d’exercer son esprit critique sur soi-même et sur la société qui nous entoure.
Brigitte Croisier
Nos peines
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